Without Remorse

Ni James Bond ni Jason Bourne…

Il est toujours un peu frustrant de constater qu’un film est parfois fabriqué dans l’unique but de lancer – peut-être – une nouvelle franchise. C’est un peu le sentiment qui nous anime après avoir visionné Without Remorse (Sans aucun remords en version française), long métrage dont le dénouement annonce la ferme intention de poursuivre l’aventure.

Inspiré d’un roman à succès de Tom Clancy publié dans les années 1990, une époque complètement différente sur le plan géopolitique, le récit de Without Remorse a été actualisé, mais distille néanmoins des relents de guerre froide. Même si les tensions entre la Russie et les États-Unis ont été ravivées de plus belle récemment, il est quand même un peu étrange que l’histoire de ce film d’action, quand même contemporaine, soit construite autour de la présence d’un ennemi aussi ciblé, incarné par des individus de la même manière qu’à l’époque de The Hunt for Red October (À la poursuite d’Octobre rouge) ou Patriot Games (Jeux de guerre).

Le premier acte de Without Remorse se déroule en Syrie, alors que John Kelly (Michael B. Jordan), soldat d’élite des forces spéciales de la marine, fait partie d’une opération secrète dans la ville d’Alep, complètement dévastée. Il appert que cette participation lui vaudra des représailles sanglantes à son retour aux États-Unis, étant maintenant pourchassé chez lui par des soldats russes. On ne divulgâchera rien en disant que ces derniers assassinent sa femme, tout le reste du récit étant mû par le désir de vengeance qui consumera le soldat américain. L’intrigue se complexifiera toutefois au fil d’évènements qui révèlent l’existence d’un complot international qui, s’il devait se concrétiser, entraînerait les États-Unis et la Russie dans une guerre totale.

Un déséquilibre

Mais nous ne sommes pas dans un film de James Bond ici. Ni même dans une aventure de Jason Bourne.

Without Remorse se prend terriblement au sérieux. Il y a aussi un déséquilibre dans l’exécution d’un récit dont la force émotive devrait s’appuyer sur un deuil que le personnage ne semble pourtant jamais ressentir.

À vrai dire, ce drame sert de prétexte pour justifier une histoire axée sur la revanche en misant sur des scènes d’action et de violence, tout en glamourisant au passage l’arsenal militaire. Sur ce plan, le réalisateur italien Stefano Sollima, qui s’était déjà frotté au cinéma hollywoodien grâce à Sicario – Day of the Soldado (dont Denis Villeneuve avait réalisé le volet original), orchestre ce genre de scènes de façon compétente, sans toutefois se distinguer. On retiendra notamment cette scène dans l’océan qui nous rappelle The Poseidon Adventure ou Titanic (?), ou cette autre, improbable, impliquant une voiture, un Russe coincé et beaucoup d’essence, mais quand même rien pour faire passer ce thriller à la postérité.

Heureusement, la présence de Michael B. Jordan, qui se glisse dans la peau d’un personnage dont on raconte les origines avant qu’il ne se joigne aux aventures de Jack Ryan sous le nom de John Clark, élève le tout d’un cran. Révélé au cinéma grâce à Fruitvale Station, apprécié ensuite dans Creed, Black Panther et Just Mercy, l’acteur est doté d’une forte présence et possède le charisme de ces superstars ayant la capacité – comme dans ce cas-ci – de porter tout un film sur leurs épaules et d’en transcender les faiblesses.

Without Remorse (Sans aucun remords) est offert en exclusivité sur Amazon Prime Video.

Thriller

Without Remorse

Stefano Sollima

Avec Michael B. Jordan, Jamie Bell, Cam Gigandet

1 h 50

* *1/2

Things Heard & Seen

Une approche tout en finesse

SYNOPSIS

Catherine et George, qui forment un jeune couple et sont parents d’un bambin, quittent New York pour un village dans le nord de l’État où George va enseigner. Ils s’installent dans une maison au charme suranné et toujours habitée par les âmes de femmes autrefois violentées. Au moment où Catherine subit la colère de George, elles se ligueront contre lui.

L’histoire est à l’image du lieu où elle se déroule : classique, déjà vue. Et les moyens sont modestes. Mais qu’à cela ne tienne, ce long métrage passe la rampe grâce à une intrigue explorée avec une certaine originalité et dans le respect des moyens donnés aux deux cinéastes. Déjà là, on peut dire bravo.

