La Presse au Qatar

« Attention, Titi, j’arrive ! »

Doha — Qui n’aime pas les histoires de négligés ?

Évidemment, les Français n’étaient pas les négligés, mardi soir, face aux Australiens. D’ailleurs, ils les ont facilement vaincus, 4-1. Mais l’attaquant Olivier Giroud, lui, l’était.

Ça fait des années que le vétéran chasse le record de 51 buts en équipe de France, détenu par Thierry Henry. Il était rendu à 49, le printemps dernier, lorsque l’entraîneur-chef Didier Deschamps l’a exclu de la sélection nationale. Alors âgé de 35 ans, Giroud voyait bien que ses chances de rattraper Henry fondaient comme une crème glacée sous le soleil de Doha.

Le mois dernier, Deschamps l’a finalement ramené au sein de l’effectif, dans un rôle secondaire, voire tertiaire. Celui de doublure pour Karim Benzema. C’est qui, Karim Benzema ? Le gagnant du Ballon d’or la saison dernière. C’est quoi, le Ballon d’or ? Le trophée remis au meilleur joueur de l’année – dans le monde. Quand tu es le second du Ballon d’or, ton fauteuil de substitut épouse la forme de tes fesses.

Or, au soccer, le vent peut vite changer de direction. Samedi, Benzema s’est blessé à une cuisse lors d’un entraînement. Dimanche, il déclarait forfait pour le reste du tournoi. Mardi, Giroud était de retour comme titulaire, avec une de ses dernières chances de devenir le Français le plus prolifique de l’histoire.

Il ne l’a pas ratée.

À la 32e minute, il a aisément poussé dans le filet une passe généreuse de son coéquipier Adrien Rabot. Puis à la 71e minute, il a dévié de la tête un centre époustouflant de Kylian Mbappé, pour égaler le record de 51 buts en équipe de France.

Dans les derniers instants, lorsque le match était hors de portée des Australiens, Didier Deschamps a rappelé Olivier Giroud au banc pour le remplacer par Marcus Thuram. Ça a permis au nouveau recordman de quitter le terrain sous les applaudissements nourris des spectateurs français, qui scandaient son nom. Deschamps lui a aussi fait une accolade bien sentie.

« C’est une fierté, un honneur », a déclaré Giroud aux journalistes français, dans la zone mixte. « Pouvoir être [aux côtés de Thierry] en équipe de France, après ces 11 années en bleu… Je mesure tout le chemin parcouru, mais surtout, je me remémore les superbes équipes dans lesquelles j’ai évolué. C’est un travail collectif, et moi, j’essaye de bien finir le travail des mecs. »

« Lorsque j’ai été rappelé [en équipe nationale], a-t-il poursuivi, j’ai eu un fort désir de montrer que j’étais à 200 % avec les Bleus. L’entraîneur m’a donné l’opportunité, et je l’ai saisie. C’est important d’être présent dans les moments cruciaux. »

Buts en équipe de France

• Olivier Giroud : 51 • Thierry Henry : 51 • Antoine Griezmann : 42 • Michel Platini : 41 • Karim Benzema : 37

Un petit mot pour Thierry ?, lui a demandé un journaliste.

« Attention, Titi, j’arrive ! »

À sa gauche, Kylian Mbappé a également connu un fort match. Déjà qu’à la télévision, je le trouvais rapide, en personne, près de l’action, il est épatant. Ses accélérations étaient puissantes. On aurait dit un sprinteur dépassant un peloton de coureurs de steeplechase. Son contrôle du ballon était remarquable. Ses talonnades, bluffantes.

Avec les absences de Benzema, Paul Pogba et N’Golo Kanté, Mbappé est incontestablement le pôle magnétique de cette équipe. Celui qui attire tous les ballons et les regards. Celui qui peut faire la différence à lui seul. Celui qui peut permettre à la France de devenir la première équipe, depuis le Brésil en 1962, à gagner deux coupes de suite.

Le brouillard et l’éclaircie

Pour vaincre la Belgique, ce mercredi, le Canada aura besoin de tout son effectif en santé.

Bonne nouvelle : « Les nuages sombres se sont déplacés », a révélé l’entraîneur-chef John Herdman mardi.

« Nous sommes dans une position où nous pourrions aligner notre meilleure formation sur le terrain. » Alphonso Davies, blessé à une jambe, « vole sur le terrain ». « Il est en santé maintenant. Il a atteint ses curseurs. Il est prêt à jouer. » Le gardien Milan Borjan, qui souffrait de maux intestinaux, a retrouvé ses coéquipiers à l’entraînement. Le milieu de terrain Stephen Eustáquio sera lui aussi disponible pour la partie.

À l’opposé, dans le camp belge, un épais brouillard enveloppe les Diables rouges. Romelu Lukaku sera absent. Les vieux défenseurs inquiètent. Auront-ils les jambes pour suivre les rapides ailiers canadiens ?

Je m’étais promis d’éviter les comparaisons avec le hockey, mais bon, comme tout le monde rompt ses promesses ici, j’en ferai tout autant. Savez-vous à qui me fait penser cette équipe de Belgique ? Au Canadien de Montréal, version automne 2021. Dans la période entre la finale de la Coupe Stanley et l’effondrement.

Ma prédiction : un verdict nul de 2-2.

Mais je ne parierai pas de gueuze cette fois-ci.

Temps sup

Vous trouvez que les matchs s’étiiiiiiiiiiiiirent en longueur ? C’est bel et bien le cas. La partie Angleterre-Iran, lundi, a duré 117 minutes – un record de la Coupe du monde pour un match sans prolongation. Celle entre l’Argentine et l’Arabie saoudite ? 111 minutes. Au total, dans les sept premières rencontres, les arbitres ont ajouté 88 minutes de jeu.

Non, ce n’était pas pour que l’Argentine rattrape l’Arabie saoudite. La FIFA veut tout simplement cesser de récompenser ceux qui retardent la partie.

« On veut éviter d’avoir seulement 42, 43 ou 44 minutes de vrai jeu, a expliqué la semaine dernière le chef de l’arbitrage, Pierluigi Collina. Le temps perdu pendant les remplacements, les fautes, les célébrations, les traitements médicaux ou les reprises vidéo sera compensé. »

Un exemple ? « Pensez à un match de trois buts, dit-il. Une célébration prend une minute, une minute et demie. Après trois buts, vous avez perdu cinq ou six minutes de jeu. »

C’est, de loin, la meilleure décision de la FIFA cette semaine.

Faut dire que la barre était basse.

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