L’engagement de Raphaël Grenier-Benoît

Raphaël Grenier-Benoît a incarné Oli dans Les Parent pendant huit ans. À 24 ans, il vient d’entreprendre un doctorat en droit constitutionnel à l’Université d’Oxford et est un des 15 lauréats d’une prestigieuse bourse remise par la Fondation Pierre Elliott Trudeau. Un parcours déjà impressionnant, mais il espère surtout que ses études serviront à transformer la société.

Chaque année depuis 2002, la Fondation Pierre Elliott Trudeau remet des bourses à des étudiants qui mènent des projets de recherche en sciences humaines partout au Canada. De 643 personnes qui ont soumis leur candidature cette année, le processus de sélection est passé à 102 demi-finalistes, puis à 36 finalistes, puis à 15 boursiers.

Joint par Zoom en Angleterre mercredi dernier, Raphaël Grenier-Benoît, tout sourire, n’en revenait toujours pas.

« Je me sens tellement honoré et choyé ! Je pense que ça va me prendre un certain moment avant de complètement le réaliser. En plus, à chaque étape il y avait des entrevues de groupe, et dès la première, j’ai vu à quel point il y avait des candidats exceptionnels. »

Ce qui a fait la différence, selon lui ? Son projet de recherche, son parcours un peu atypique, et « les astres qui se sont alignés ».

« Un facteur déterminant, ce sont les enjeux sur lesquels tu travailles, car l’idée est de créer une cohorte avec des gens qui se complètent. Il y a une question de fit, je dirais. »

— Raphaël Grenier-Benoît

C’est qu’au-delà de la bourse d’études, qui n’est pas négligeable – entre 40 000 $ et 60 000 $ par année pendant trois ans –, la Fondation compte aussi un important volet de leadership et de mentorat. Les rencontres et les échanges entre les 15 lauréats seront donc nombreux et soutenus.

« On s’est parlé ce matin pour la première fois. C’est tellement stimulant de voir la pluralité des perspectives ! L’idée de la bourse, c’est aussi de nous transformer sur les plans intellectuel et humain. Ce n’est pas juste un transfert d’argent chaque année. »

Un choix difficile

Raphaël Grenier-Benoît jouait encore dans Les Parent lorsqu’il a commencé à étudier en droit à l’Université McGill en 2015. « Ce qui m’a mené à cette discipline, c’est l’idée d’avoir un impact social », explique-t-il. Après le Barreau, le jeune homme est parti faire sa maîtrise à Oxford en 2019, où il vient d’entreprendre son doctorat.

Ce qui l’intéresse dans le droit constitutionnel, et c’est son sujet de recherche, c’est l’interprétation que font les juges de la Constitution pour s’adapter à l’évolution de la société sur des enjeux « d’importance capitale ». Environnement, aide médicale à mourir, question autochtone, tout cela était impossible à prévoir lors de la rédaction de la Constitution en 1867, rappelle Raphaël Grenier-Benoît.

« Le droit constitutionnel, c’est un peu l’ADN de notre démocratie. Toutes les questions ou presque y sont reliées. D’ailleurs, en ce moment, je suis ça de loin, et ce ne sont pas les questions qui manquent ! C’est tellement fondamental. »

— Raphaël Grenier-Benoît

L’interprète d’Oli ne regrette en rien ses années d’enfant comédien, qui ont été « magnifiques et magiques ». Mais est arrivé un moment où il a dû faire un choix.

« Pour moi, c’était vraiment une passion, pas juste un passe-temps. Quand j’ai commencé à m’intéresser aux questions de société, je pensais pouvoir faire les deux… mais j’ai compris que ça ne se peut pas ! Il y a eu deux appels, un qui a été plus fort, mais ça ne veut pas dire que ce n’est pas un deuil. »

Il continue d’être un assoifé de littérature, de cinéma, de musique, de poésie. Mais ce qui a fait pencher la balance du côté du droit, c’est son désir d’avoir un impact direct sur la société. « Quand tu es comédien, tu es un interprète. Un peu comme un musicien, ce n’est pas toi qui écris la partition. »

Demeurer dans le concret

Le doctorant admet que son sujet de recherche peut sembler « cérébral et technique ». Mais il vient aussi du cœur, précise-t-il.

« Je le fais parce que j’y crois. Ça touche mes valeurs, le genre de démocratie et de société qu’on a », souligne-t-il. Et ce qui est certain, c’est qu’il a envie d’avoir les deux mains dans le concret.

« Si je fais ça, c’est parce que j’ai le désir d’être dans les tranchées, de me retrousser les manches. »

« Il est trop tôt pour prédire où je serai dans 10 ans. Mais ce que j’aimerais, c’est avoir un pied dans le monde universitaire et un pied dans la pratique pour mener les combats qui me touchent. »

— Raphaël Grenier-Benoît

Deux grands intellectuels et vulgarisateurs qui viennent tout juste de mourir, Jacques Lacoursière et Serge Bouchard, sont d’ailleurs une inspiration pour lui. « Ce sont des gens qui étaient animés par l’esprit de service. Hubert Reeves aussi a eu cet impact. »

Il admire quelqu’un comme Charles Taylor, « un des plus grands philosophes du XXsiècle », qui n’a jamais hésité à prendre part aux débats de société.

« Il est engagé, pas déconnecté. Qu’on soit d’accord ou non avec lui, on ne peut pas nier qu’il est animé par cette volonté de servir la société. Oui, je veux réfléchir et explorer profondément des idées. Mais je ne veux pas que ce soit juste des mots sur du papier. Je veux contribuer aux changements qui mèneront à une société plus juste, moins inégale. Où la justice se ressent et s’éprouve chez les citoyens. »

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