Guillaume Canet et Astérix et Obélix : L’empire du Milieu

Le poids d’une mission

Paris — À la barre de l’une des plus importantes productions du cinéma français cette année, Guillaume Canet sait qu’il n’a pas droit à l’erreur, d’autant plus qu’il incarne lui-même le plus célèbre guerrier gaulois. À la veille de la sortie d’Astérix et Obélix : L’empire du Milieu, le cinéaste est plutôt confiant. Rencontre.

Contrairement aux quatre autres longs métrages en prises de vues réelles mettant en vedette les célèbres personnages imaginés par René Goscinny et dessinés par Albert Uderzo, adaptés d’albums existants, Astérix et Obélix : L’empire du Milieu est le fruit d’une histoire originale. Les ayant droits ont en effet lancé un concours auquel des scénaristes ont participé en proposant un premier traitement d’une vingtaine de pages. Sur la foi de cette ébauche écrite par Julien Hervé et Philippe Mechelen, tandem derrière la série de comédies à succès Les Tuche, Guillaume Canet a accepté de relever le défi – très casse-gueule – que lui a offert le producteur Alain Attal.

« J’ai tout de suite vu qu’il y avait là matière pour faire quelque chose de différent des films précédents, a expliqué Guillaume Canet au cours d’une rencontre de presse tenue récemment à Paris. L’intrigue se déroulait cette fois en Chine – à l’époque le titre était La route de la soie –, et j’y voyais le potentiel d’en faire non seulement une comédie, mais également un grand film d’aventures, avec des batailles, des voyages, des expéditions. J’avais aussi envie de remettre les deux personnages, Astérix et Obélix, au centre de l’histoire, ce qui n’était pas forcément le cas dans les derniers films. »

Obligation de performance

À la tête d’une production dotée d’un budget d’environ 65 millions d’euros (plus de 90 millions de dollars canadiens), Guillaume Canet est parfaitement conscient de la responsabilité qui lui incombe. Alors que, trois ans après le début de la pandémie, les spectateurs reprennent tranquillement le chemin des salles de cinéma, le cinéaste, qui signe ici son 8e long métrage, sent tournés vers lui tous les regards des professionnels du cinéma français.

« À cause de son budget, il faut que ce film marche ! soutient-il. Même si le cinéma commence à repartir un petit peu, tout ça reste très fragile pour le cinéma français actuellement. Le milieu espère beaucoup de ce gros film pour qu’ensuite, d’autres productions ambitieuses puissent être faites. Pour l’instant, les retours que nous avons sont très encourageants, mais si les gens ne se présentent pas, ça indiquera qu’ils n’ont plus envie d’aller en salle pour voir des films français. Personne ne voudra plus s’y risquer. »

En plus de diriger une imposante distribution, de laquelle font notamment partie Vincent Cassel, Jonathan Cohen, Marion Cotillard, Julie Chen, Ramzy Bedia, Philippe Katerine et Pierre Richard (sans oublier Gilles Lellouche dans le rôle d’Obélix), Guillaume Canet s’est donné le rôle d’Astérix, ce qui n’était pas du tout prévu au départ. En fait, l’acteur aurait souhaité jouer Jules César, un rôle moins présent à l’écran (finalement campé – avec brio – par Vincent Cassel), mais les circonstances ont fait en sorte qu’il en fut autrement.

« Ça m’aurait amusé de jouer cette relation avec Cléopâtre, interprétée par Marion [Cotillard, sa conjointe], assure celui qui, en 2007, a obtenu le César de la meilleure réalisation grâce à Ne le dis à personne. Or, Gilles [Lellouche] m’a fait remarquer que ça ressemblerait un peu trop à Rock and Roll, dans lequel, avec Marion, on jouait aussi sur ce décalage. Je ne pensais pas du tout jouer Astérix moi-même, mais au cours d’une réunion chez Pathé avec Jérôme Seydoux, le grand patron, et une vingtaine de personnes, nous cherchions un acteur bankable. Tout à coup, Jérôme Seydoux s’est tourné vers moi en me demandant : pourquoi ne serait-ce pas toi ? Je lui ai répondu qu’il était impossible de jouer et réaliser à la fois, mais il était tellement convaincu qu’il s’est levé et en a fait une affaire conclue en sortant de la pièce. J’ai regardé tout le monde, incrédule, mais ils m’ont tous dit : ben voilà, tu joues Astérix ! »

Un nouvel Obélix

Le fait que le rôle d’Obélix ait été attribué à Gilles Lellouche, son grand ami dans la vie, a quand même facilité un peu les choses sur ce plan, la complicité entre les deux acteurs étant déjà établie. Guillaume Canet salue d’ailleurs le courage de son acolyte, qui reprend un rôle marqué par la forte présence de Gérard Depardieu dans les longs métrages précédents.

« Il n’était pas possible de reprendre Gérard, soutient le réalisateur. D’abord, il n’avait plus envie de jouer Obélix de nouveau. Il y avait aussi de notre part une volonté de rafraîchir un peu la franchise. Mais Gérard étant parfait en Obélix, qui peut-on trouver ensuite ? Il fallait un acteur qui pouvait s’approprier le personnage. Je connais bien Gilles et je sais qu’il a en lui la part d’enfance requise, qu’il peut jouer ça. Il fallait également un acteur qui accepte de jouer le rôle et qui ait le courage d’y aller. Gilles a même pris 20 kilos. J’ajouterai aussi qu’il a une grosse paire de testicules, sévèrement burnés ! »

Heureux de son film

Travaillant sous la haute surveillance des héritiers de Goscinny et Uderzo, qui ont tenu à relire chaque scène et chaque réplique afin que l’esprit des créateurs ne soit en rien trahi, Guillaume Canet est aujourd’hui heureux de son film.

« Cette surveillance pouvait parfois être chiante, mais elle s’est finalement révélée très précieuse, reconnaît le cinéaste. Elle m’a évité des sorties de route et m’a retenu d’aller vers un humour qui aurait pu être trop décalé. Leur vigilance a vraiment été utile parce qu’elle m’a permis de coller à l’ADN de la bande dessinée. Je sais que j’ai tout donné, je n’ai rien lâché. Je peux dire aussi que le film ressemble à ce que j’ai imaginé au départ. Vraiment. Après, ce n’est pas à moi de dire ce qui est réussi et ce qui l’est moins, mais je sais que je suis allé au bout de ce que j’ai voulu faire. »

Astérix et Obélix : L’empire du Milieu prendra l’affiche le 1er février.

Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.