Canadiens de sherbrooke

« Ma petite Coupe Stanley »

Sherbrooke — Le 24 mai 1985, les Canadiens de Sherbrooke l’emportent 3-1 face aux Skipjacks de Baltimore pour remporter la série finale de la Coupe Calder 4-2 dans un Palais des sports survolté. Cette conquête du championnat de la Ligue américaine de hockey représente encore beaucoup pour plusieurs joueurs.

« C’est ma petite Coupe Stanley, indique Claude Larose, qui a joué à Sherbrooke durant trois saisons avant de passer derrière le banc. C’est le fait saillant de ma carrière. Tout ce que je me rappelle, c’était que je ne voulais vraiment pas retourner à Baltimore pour un match no 7. J’étais brûlé complètement. Je me suis assis dans la chambre après la partie et j’étais complètement vidé. »

Serge Boisvert, aujourd’hui dépisteur pour le Canadien de Montréal, se dit toujours aussi fier de porter sa bague de la Coupe Calder que celle de la Coupe Stanley, remportée l’année suivante.

« Quand tu gagnes un tournoi, que ce soit à n’importe quel niveau, c’est un privilège, mentionne-t-il. Ç’a été le premier grand championnat de ma carrière professionnelle, ça m’a marqué. »

La Coupe Calder représente aussi beaucoup pour Michel Therrien, qui a par la suite été entraîneur-chef dans la LNH.

« Je me rappelle qu’on est allés à l’hôtel de ville après la parade, souligne celui qui est aujourd’hui entraîneur adjoint chez les Flyers de Philadelphie. On a festoyé comme on se devait de festoyer. Ce sont de beaux souvenirs. Et encore à l’occasion, je croise d’anciens coéquipiers et c’est toujours le fun de se revoir. »

Une saison sans histoire

On connaît l’histoire, mais elle est tellement bonne qu’on peut se permettre de la raconter à nouveau.

Les Canadiens de Sherbrooke, club-école du CH, mais aussi des Jets de Winnipeg, ont terminé au printemps 1985 une saison sans histoire avec 79 points en 80 matchs, à égalité avec les Oilers de la Nouvelle-Écosse et un seul point devant les Red Wings de l’Adirondack, exclus des séries éliminatoires.

« C’était tellement serré en fait que les Canadiens ont dû gagner quatre de leurs cinq derniers matchs pour se classer dans les séries », se souvient le journaliste Pierre Turgeon, alors affecté à la couverture quotidienne de la formation de l’Estrie pour La Tribune.

L’équipe dirigée par l’entraîneur Pierre Creamer avait obtenu du renfort derrière le banc à Noël. Après s’être blessé à un œil au camp d’entraînement du Canadien dans la LNH à l’automne, l’Asbestrien Jean Hamel s’est amené à Sherbrooke à titre d’entraîneur adjoint.

« On avait une bonne équipe, mais c’était un mix Montréal et Winnipeg, explique Jean Hamel, qui a plus tard été entraîneur-chef de l’équipe. Il y avait une compétition parce que les joueurs voulaient monter dans la Ligue nationale. C’était assez difficile de faire l’unité. »

Mystérieuse jambière brisée

En ouverture des séries, les Canadiens affrontent le club-école des Nordiques de Québec, l’Express de Fredericton, qui compte en ses rangs Marc Crawford, Claude Julien et Clint Malarchuk.

Les Sherbrookois gagnent les deux premières rencontres, mais s’inclinent au troisième duel à Sherbrooke. Lors de la quatrième partie, les Canadiens étaient en retard 0-3 quand le destin a frappé. Le gardien Paul Pageau n’était pas avec la formation puisque sa femme venait d’accoucher. Greg Moffett défendait la cage, mais un bris d’équipement le force à quitter la rencontre. C’est donc au jeune Patrick Roy, fraîchement arrivé de la LHJMQ, que revient la tâche de protéger le filet de Sherbrooke.

Le jeune prodige multiplie les arrêts et permet à son équipe de remonter la pente et de l’emporter 5-4. Il ne quittera plus jamais la glace.

« C’était tellement impressionnant de le voir aller, de le voir défier les joueurs, se souvient Pierre Turgeon. C’était incroyable, et il a rallumé l’équipe. Il a travaillé avec François Allaire, et la connexion s’est faite instantanément. »

Patrick Roy était le troisième gardien et avait été amené pour prendre de l’expérience. Il ne devait que s’entraîner avec l’équipe.

« On le voyait dans les entraînements et on le connaissait plus ou moins, mentionne Michel Therrien, défenseur avec les Canadiens. Il restait toujours sur la glace après l’entraînement, et on faisait des petites gageures. Je lui ai donné une couple de piasses parce qu’il gagnait toujours. »

« Il était un peu arrogant, il faisait des arrêts et bavait tout le monde, souligne pour sa part Serge Boisvert. Il n’avait aucune pitié pour personne. »

« C’est la raison principale pour laquelle on a gagné en 1985 à Sherbrooke et en 1986 à Montréal. Je le dis toujours, je remercie Patrick Roy parce qu’il m’a donné deux bagues. »

— Serge Boisvert

Quant aux circonstances entourant son entrée sur la glace du Palais des sports, on ne sait toujours pas ce qui est arrivé à la jambière de Greg Moffett.

« On mangeait au Ranch du spaghetti avant nos matchs, et j’étais toujours assis avec Patrick, se remémore Gaston Gingras avec le sourire. Ce jour-là, il m’a dit : “Moi, je joue ce soir.” Il ne m’a jamais confirmé qu’il avait fait quelque chose, mais il m’avait dit qu’il allait jouer. »

Patrick Roy a continué sur sa lancée avec 10 victoires en 13 matchs, une moyenne de 2,93 et quatre victoires en six matchs contre les Skipjacks de Baltimore en grande finale, ce qui a permis à la formation de soulever la Coupe Calder.

En 35 ans depuis cette conquête, les Sherbrookois n’ont pas eu grand-chose à se mettre sous la dent en termes de championnats dans le monde du hockey. Le Saint-François de Sherbrooke a été la formation championne de la Ligue nord-américaine de hockey en 2006 et en 2011, alors que les Cougars ont remporté le championnat de la LHJAAAQ à trois reprises, soit en 2003, 2008 et 2009.

CHAMPIONS EN 1985 ET 1986

Pas moins de huit joueurs de l’édition championne des Canadiens de Sherbrooke en 1985 ont soulevé la Coupe Stanley, un an plus tard, avec le grand club. Stéphane Richer, Gaston Gingras, Brian Skrudland, Mike Lalor, Serge Boisvert, Patrick Roy, John Kordic et Randy Bucyk ont réalisé l’exploit. « Sans ces jeunes-là, il n’y a pas de Coupe Stanley en 1986, c’est certain. Et sans la Coupe Calder, je ne crois pas qu’il y a une Coupe Stanley non plus », mentionne Gaston Gingras.

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