Gourmand Vins

Un rêve en forme de vignoble

Saint-Charles-de-Bellechasse — Julien Masia, chef-propriétaire du restaurant Arvi, à Québec, se lance dans une nouvelle aventure avec sa conjointe, Ariel Pinsonneault. Le couple a acquis au printemps dernier le Domaine Bel-Chas, un vignoble situé dans Bellechasse.

Si vous vous intéressez à la gastronomie québécoise, le restaurant Arvi ne vous est sans doute pas étranger. Ouvert à l’été 2018, l’établissement du quartier Limoilou a été nommé meilleur nouveau restaurant de l’année en 2019 par enRoute.

Son chef-propriétaire, Julien Masia, a récemment acheté le vignoble Domaine Bel-Chas avec sa conjointe, Ariel Pinsonneault, pâtissière de métier qui a possédé Loukoum Cupcake et travaillé chez Chocolats Favoris.

Jusqu’à tout récemment, le couple habitait l’île d’Orléans. Pendant la pandémie, Ariel Pinsonneault a travaillé à la Seigneurie de Liret, un vignoble reconnu notamment pour ses bulles. Là-bas, elle a appris les rudiments du travail du vigneron. Ce fut la bougie d’allumage !

« J’ai commencé à travailler dehors, et je ne voulais plus retourner en dedans. »

Trouver le bon match

Julien Masia et Ariel Pinsonneault étaient donc motivés à trouver une terre où démarrer un projet de transformation d’alcool. Cidre ou vin, ils étaient ouverts aux possibilités.

C’est grâce à L’Arterre, « un Tinder de l’agriculture », que le duo a finalement trouvé ce qu’il cherchait. « Il y a des aspirants agriculteurs et des gens qui vendent des entreprises. Ça fait des matchs et si le fit est bon, on continue la conversation », explique Julien Masia.

Ce fut le cas avec les propriétaires du Domaine Bel-Chas, Marielle Béland et Louis Chasse, qui ont lancé le vignoble en 2002. « Ils ont tout défriché et fait un énorme travail », précise le chef.

Le domaine s’était aussi spécialisé dans le bouturage de vignes en serre : près de 25 000 boutures sont vendues chaque année à des pépinières, vignobles et particuliers. Ariel Pinsonneault, qui a suivi une formation d’un an en production horticole, s’occupe du gros du travail.

Dans leur nouveau domaine de 4 hectares où poussent 10 000 vignes se trouve aussi une maison ancestrale de 1765 dans laquelle le couple et ses deux enfants se sont installés. L’endroit est situé dans le village de Saint-Charles-de-Bellechasse, rang de la Hêtrière, fièrement reconnu dans la région comme l’un des plus beaux rangs agricoles au Québec.

« À l’Île, on était en nature. Mais ici, c’est vraiment la campagne ! », remarque Julien Masia.

En route vers Domaine Arvi

Le vignoble ouvrira ses portes au public du jeudi au dimanche, à partir du 23 juin. On pourra y découvrir les cuvées 2021 réalisées en collaboration avec les anciens propriétaires. « Cette année, on est en transition. On est assez fiers du résultat », confie Julien Masia, qui ajoute qu’une offre à manger sur place, avec des produits transformés, sera ajoutée au cours de l’été.

L’endroit continuera de s’appeler Domaine Bel-Chas jusqu’à ce que Julien Masia et Ariel Pinsonneault offrent leurs premières cuvées bien à eux, sans doute dès l’an prochain. C’est alors que le vignoble changera de nom pour Domaine Arvi.

En ce moment, le couple s’attaque à la conversion bio et veut travailler selon les principes biodynamiques, sans intrants, avec des levures indigènes, et en traitant les vignes naturellement.

Plutôt que de mélanger plusieurs cépages, il désire offrir des microcuvées de monocépages afin d’en faire ressortir les particularités. Frontenac blanc, gris ou noir, sabrevois, radisson, marquette, maréchal Foch, des hybrides tous bien adaptés au climat québécois, poussent ici, ainsi que le Bel-Chas, un cépage aux origines mystérieuses, qu’un homme qui faisait des tests de bouturage a un jour apporté aux anciens propriétaires.

Un essai avec le Bel-Chas en monocépage réalisé cette année sur levures indigènes, avec 45 jours de macération, a donné des résultats prometteurs, assez pour que le couple décide d’en planter quelques rangs supplémentaires.

« On veut vraiment essayer de travailler le terroir. Oui, les vins québécois sont acides, on ne s’en sortira pas, mais c’est intéressant de travailler avec cette particularité plutôt que d’essayer de la masquer », précise Julien Masia.

Les nouveaux propriétaires, qui possèdent des ruches, quelques poules et un jeune cheval, prévoient déjà un évènement en serre le 13 août, une collaboration entre Arvi et un restaurant qui sera dévoilé plus tard. On pense aussi à des arbustes fruitiers, à un potager et peut-être à du cidre fait avec les pommiers sauvages sur le terrain. Oui, l’avenir s’annonce radieux – et occupé – dans le rang de la Hêtrière.

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