Mêlant le drame, l’horreur et le fantastique avec un bon dosage, Things Heard & Seen (V.F. Dans les angles morts) est donc campé en Nouvelle-Angleterre, où un couple, dans l’espoir d’une vie meilleure, s’installe dans une maison joliment décrépite. Bientôt, tout autour d’eux, des activités paranormales vont commencer à surgir. Bonjour, les ambiances à la Stephen King ou qui rappellent l’extraordinaire roman Le maître des illusions de Donna Tartt.

Ambitieux, quitte à être violent, monsieur va rapidement tromper sa femme et tasser le directeur de son département d’histoire de l’art. Dégoûtée, madame va tromper monsieur et commencer, avec tout ce qu’elle entend autour d’elle, à comprendre que ce dernier constitue une menace pour sa vie. On imagine la suite.

L’originalité dans tout cela se situe dans une approche qu’on pourrait qualifier de pointilliste. Au lieu de verser dans le massacre tous azimuts du film d’horreur de série B, tout se passe par petites touches, à travers des objets intrigants, des attitudes, des mots, des paroles murmurées, des secrets échappés et même des odeurs.

L’autre grande force du film réside dans son importante galerie de rôles secondaires. Autour de Catherine et de George gravitent plusieurs résidants du village. Ils ont tous l’air bien sympathique. Ils ont tous quelque chose à cacher. Ils vont tous jeter cartes sur table à tour de rôle. Voilà une belle façon d’amener les choses.

La montée est puissante et doucereuse, mais va néanmoins aboutir sur une finale digne d’un tableau ténébriste de Caravaggio.

Sur Netflix

DRAME FANTASTIQUE

Things Heard & Seen

Shari Springer Berman et Robert Pulcini

Avec Amanda Seyfried, James Norton, Rhea Seehorn

2 h 01

* * *1/2

What Drives Us

Que les tournées reprennent !

Synopsis

Dave Grohl, ancien membre de Nirvana et leader des Foo Fighters, interroge un tas de musiciens (dont Flea, Ben Harper, St. Vincent, Slash et Ringo Starr) sur le plaisir de partir sur la route dans un bon vieux camion de tournée.

« Un, deux. Check-check. »

Dès l’image d’ouverture de What Drives Us, nous sommes profondément nostalgiques d’une époque pas si lointaine. Celle où l’on pouvait aller voir des spectacles tous les soirs à Montréal et dans la plupart des villes du monde.

« C’est une connexion avec des gens », dit Lars Ulrich, batteur de Metallica. « Une façon de crier au monde qu’on existe », renchérit The Edge, guitariste de U2. Comme le dit si bien St. Vincent, un spectacle « est une autre dimension ».

C’est pourquoi les messes rock nous manquent tant. Et pourquoi le nouveau documentaire de Dave Grohl est à la fois si bon et crève-cœur à regarder, surtout que son groupe Foo Fighters devait être l’une des têtes d’affiche à Osheaga après deux spectacles mémorables au Festival d’été de Québec. On avait peut-être tenu les bons vieux shows pour acquis. Et des vieux routiers comme Flea et Brian Johnson avaient peut-être oublié leurs débuts dans un vieux camion de tournée ni fiable ni confortable. Or, c’est à la fois un passage obligé, une vocation profonde, l’inconnu… et la base de tout, dit Dave Grohl en voix hors champ.

Avant même d’être batteur dans Nirvana, Dave Grohl faisait partie du groupe punk hardcore Scream. Au début de What Drives Us, on le voit retrouver un ancien camion de tournée rouge et c’est à son bord qu’il part à la rencontre des intervenants de son documentaire avec ses lunettes Ray Ban Aviator sur le nez.

Les musiciens sont surpris quand Grohl leur demande de se présenter devant la caméra. « Je suis Slash, de Los Angeles. Je suis Duff McKagan, de Seattle. » Grohl veut mettre le vedettariat de côté et revenir à la base. Pourquoi des jeunes dans la vingtaine partent-ils en tournée avec la certitude que leur musique doit conquérir la planète ?

Dave Grohl s’intéresse aussi à des formations de la relève, dont Starcrawler et Radkey. Et il plonge dans le passé pour rappeler que le groupe de Vancouver D. O. A. a ouvert la voie à de nombreux groupes punk américains DIY au début des années 1980.

