Avec panache

Guillaume Boivin remporte son troisième titre canadien après une échappée en  solitaire de 50 km. Antoine Duchesne remporte l’argent, mais s’attire les reproches d’Hugo Houle (7e), qui s’estime trahi.

Saint-Georges — En rangeant son vélo dans sa voiture à l’hôtel avant la course, Guillaume Boivin faisait sa propre analyse des Championnats canadiens : « Soit tu gagnes, soit c’est la course la plus frustrante de l’année. »

Le premier scénario s’est réalisé pour le double champion, qui a ajouté une troisième couronne à son palmarès en l’emportant à Saint-Georges, samedi en fin d’après-midi.

Sur un parcours usant et balayé par le vent, Boivin s’est imposé de la plus belle des façons, au bout d’un raid solitaire de 50 km.

« Ce n’était pas tout à fait Svein Tuft, mais pas loin », a plaisanté le gagnant en faisant référence au légendaire rouleur de la Colombie-Britannique, vainqueur à Lac-Mégantic en 2014 après une échappée solo de… 120 km.

Sentant que la « coopération n’était pas incroyable » dans le groupe de cinq avec lequel il roulait en tête, Boivin s’est détaché en contrant Antoine Duchesne. Dans la côte menant à Lac-Etchemin, que les coureurs empruntaient cinq fois, l’écart s’est agrandi. Le Bromontois n’a plus jamais regardé derrière.

Ayant l’habitude de s’imposer au sprint, comme en 2015 sur pratiquement le même parcours à Saint-Georges, il a trouvé une nouvelle recette.

« C’était risqué, mais je pense qu’il y a “gagner les Championnats canadiens” et “gagner les Championnats canadiens avec panache”. Un coup comme ça, on ne voit pas ça souvent. C’est quand même le fun de pouvoir réaliser ça. »

Ce maillot de champion national, qu’il pourra afficher jusqu’à l’été prochain en Europe, couronne une saison magnifique pour le cycliste de 32 ans. Après avoir disputé son premier Tour de France avec l’équipe Israel Start-Up Nation, il a brillé à ses premiers Jeux olympiques à Tokyo en soutien à Michael Woods (5e).

Tout un changement par rapport à l’année précédente, où il avait été éprouvé par des chutes, une sélection pour le Tour ratée de justesse et un divorce douloureux.

« C’est une des courses les plus le fun à gagner, a souligné Boivin. Je disais à ma famille cette semaine : “Avec la saison que j’ai réussie, regagner le championnat canadien, ce serait vraiment la cerise sur le gâteau.” »

« On dirait qu’il y a des années où tout va mal, la malchance n’arrête pas. Il y a d’autres années où tout nous sourit. Je suis super content de pouvoir ajouter ça à la saison, qui, pour moi, a déjà été très extraordinaire. »

— Guillaume Boivin

Boivin a franchi les 198,9 km en 4 h 53 min 3 s, soit une moyenne de 40,72 km/h. « En termes de puissance moyenne pour la journée, c’est l’une des plus élevées que j’aie jamais eues dans une course », a noté le vainqueur, mis en confiance par sa performance au Tour du Benelux la semaine dernière.

Deuxième à 2 min 24 s, Duchesne était du même avis et soulignait l’excellente prestation de ses trois compagnons en poursuite, l’olympien Derek Gee (bronze à 4 min 9 s), l’impressionnant Alexis Cartier (4e) et Paul Blanc-Paque (5e).

Quand Boivin est parti, Duchesne espérait qu’il s’épuiserait à courte distance, mais ses trois partenaires n’avaient plus les ressources pour l’aider. Le représentant de Groupama-FDJ a admis qu’il n’aurait eu aucune chance contre Boivin au sprint.

« J’ai essayé de jouer ma carte, a expliqué le champion de 2018. C’est [Guillaume] qui avait la plus grosse main. Je n’ai pas de regrets, je suis déçu. J’étais venu pour gagner. »

« Je vais m’en souvenir longtemps »

Après l’entrevue, Duchesne a voulu taper dans la main d’Hugo Houle, septième à plus de 10 minutes après avoir raté la sélection gagnante à 80 km du but. Ce dernier la lui a refusée.

L’explication a duré quelques secondes. Houle a reproché à son ami d’avoir accéléré la cadence au moment où il s’apprêtait à rentrer sur le quintette de tête. Le représentant d’Astana-Premier Tech lui a ensuite tourné de dos pour rejoindre ses proches.

Après quelques minutes, le vainqueur du contre-la-montre de la veille ne décolérait pas, malgré son ton calme.

« Je suis revenu à 10-15 secondes du groupe et certains coureurs ont décidé que je n’allais pas rentrer. J’ai joué, j’ai perdu, c’est mon erreur. Mais j’ai appris quelque chose aujourd’hui et je vais m’en souvenir longtemps. »

— Hugo Houle

« On était une gang de coureurs WorldTour, on travaillait ensemble, il y en a qui en ont profité pour me sortir de la course, a poursuivi Houle. C’est le jeu, j’ai compris. J’ai un peu joué la partie. Je suis content que Guillaume ait gagné, il était très solide aujourd’hui. Honnêtement, je ne pense pas que j’aurais été capable de compétitionner avec le numéro qu’il a fait. C’est totalement mérité, je suis très content pour lui. »

Surpris par la réaction de son ami, avec qui il logeait durant les championnats, Duchesne a fait amende honorable. Il a expliqué qu’il avait réaccéléré en apercevant les trois ou quatre coureurs accrochés à la roue de Houle.

« On s’était dit qu’on allait un peu s’aider, a-t-il avoué, contrit. En voyant qu’il revenait, j’aurais pu ralentir pour lui permettre de rentrer. J’aurais dû le laisser rentrer. »

Les deux hommes ont maintenant deux semaines pour se rabibocher avant les Championnats du monde dans les Flandres, où ils porteront le même maillot.

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