Notre choix : Supernova

L’amour si simple, si émouvant

Grâce à sa simplicité, grâce aussi à sa façon d’aborder des questions délicates auxquelles certains couples font parfois face à l’automne de leur vie, parfois très tard, avec un peu de chance, Supernova émeut profondément.

Pour son deuxième long métrage à titre de scénariste et de réalisateur, Harry Macqueen, connu aussi à titre d’acteur, suit avec beaucoup de sensibilité le parcours d’un couple mûr, pas si vieux, appelé à entreprendre une démarche de deuil beaucoup trop tôt, environ 25 ans avant celle des personnages d’Amour. Supernova nous ramène en effet à l’esprit le poignant film de Michael Haneke sur le plan thématique, bien que les deux films soient très différents.

Tusker (Stanley Tucci) et Sam (Colin Firth), ensemble depuis très longtemps, viennent à peine d’amorcer leur soixantaine que la maladie s’infiltre insidieusement dans leur amour. Quand on voit les deux hommes parcourir les routes de la campagne anglaise dans leur véhicule récréatif, rien ne semble pourtant annoncer l’inéluctable échéance. Les mots d’esprit, les petits gestes intimes anodins, la complicité naturelle, établie au fil d’une relation construite sur des décennies, tout est là, bien perceptible.

Sans en glisser mot, les deux amoureux ont cependant pleinement conscience du caractère définitif de cette randonnée au cours de laquelle ils rendent visite à des parents et amis. Tusker, on l’apprendra vite, est atteint d’une maladie dégénérative qui, il ne le sait que trop douloureusement, le laissera bientôt sans mémoire. Et qui fera de Sam un inconnu à ses yeux.

Sans effets spectaculaires

Habilement, Harry Macqueen emprunte le point de vue de l’un et de l’autre. Tusker, écrivain américain installé en Angleterre depuis longtemps – par amour pour Sam, sans doute –, tient à prendre possession de sa maladie à sa façon et ne veut surtout pas devenir un poids pour son conjoint. Sam, pianiste de concert qui ne joue plus très souvent, compte prendre soin de celui qu’il aime jusqu’au bout, tout en commençant, malgré lui, à faire le deuil de celui qui partage encore sa vie.

Supernova ne comporte pas d’effets dramatiques spectaculaires, mais le cinéaste ponctue son récit de scènes qui traduisent de beaux – et touchants – moments de vérité.

Sans jamais rien bousculer, il orchestre une mise en scène où les personnages prennent le temps de se déposer. Avec les superbes images de Dick Pope, qui a notamment signé la photographie de Mr. Turner pour Mike Leigh (un cinéaste avec qui Pope travaille souvent), ce long métrage se distingue aussi grâce à sa beauté formelle.

Cela dit, le plus grand atout dont dispose Supernova réside dans la rencontre au sommet de deux grands acteurs. Dépouillant leur jeu de toute afféterie, Stanley Tucci et Colin Firth empruntent une approche dépouillée, d’autant plus bouleversante qu’elle repose sur un souci d’authenticité. Il n’y a pas de mélodrame ici. Que deux hommes amoureux qui tentent de composer du mieux qu’ils peuvent avec un sale tour du destin. Et c’est très beau.

Supernova est offert en vidéo sur demande, notamment sur iTunes/Apple TV, en version originale anglaise et en version doublée en français. Aussi offert par YouTube et Google Play.

Drame

Supernova

Harry Macqueen

Avec Colin Firth, Stanley Tucci, Pippa Haywood

1 h 33

****

Miss Juneteenth

À chacune sa couronne

Une ancienne reine de beauté, mère célibataire, prépare sa fille adolescente pour le concours « Miss Juneteenth », même si cette dernière n’est pas du tout enthousiaste à l’idée d’y participer.

Au Texas, le Juneteenth commémore le 19 juin 1865, jour où, deux ans après la proclamation d’Abraham Lincoln en vue de l’abolition de l’esclavage, les esclaves de l’État sont devenus des êtres humains libres.

Dans ce premier long métrage épatant de Channing Godfrey Peoples, lancé au festival de Sundance l’an dernier, le concours « Miss Juneteenth » sert de prétexte à l’exploration d’une relation entre une mère et sa fille adolescente. Au passage, la réalisatrice, qui porte à l’écran un scénario original qu’elle a écrit, dresse le portrait de la communauté dans laquelle elles vivent.