Au bout du compte, rien d’inusité ne ressort des propos de tout un chacun. Mais c’est somme toute émouvant de voir un Ben Harper raconter, les yeux brillants, que ses voisins étaient des membres du groupe punk Christian Death et qu’ils l’ont initié à The Clash et The Jam. Nous sommes aussi émus que Dave Grohl d’entendre The Edge raconter que U2 existe depuis 40 ans. Et il y a cette anecdote savoureuse où Dave Lombardo de Slayer raconte avoir eu un accident de la route alors que son groupe écoutait l’album War and Pain de Voivod !

Dave Grohl utilise l’un des secrets bien gardés du journalisme musical : les questions les plus simples (« pourquoi as-tu commencé à faire de la musique ? ») donnent les meilleures réponses.

Offert sur Amazon Prime Video

Documentaire

What Drives Us

Dave Grohl

Avec Ringo Starr, Brian Johnson, Steven Tyler, St. Vincent, The Edge et beaucoup d’autres

1 h 28

***1/2

Pour l’éternité

Des parcelles d’infini dans la grisaille ambiante

SYNOPSIS

Une errance onirique, dans laquelle de petits moments sans conséquence prennent la même importance que les évènements historiques. On y rencontre un dentiste, un père et sa fille sous la pluie, un homme dans un bus, un couple dans un café, des jeunes qui dansent, un prêtre sans foi, Hitler ou encore l’armée de Sibérie…

Film lauréat du Lion d’argent de la mise en scène à la Mostra de Venise en 2019, Pour l’éternité pourrait être une suite à la trilogie sur la condition humaine que Roy Andersson a proposée avec Chansons du deuxième étage, Nous, les vivants et Un pigeon perché sur une branche. En construisant son plus récent long métrage sous la forme de vignettes, le cinéaste suédois offre une œuvre impressionniste – c’est à prendre ou à laisser – qui explore la façon qu’ont les humains de composer avec leurs difficultés existentielles quotidiennes. Une narratrice commence toujours une nouvelle histoire de la même façon en disant : « J’ai vu un homme, j’ai vu une femme… »

Misant principalement sur les atmosphères et le style, sans oublier les quelques envolées poétiques, le récit se concentre sur une galerie de personnages qui, aveuglés par leurs propres tourments intérieurs, sont coincés dans un espace mental dont ils peuvent difficilement sortir. Sur ce plan, le personnage le plus emblématique est ce prêtre, complètement désespéré d’avoir perdu la foi, à qui personne ne prête la moindre attention. Et dont l’esprit est occupé par quelques visions cauchemardesques.

Fidèle à son habitude, Roy Andersson parsème son film de touches d’humour noir (non sans parenté avec celui qu’empruntent parfois Aki Kaurismäki ou Denis Côté), bien que moins évidentes, cette fois. Le cinéaste, également auteur du scénario, donne aussi le ton onirique de son film avec, comme entrée en matière, ce couple enlacé qui survole la ville. Pour l’éternité ne sera pas du goût de tous, mais pour peu qu’on accepte la proposition, ce film se révèle beaucoup plus riche qu’il peut paraître au premier abord.

Pour l’éternité (About Endlessness est le titre en anglais) est en salle dès ce vendredi. Il sera offert à la location sur les plateformes le 7 mai.

Drame

Pour l’éternité

Roy Andersson

Avec Bengt Bergius, Anja Broms, Marie Burman

1 h 18

* * *1/2

Willy’s Wonderland

Ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle

SYNOPSIS

Traversant une ville anonyme du Nevada, un homme silencieux est piégé par un homme d’affaires du coin. Il accepte de faire réparer gratuitement sa voiture en échange de nettoyer, le temps d’une nuit, un restaurant familial tombé en ruine. Mais les personnages en peluche du restaurant ont d’autres projets.

Willy’s Wonderland s’appuie sur les mêmes bases que le film Things Heard & Seen dont il est question aussi dans cette page (voir autre critique). Mais l’histoire se développe avec une approche diamétralement opposée !

Là où Things Heard & Seen explore le thème de l’horreur et de la peur dans une convaincante approche tout en subtilités, l’intrigue de Willy’s Wonderland nous saute pratiquement au visage !

