Droits reproductifs

Un vote voué à l’échec… pour mobiliser les électeurs

New York — Un vote symbolique qui se solde par une défaite attendue peut-il aider les démocrates à mobiliser les électeurs américains autour des droits reproductifs ?

Les avis sont partagés sur cette question. Mais il s’agit bel et bien de la stratégie que les démocrates ont déployée mercredi au Sénat américain, neuf jours après la publication d’un document de la Cour suprême annonçant le renversement possible de l’arrêt Roe c. Wade qui garantit le droit des femmes à l’avortement depuis 1973 aux États-Unis.

Par 49 voix contre 51, la Chambre haute du Congrès a torpillé un projet de loi qui visait à interdire aux États américains de restreindre ce droit jusqu’à la viabilité fœtale et à autoriser l’avortement après la viabilité pour des raisons de santé ou pour protéger la vie de la femme enceinte.

Le vote était voué à l’échec en raison de la règle connue sous le nom de « filibuster », qui obligeait les démocrates à réunir 60 voix sur 100 pour passer à l’étape suivante. Or, ces derniers n’ont même pas réussi à obtenir une simple majorité.

Le membre le plus conservateur de leur groupe, le sénateur de Virginie-Occidentale Joe Manchin, a fini par ajouter sa voix à celles des 50 sénateurs républicains.

Les démocrates auront donc permis aux républicains de revendiquer au Sénat une majorité sur une question à propos de laquelle, selon les sondages, leur opinion tranche avec celle de la majorité des Américains.

Qu’à cela ne tienne : le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a insisté sur l’importance de ce vote, qui touche selon lui à l’une « des questions les plus importantes auxquelles les électeurs seront confrontés cet automne », à l’occasion des élections de mi-mandat.

« Un avenir sombre et répressif »

« Avant la fin de la journée, chaque membre de cette assemblée fera un choix », a déclaré le sénateur démocrate de l’État de New York mercredi matin depuis l’hémicycle du Sénat. « Voter pour protéger les droits fondamentaux des femmes à travers le pays, ou se ranger du côté des républicains MAGA pour conduire notre pays vers un avenir sombre et répressif. »

Susan Collins et Lisa Murkowski, deux sénatrices républicaines pro-choix, ont voté contre le projet démocrate. Ces deux politiciennes, qui représentent respectivement le Maine et l’Alaska, avaient réagi avec consternation la semaine dernière à la fuite de l’avant-projet d’une décision majoritaire de la Cour suprême renversant Roe c. Wade. Elles ont ensuite présenté leur propre projet de loi enchâssant dans la loi fédérale les deux arrêts de la Cour suprême sur l’avortement : Roe c. Wade et Planned Parenthood c. Casey.

Mais les démocrates ont rejeté tout compromis susceptible de gagner leurs voix, de même que celle de Joe Manchin.

« La législation présentée aujourd’hui au Sénat va bien au-delà des précédents établis par Roe et Casey », a déclaré la sénatrice Murkowski.

« Elle n’inclut pas l’amendement Hyde, qui interdit de dépenser l’argent des contribuables pour des avortements – et qui est en vigueur depuis presque aussi longtemps que Roe. »

— Lisa Murkowski, sénatrice républicaine pro-choix

Bien qu’il soit contre l’avortement, le sénateur Manchin a affirmé qu’il aurait appuyé un projet de loi enchâssant Roe c. Wade. Quand un journaliste lui a demandé comment il conciliait cette position avec son opposition aux interruptions de grossesse, il a répondu, en faisant allusion à l’arrêt historique : « Je pense que cette [loi] que nous avons depuis 50 ans – c’est un précédent. »

Des républicains étonnés

La sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren fait partie des démocrates de la Chambre haute qui étaient opposés à tout compromis avec les républicains, y compris Susan Collins et Lisa Murkowski. Du moins, au départ.

« Commençons par le projet de loi qui protège pleinement les femmes qui ont besoin d’un accès à l’avortement », a-t-elle déclaré mardi sur CNN. « Commencer par couper dans ce domaine est la mauvaise façon de procéder. Les femmes méritent une pleine citoyenneté, une pleine liberté, et notre projet de loi de demain leur fournira exactement cela. »

Certains chefs de file républicains du Sénat ont exprimé une surprise, sincère ou feinte, concernant la stratégie des démocrates. Ils les ont notamment accusés de vouloir défendre l’avortement jusqu’au neuvième mois de grossesse.

« Ils n’essaient même pas de nuancer », a déclaré le sénateur républicain du Dakota du Sud John Thune. « C’est l’avortement jusqu’à la naissance, une position qui n’est pas susceptible de convaincre les gens qui pourraient être convaincus s’ils étaient moins agressifs dans leur approche. »

Les démocrates pourraient présenter d’autres projets de loi plus limités avant ou après l’annonce officielle de la décision de la Cour suprême sur l’avortement. Une des mesures à l’étude protégerait l’accès des femmes aux pilules abortives, qui pourrait aussi être menacé dans certains États.

En attendant, ils ne semblent pas mettre en doute leur stratégie. Après le vote au Sénat, Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, a laissé entendre que les républicains auront à payer leur opposition au projet de loi.