Couronnée du titre en 2004, Turquoise (Nicole Beharie) n’a pas exactement suivi par la suite le parcours qu’elle aurait pu espérer. Maintenant dans la trentaine, la jeune femme gagne sa vie en travaillant dans un bar-restaurant, élevant seule sa fille adolescente, Kai (Alexis Chikaeze), bien que le père de cette dernière (Kendrick Sampson) soit encore très présent dans la vie des deux femmes. Avec Turquoise, il entretient d’ailleurs encore une liaison sentimentale.

Le récit fait écho à l’obsession de Turquoise pour inscrire sa fille au concours qu’elle a elle-même gagné 15 ans plus tôt. Mais là où l’on aurait pu craindre l’histoire habituelle d’une mère qui tente de venger ses frustrations passées en reportant toutes ses ambitions sur sa fille, Channing Godfrey Peoples évite la caricature.

En lice pour plusieurs prix, notamment au Film Independent Spirit Awards, Miss Juneteenth est également porté par une distribution d’ensemble solide, dans laquelle se distinguent notamment Nicole Beharie, déjà lauréate du prix de la meilleure actrice aux Gotham Awards, ainsi qu’Alexis Chikaeze, formidable dans le rôle de cette adolescente qui, sans vouloir brusquer sa mère, entend quand même porter sa couronne à sa façon.

Miss Juneteenth est offert en version originale anglaise aux abonnés de Crave. Il est aussi offert à la location sur YouTube.

Drame

Miss Juneteenth

Channing Godfrey Peoples

Avec Nicole Beharie, Kendrick Sampson, Alexis Chikaeze

1 h 39

*** 1/2

La lutte des classes

Le sens des valeurs

Nouvellement installés dans une petite maison située dans un quartier sensible en banlieue de Paris, un homme et une femme, fervents défenseurs de l’école publique, sont confrontés à leurs valeurs quand les parents de tous les amis de leur fils décident d’inscrire ces derniers à l’école privée.

Michel Leclerc s’est fait remarquer grâce au Nom des gens, un film qui répondait au débat identitaire français en empruntant un humour décapant. Cette fois, le cinéaste, qui, 10 ans plus tard, cosigne de nouveau le scénario de son film avec Baya Kasmi (Je suis à vous tout de suite), propose une comédie sociale dont l’allégeance ne fait aucun doute sur le plan idéologique, mais dans laquelle il n’hésite toutefois pas à en souligner les contradictions.

À travers un récit construit autour de deux personnages caricaturaux dans leur ultralibéralisme, Leclerc orchestre une fable sur le « vivre ensemble » dans laquelle les beaux principes sont confrontés – parfois durement – à la réalité. Fervents défenseurs de l’école républicaine, Paul (Edouard Baer), ancien batteur d’un groupe punk-rock, et Sofia (Leïla Bekhti), avocate, sont convaincus de leurs valeurs au point de vendre leur appartement parisien pour aller s’installer dans un pavillon en banlieue, histoire de baigner fiston, âgé de 9 ans, dans une belle mixité sociale.

Évidemment, faute de moyens, l’école que fréquente désormais le garçon tombe en ruine, et la mixité ne se produit pas aussi harmonieusement que souhaité. Au point où l’on envisage même l’idée – sacrilège ! – de devoir inscrire la précieuse progéniture dans une école privée.

Faire de l’humour avec des sujets graves n’est certes pas donné à tout le monde. Michel Leclerc y parvient en abordant le thème de l’éducation – et du milieu social dans lequel elle s’exerce – avec beaucoup d’aplomb. Tout en relevant des évidences (l’état des écoles dans les quartiers défavorisés est lamentable), le cinéaste a aussi le souci de faire rire – parfois de façon grinçante – en ponctuant son film d’une autodérision bien amenée. Si le récit s’enlise un peu au bout d’un moment et frôle parfois le moralisme bon teint, l’ensemble reste éminemment sympathique. Et puis, Leïla Bekhti et Edouard Baer sont parfaits.

Sorti il y a près de deux ans en France et toujours inédit au Québec, La lutte des classes est offert à la location sur la plateforme du Cinéma Moderne.

Comédie

La lutte des classes

Michel Leclerc

Avec Leïla Bekhti, Edouard Baer, Ramzy Bedia

1 h 43

*** 1/2

Flora & Ulysses

Mission accomplie

Flora, grande amatrice de bandes dessinées d’une dizaine d’années, est désabusée lorsque ses parents se séparent. La jeune fille vient à la rescousse d’un écureuil, qui se transforme en superhéros.

Flora se décrit comme une jeune fille cynique, qui voit le monde comme il est réellement et qui ne nourrit aucun espoir. Évidemment, dans ce film familial réalisé dans la tradition de Disney, il n’en est rien.