Ce film, dont la plus grande part du budget a sans doute été consacrée à l’achat de faux sang, est électrique, violent, baroque, décadent, explosif, endiablé, compulsif. Et souvent drôle tellement les situations sont ridicules et risibles.

Durant toute une nuit, le personnage du concierge (Janitor), incarné par un Nicolas Cage carburant à une boisson caféinée, va affronter des peluches robotisées géantes, possédées et hystériques, qui vont chercher à lui faire la peau. Durant ce temps, à l’extérieur, une bande de jeunes adultes attardés menés par Liv (Emily Tosta) vont tenter de mettre le feu à l’endroit dans le but de chasser les démons qui y résident.

Tout cela est beaucoup plus divertissant que la dernière cérémonie des Oscars, mais on n’y croit pas une seconde. On ne ressent par exemple aucun sentiment de peur parmi les personnages, qui auraient pourtant dû avoir ne serait-ce qu’une petite frousse.

Le traitement fait très clip des années 1980 avec travellings avant en accéléré, arrêts sur image, passages saccadés, ambiances de lumières noires, etc. Sans surprise, les scènes d’action sont tournées avec une avalanche de décibels rock.

Tout cela est à la fois drôle et insignifiant. On sent un tournage à la va-vite où les acteurs sont venus « puncher » au lieu de jouer. Une mention, toutefois, pour une scène d’anthologie où Cage-le-Concierge donne une raclée mémorable à un gros gorille vert.

La finale, encore une fois sans surprise, est désolante et fait carrément « mononcle ».

Que ce film devienne culte dans quelques années pour les mauvaises raisons ne nous surprendrait pas.

En VSD sur différentes plateformes

COMÉDIE D’HORREUR

Willy’s Wonderland

Kevin Lewis

Avec Nicolas Cage, Emily Tosta, Ric Reitz

1 h 29

* *1/2

30 jours max

La vie est trop courte

SYNOPSIS

Quand il apprend à tort de la bouche de son médecin n’avoir plus que 30 jours à vivre, un policier incompétent, habituellement la risée de ses collègues, se met en tête de devenir un héros au sein de son commissariat.

Tarek Boudali a atteint la popularité en France grâce à La bande à Fifi, un groupe d’humoristes ayant fait sa marque sur la chaîne Canal Plus. Les films auxquels participent les membres de cette troupe – Babysitting, Babysitting 2, Alibi.com – cartonnent systématiquement au box-office là-bas. Même Épouse-moi mon pote, une comédie généralement très décriée à cause des clichés véhiculés sur l’homosexualité, a attiré tout près de 2,5 millions de spectateurs dans les salles de l’Hexagone il y a quatre ans.

Bien que certains de ces longs métrages aient été distribués au Québec, Tarek Boudali et ses deux comparses, Philippe Lacheau et Julien Arruti, sont pratiquement de parfaits inconnus chez nous. Et ce pénible 30 jours max ne changera rien à l’affaire. Distillant un humour régressif, cette comédie policière poussive tente de mêler l’humour et l’action en ratant toujours la cible.

S’appuyant sur un postulat déjà éculé, celui du flic se transformant en tête brûlée quand il n’a plus rien à perdre, le récit n’est plus qu’une enfilade de gags prévisibles et souvent grotesques. Fascination pour l’Amérique oblige, on le ponctue aussi d’un inévitable pèlerinage à Las Vegas.

Les participations de Marie-Anne Chazel, José Garcia et Nicolas Marié auraient sans doute pu nous faire croire à un peu plus de finesse, mais là n’était manifestement pas l’intention de Tarek Boudali. Ce dernier, en plus de tenir le rôle de ce policier apprenant faussement qu’il n’en a que pour 30 jours à vivre, signe ici sa deuxième réalisation (après Épouse-moi mon pote) en portant à l’écran un scénario dont il a eu l’idée, qu’il cosigne avec deux autres scénaristes (Pierre Dudan et Grégory Boutboul).

Même si la vie est franchement trop courte, il se trouve que plus de 1 million de spectateurs français se sont rendus dans les salles pour voir 30 jours max, même en pleine pandémie.

En salle dès ce vendredi

Comédie policière

30 jours max

Tarek Boudali

Avec Tarek Boudali, Philippe Lacheau, Julien Arruti

1 h 27

*1/2

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