Monopole

Comme un bon vin

La critique de restaurants prend un nouveau virage à La Presse. Comme toujours, nos critiques vous racontent leur expérience en soulignant les bons et, parfois, les moins bons coups. Mais nous vous expliquons désormais le choix d’un restaurant ou d’un autre. Nous vous présentons aussi l’équipe en salle et en cuisine. Cette semaine : le Monopole café & buvette.

Pourquoi en parler ?

Le Monopole café & buvette est installé dans ce mignon et lumineux local aux hauts plafonds de la rue Wellington, tout près de Robert-Bourassa, depuis mai 2017. Cet établissement de quartier chaleureux est constamment animé ; le jour, par ceux qui s’arrêtent pour y commander un café et un sandwich sur le pouce ; à l’heure de l’apéro, par les amis, couples et collègues venus prendre un verre, grignoter ou étirer la soirée autour d’un plat plus substantif. Nous avons toujours bien aimé l’ambiance, le service et l’offre à boire du Monopole, mais une précédente visite (avant la pandémie) ne nous avait pas entièrement convaincue côté nourriture. On a voulu savoir si, comme un bon vin, le Monopole avait bien vieilli.

Qui sont-ils ?

Ce projet de commerce hybride, café le jour, buvette le soir, a germé dans la tête de Gabriel Gallant et Ngoc-An Trinh alors qu’ils étaient partis vivre quelques années en Australie où, racontent-ils, ils ont découvert nombre de projets décloisonnés, mi-café, mi-bar, un concept qui n’existait pas vraiment encore ici à l’époque. Le couple, qui s’est rencontré sur les planchers du Toqué !, est donc revenu en ville avec l’ambition d’ouvrir un des premiers cafés-buvettes de la métropole. Ce qu’ils ont fait il y a quatre ans avec l’aide de quelques partenaires (dont François Larose, d’Importation Soif).

C’est une toute petite équipe tissée serré qui mène le navire : Vincent Benoit-Bonin, employé depuis trois ans et nouvellement partenaire, est appuyé en salle par la maître d’hôtel Esther Renaud. En cuisine, la cheffe Caroline Roy (Olive + Gourmando, Pullman) s’est jointe depuis peu à l’équipe. À ces derniers s’ajoutent Manson Mesdour et Simon Day Michaud, qui s’activent autant en plonge, en cuisine qu’en salle.

Notre expérience

Avec la pandémie, la fermeture des salles et le règne des plats à emporter qui s’en est suivi, le Monopole a un peu changé, et en mieux. Le restaurant, qui a développé son offre à emporter, a affirmé son côté caviste, passant d’une centaine de références sur sa carte à plus de 400. La grande table communale près de l’entrée a laissé place à un espace où se dresse un mur de bouteilles qui font toutes plus envie les unes que les autres, et à propos desquelles Gabriel Gallant sait conseiller avec naturel et enthousiasme.

Bref, on a aujourd’hui droit à un Monopole version 2.0 qui a beaucoup de charme, et est toujours aussi décontracté, accueillant et festif, particulièrement en soirée. Et où ce qui se trouve dans l’assiette sied bien au programme liquide. Comprendre, des plats qui demeurent simples (l’ambition de l’endroit n’est pas, et n’a jamais été, d’être une table gastronomique), mais savoureux et bien travaillés, consciencieusement.

Le menu est court, de saison, et change souvent. Les choix pour grignoter en prenant un verre sont nombreux : des plateaux de fromages ou de charcuteries à partager, des olives mélangées, servies chaudes avec zeste de citron (une belle idée, qui sublime leur saveur), et les satisfaisantes « chips du Monopole », un classique du menu, garnies de crème sure, d’oignons marinés et de confiture de jalapeños et poivron rouge.

Le gravlax de saumon (du distributeur gaspésien Bleu Marin), avec ses tranches dodues et bien saumurées déposées sur une crème sure aux herbes et de minces tranches de fenouil légèrement marinées, une assiette goûteuse et équilibrée, est un autre choix gagnant pour l’apéro.

La cheffe se dit « maniaque » de récupération pour éviter les pertes alimentaires. Par exemple, elle réalise son propre bouillon à partir des trimes de champignons et d’autres légumes pour mouiller son risotto de champignons sauvages. Ce dernier était parfaitement « al dente », et les champignons bien rebondis sous la dent, mais l’ensemble manquait un peu de profondeur côté saveur.

Le magret de canard (du producteur local Rougié) était tout à fait à propos en cette soirée frisquette de la fin de septembre : la viande était cuite à la perfection, accompagnée de chou braisé à la bière, de rondelles de poireau poêlées et de cerises compotées relevées de quelques épices (du clou de girofle ?). Un plat ultra-réconfortant et charnu qui nous a bien plu pour conclure la soirée.

Dans notre verre

Qu’elle est belle, la sélection à boire de Gabriel Gallant ! Le vin est ici roi, mais les amateurs de bières québécoises sont aussi très bien servis, alors que la courte carte de cocktails classiques est aussi bien tournée (on a bien aimé notre « Paloma... ish » où le luxardo marashino – une liqueur de fruit – et l’Apérol remplaçaient le traditionnel jus de pamplemousse).

Ce passionné du vin propose un peu de tout, favorise les découvertes et les petites cuvées, avec un penchant affirmé pour les petits producteurs qui travaillent de façon artisanale. En témoigne le rosé Pim Pam, un vin de soif catalan certifié bio absolument charmant, assemblage de cépages comme le grenache blanc et le sumoll noir, légèrement macéré.

Le restaurateur souhaite démocratiser le vin. Les prix sont d’ailleurs à l’avenant. N’hésitez pas à vous lever de votre siège pour admirer les bouteilles ; vous pourrez sans doute goûter à quelques quilles déjà ouvertes et vous faire conseiller un vin. Que ceux qui courent les arrivages de Pinard & Filles, Negondos ou des Pervenches étirent le cou : le Monopole offre une excitante sélection de jus québécois, qu’il vend en caisse découverte de quatre.

Combien ?

Le prix de votre facture sera proportionnel à l’expérience dont vous avez envie. On peut tout simplement prendre un verre en grignotant des olives mélangées (9 $) ou des chips (12 $), opter pour les plateaux de fromage ou de charcuteries (à partir de 10 $) ou encore se laisser tenter par un plat plus copieux (le plus cher était à 27 $ lors de notre passage).

Détails notables

Il y a des petits détails qui en disent parfois long sur les gens qui mènent l’endroit où vous vous installez. Au Monopole, on vous servira systématiquement, à partir de l’heure de l’apéro, un petit bol de maïs soufflé avec votre verre. Sympa !

On le voit de plus en plus dans l’industrie, mais ici aussi, on laisse les employés (et les propriétaires !) se reposer la fin de semaine.

Végétarien ? Il y a généralement au moins un plat végé sur le menu, sans compter les petites grignotines.

Les personnes à mobilité réduite n’auront pas de mal à entrer au Monopole et à s’y déplacer.

Informations

Ouvert le lundi de 9 h à 14 h, puis du mardi au vendredi de 9 h à 23 h. Les réservations sont possibles, mais une grande partie des clients se présentent de façon impromptue.

782, rue Wellington

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.