Avis, toutefois, aux véritables personnes cyniques, qui n’y trouveront pas leur compte. Cette œuvre cinématographique amusante, inspirée du roman pour enfants Flora & Ulysses : The Illuminated Adventures, de l’auteure américaine Kate DiCamillo, est conçue pour ceux qui sont prêts à embarquer dans une aventure invraisemblable et chaleureuse, qui fait du bien.

Matilda Lawler interprète avec aplomb le rôle de la débrouillarde et sympathique Flora, qui sauve d’une mort certaine un écureuil aspiré par un appareil sans fil. Son imagination fertile aidant, il n’en faut pas plus pour qu’elle prête au rongeur des qualités hors de l’ordinaire. L’animal aux mimiques très naturelles, grâce à des effets spéciaux numériques réussis, accomplit même l’exploit d’écrire quelques messages sur une ancienne machine à écrire qu’utilise la mère de Flora (Alyson Hannigan), romancière à succès. Le mammifère tarde toutefois à trouver sa vocation, y parvenant presque à quelques occasions, donnant lieu à de cocasses revirements de situation.

La cinéaste Lena Khan, pressentie par Disney après avoir réalisé son premier film, la comédie The Tiger Hunter, établit plusieurs liens avec l’univers des superhéros, en intégrant judicieusement quelques comics et en faisant apparaître à point nommé certains superhéros créés par le père de Flora (Ben Schwartz), un bédéiste déçu. La croyance que l’écureuil Ulysses a été transformé en un superhéros n’en est que plus crédible.

La réalisatrice a de nouveau recours à l’acteur Danny Pudi, qui s’y donne à cœur joie dans le rôle d’un agent de protection de la faune frustré, qui déteste royalement les écureuils et devient la proie d’un chat enragé. La présence, par ailleurs, d’un jeune voisin temporairement aveugle (Benjamin Evans Ainsworth), qui fait équipe avec Flora (tout en se cognant partout), ajoute d’autres moments de surprise et d’hilarité.

Flora et les membres de sa famille redécouvrent la magie lorsqu’ils constatent qu’elle se trouve dans ceux qu’ils aiment. Tout est bien qui finit bien, même pour le fameux agent de la protection animale, qui devra toutefois faire la paix avec le chat fou furieux. Il doit bien payer pour tout le mal qu’il a causé…

Présenté sur Disney+

Comédie familiale

Flora & Ulysses

Lena Khan

Avec Matilda Lawler, Alyson Hannigan, Ben Schwartz

1 h 31

*** 1/2

Some Kind of Heaven

Faire éclater la bulle

En Floride, à l’abri des regards et des soucis, se trouve The Villages, immense complexe pour personnes âgées, genre de Disney World pour retraités. Mais derrière le vernis coloré de ce lieu entouré de voiturettes de golf, la vie n’est pas toujours aussi belle qu’on le laisse croire.

Si vous avez déjà regardé la comédie When Harry Met Sally, vous avez sans doute remarqué ces petites parenthèses entre deux segments où des couples de personnes très âgées racontent combien ils filent le parfait bonheur depuis des décennies.

Couple central du documentaire Some Kind of Heaven, Anne et Reggie auraient très bien pu se fondre parmi ces personnages du film de Rob Reiner. Ils sont pareils et ils sont adorables.

Et puis, le vernis craque. La bulle éclate. Le merveilleux couple part à la dérive.

Anne et Reggie, qui prennent des drogues dures et qui ont un comportement de plus en plus erratique, deviennent l’exemple parfait de la non-perfection de The Villages.

À eux s’ajoutent Barbara, qui s’enfonce dans une tristesse infinie à la suite de la mort de son mari, et Dennis, sans domicile fixe, qui sillonne les lieux dans sa vieille camionnette dans l’espoir qu’une femme riche le recueille.

Lance Oppenheim voulait nous faire comprendre que ce paradis n’en est pas un. Que toute la ouate du monde ne parviendra jamais à endiguer la détresse. Très ciblé, le documentaire prend la forme d’un anti-publireportage. Soit.

Mais à force de vouloir dénoncer ce monde aseptisé, le film le devient lui-même. L’effet wow des 30 premières minutes s’efface. Les plans sont tous très léchés mais sans génie, sauf une scène prise par un drone où des voiturettes circulent sur un viaduc au-dessus d’une autoroute floridienne.

Et puis, quelle est la valeur de cet échantillon ? Est-ce que les autres résidants sont heureux dans leur monotonie pastel ? On ne le sait pas. Dommage.

Sur la plateforme des cinémas Beaubien, du Parc et du Musée

DOCUMENTAIRE

Some Kind of Heaven

Lance Oppenheim

Avec Anne et Reggie Kincer, Barbara Lochiatto et Dennis Dean

1 h 23

***

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