En route vers les élections

Un député sans filtre

Selon le site de projections électorales Québec125, Pascal Bérubé pourrait bien être le seul élu du Parti québécois le 3 octobre prochain. Mais à ceux qui prédisent la mort du PQ, le député répond : « Fermez-la ! »

Matane — Il est autour de midi quand nous rejoignons Pascal Bérubé dans son bureau de circonscription, rue Fraser.

« Bienvenue à Matane ! », lance le député en ouvrant grand la porte. Il est seul au travail en ce dimanche gris et brumeux de juin. C’est loin d’être une exception, comme en témoigne Richard Z. Sirois, établi depuis peu dans la région, qui s’arrête par hasard en nous apercevant. « Son char est toujours ici », affirme l’humoriste.

Pascal Bérubé a accepté l’invitation de passer quelques heures avec La Presse alors que les formations politiques se préparent à l’affrontement électoral du 3 octobre. En route vers la fabrique d’Esprit-Saint, dans la circonscription voisine, où il donne un coup de main à la recrue du Parti québécois dans Rimouski.

« Est-ce que tu es une fumeuse ? », demande-t-il, anticipant les 140 km à dévaler en notre compagnie. Un voyage au cours duquel il se livre sans filtre. Et où le « vous » cède rapidement la place au « tu ».

La semaine qui vient de finir a été particulièrement difficile pour le PQ, avec la sortie de l’ex-premier ministre Lucien Bouchard et le coup de filet de la CAQ, qui a recruté Bernard Drainville. Les analystes politiques s’en donnent à cœur joie : est-ce la mort du PQ ?

Au volant de son véhicule, Pascal Bérubé en a assez des discours défaitistes. Il parle sans détour : « Il faut que ça arrête, ça ne donne rien », argue-t-il.

« Vous voulez qu’on ait une belle campagne sur la base des idées, des propositions ? Bien, fermez-la. […] Je vous dis que ce n’est pas ce qui va arriver. Donc, si on veut une élection excitante, j’invite tous les prophètes de malheur et ceux qui, pour la énième fois, se pensent originaux en disant ça à se la fermer. 

— Qu’est-ce qui arrive si tu es le seul élu au 3 octobre ?

— Ça n’arrivera pas. Question hypothétique, je passe. Je ne veux pas répondre à ça.

— Mais y penses-tu parfois ?

— Jamais. Je n’ai peur de rien dans la vie. Je n’ai peur de rien en politique. »

Réputé travailleur acharné, le député de Matane-Matapédia est animé par l’adversité. Il « ne croit pas » aux scénarios voulant que la Coalition avenir Québec remporte 100 sièges aux prochaines élections. Il fait le pari que le Parti québécois réalisera des gains et ne sera pas confiné à l’est du Québec.

« Ça va être tough ? Parfait. C’est dans cette équipe-là que je veux être. »

Un stress constant

Pascal Bérubé gare la voiture devant un dépanneur en bordure de la route 132. Il ressort avec un Guru et un paquet de cigarettes. Il avait réussi à se défaire de cette mauvaise habitude cet hiver, mais il vient de rechuter. Il inhale quelques bouffées avant de reprendre place dans l’habitacle. « Ma blonde est furieuse », souffle-t-il.

Derrière ses allures de batailleur infatigable se cachent pourtant certaines vulnérabilités. « Je suis tout le temps nerveux, j’ai des crises d’anxiété régulièrement », révèle-t-il.

« Les gens trouvent ça le fun, Bérubé qui fait des discours pas de notes, mais l’énergie que ça me prend au début, l’anxiété… »

— Pascal Bérubé, député de la circonscription de Matane-Matapédia

« J’ai peur de m’étourdir, de tomber dans les pommes tout le temps au début des discours. » Il a bien failli ne pas prendre la parole dans un évènement à Québec quelques jours avant notre entretien. « J’ai fait signe à Paul [St-Pierre Plamondon, le chef du PQ] que je ne serais pas capable », raconte-t-il, mais il a fini par y arriver.

En 2014, alors qu’il était ministre du Tourisme, il avait d’ailleurs subi un bref malaise avant de prononcer un discours au Forum sur les croisières, à Québec.

Alors que les kilomètres s’enfilent, Pascal Bérubé aborde sa relation avec le travail sans tabou. Il ne nie pas que sa vie tourne autour. Il répond dans la minute et n’en rate pas une sur les réseaux sociaux. « Je dors quatre heures par nuit depuis des années. J’ai hâte que ça commence le matin parce que j’ai de l’avance sur les autres. […] Je suis une drôle de bibitte là-dessus. »

Il a pour modèle l’ex-député François Gendron, doyen de l’Assemblée nationale, où il a siégé pendant 42 ans. Avec déjà 15 années derrière la cravate, il lance à la blague qu’il pourrait battre le record.

« Te vois-tu faire ça encore longtemps ?

— Tant que ma santé le permet. »

« Aucune envie de devenir premier ministre »

Pascal Bérubé en grille une, s’engageant vers Métis-sur-Mer. Fasciné par l’histoire, il a une anecdote sur tout et connaît sa circonscription comme le fond de sa poche. « Lui, je sais qu’il fait exprès », lance-t-il, pointant un drapeau canadien flottant sur le terrain d’une résidence cossue.

Le député règne en maître dans Matane-Matapédia, où il a remporté la victoire avec une majorité historique de 17 279 voix en 2018. Un sondage Léger commandé par le PQ en mai a révélé que 92 % de ses concitoyens étaient satisfaits de son travail. Lui qui dit ne rien tenir pour acquis admet que ce score l’a conforté dans sa décision de solliciter un nouveau mandat.

« Je me suis posé la question […]. J’ai eu plusieurs offres d’envergure, dans le privé et le public, je les ai toutes refusées. Il n’y a rien que me plaisait plus que d’être député. »

— Pascal Bérubé, député de la circonscription de Matane-Matapédia

En fait, l’homme de 47 ans a même du mal à s’imaginer dans un autre rôle. Pas même dans celui de chef du Parti québécois. « Jamais », lance-t-il, appuyant sur le mot.

« Je n’ai aucun intérêt pour ça […]. Ça implique de devenir premier ministre, et je n’ai aucune envie de devenir premier ministre », explique celui qui a été chef intérimaire du parti de 2018 avant l’élection de Paul St-Pierre Plamondon à la direction.

Arrivée à destination, Pascal Bérubé descend du véhicule sans tarder. En chemin, il a confié avoir une « fascination » pour l’histoire et les reliques d’une autre époque. Il court les bazars. Il est servi : la fabrique d’Esprit-Saint annonce l’« écoulement complet des stocks ».

Il salue brièvement la poignée de bénévoles – il s’en excusera par la suite –, attiré par les vieilleries disposées sur de grandes tables. C’est en ces lieux bondés que Jacques Parizeau avait prononcé un discours en 1971 lors de l’Opération Dignité II, un grand mouvement de contestation populaire contre la fermeture des villages.

L’église d’Esprit-Saint n’est plus ce qu’elle a déjà été. Un peu comme le Parti québécois.

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