« Les démocrates ne renonceront jamais à défendre nos libertés fondamentales – et le peuple américain se souviendra de ceux qui ont cherché à punir et à contrôler les décisions des femmes, et de ceux qui se sont battus sans relâche à leurs côtés, lorsqu’ils voteront en novembre prochain », a-t-elle déclaré.

Tout cela reste à voir.

Record de 107 000 morts par surdose en 2021

Les États-Unis ont dénombré quelque 107 000 morts par surdose en 2021, une hausse de 15 % par rapport à l’année précédente et un sombre nouveau record, selon des données préliminaires publiées mercredi par les autorités sanitaires américaines. Ces chiffres signifient qu’une personne meurt de surdose toutes les cinq minutes dans le pays. Parmi ces décès, plus de 70 000 sont liés aux opiacés de synthèse comme le fentanyl. Suivent les stimulants comme la méthamphétamine (plus de 30 000 décès), la cocaïne (près de 25 000) et les opiacés naturels ou semi-synthétiques comme l’héroïne (environ 13 000). Plusieurs drogues peuvent être impliquées dans une mort. Les États-Unis avaient pour la première fois dépassé la barre symbolique des 100 000 morts par surdose sur 12 mois en avril 2021. La crise des opiacés américaine a été aggravée par la pandémie de COVID-19, qui a accru l’isolement de certaines populations, selon les experts. La plus forte hausse en 2021 a été observée en Alaska, où les décès ont augmenté de plus de 75 %.

— Agence France-Presse

Malaise du pilote

Un passager sans expérience fait atterrir un Cessna en Floride

Un passager n’ayant aucune expérience de vol aérien a réussi à faire atterrir un petit avion privé dans un aéroport de Floride, mardi, après un malaise du pilote, selon des médias américains. « J’ai un sérieux problème », a déclaré l’homme qui se trouvait dans un avion Cessna 208 Caravan aux autorités du contrôle aérien, selon un enregistrement radio retranscrit par la chaîne locale WPBF.  « Mon pilote est incohérent. Je ne sais pas du tout comment faire voler l’avion. » Le passager, qui avouait n’avoir « aucune idée » de la situation géographique de l’appareil en plein ciel, a ensuite été guidé par les contrôleurs, qui lui recommandaient de « maintenir les ailes à l’horizontale et d’essayer de suivre la côte ». Ces derniers ont finalement réussi à localiser l’apprenti pilote, et leurs collègues de l’aéroport de Palm Beach l’ont ensuite aidé à y atterrir. L’un des contrôleurs a informé les autres avions dans la zone, dans un appel radio, de cet atterrissage très spécial. « Oh, mon Dieu. Très bon boulot », a répondu l’un des pilotes à l’écoute. « J’ai essayé de faire en sorte qu’il reste calme. Il était vraiment calme, il disait juste “écoute, je ne sais tout simplement pas comment voler, je ne sais pas comment arrêter ce truc si j’arrive à le mettre sur la piste” », a relaté Robert Morgan, contrôleur du trafic aérien qui a épaulé le passager, sur CNN mercredi. — Agence France-Presse

Résultat mitigé pour Trump lors de primaires locales

Les électeurs républicains de Virginie-Occidentale ont choisi mardi un partisan de Donald Trump pour les représenter aux élections de mi-mandat en novembre, mais l’ancien président a vu un de ses protégés perdre la primaire au Nebraska. Ces deux États peu urbanisés penchent franchement du côté républicain et les candidats sortis gagnants de ces primaires ont toutes les chances d’être élus à l’automne. Et donc de fortifier le soutien dont bénéficie déjà Donald Trump au Congrès ou dans les exécutifs locaux, lui qui aura besoin de compter ses forces s’il veut repartir à la conquête de la Maison-Blanche en 2024. Au Nebraska, Donald Trump était officiellement derrière la candidature de Charles Herbster, sexagénaire ayant fait fortune dans l’élevage. Mais l’homme, qui brigue le poste de gouverneur, a été accusé d’agressions sexuelles par huit femmes, dont une élue locale, des accusations qu’il nie en bloc. Les électeurs ont finalement choisi son adversaire Jim Pillen, selon des projections du New York Times et de CNN après le dépouillement de 93 % des suffrages.

— Agence France-Presse

Près de 1 milliard pour les victimes de l’effondrement d’un immeuble en Floride

Les survivants et familles de victimes de l’effondrement d’un immeuble de Floride, qui avait fait 98 morts en 2021, vont recevoir au moins 997 millions de dollars de dédommagement, selon un accord négocié devant la justice, a confirmé à l’AFP un des avocats des parties civiles. L’édifice de 12 étages s’était écroulé partiellement au beau milieu de la nuit le 24 juin à Surfside, au nord de Miami Beach. Aux 997 millions, s’ajouteront « environ 100 millions de dollars de plus que nous allons récupérer pour les victimes », a ajouté l’avocat, Carlos Silva. L’accord, annoncé ce mercredi par un tribunal du comté de Miami-Dade, met fin à une action collective contre plusieurs entités. Étaient notamment mis en cause les promoteurs d’un projet de construction à proximité, accusés d’avoir contribué, à cause des vibrations engendrées par leurs travaux, à l’effondrement de l’immeuble sinistré. À l’exception d’un adolescent secouru au cours des premières heures, les secouristes n’avaient pu sauver aucun des habitants présents dans cet immeuble lors de la catastrophe.

— Agence France-Presse

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.