Smashed 2

Une histoire de vengeance

Programme double du Royaume-Uni mercredi soir à la TOHU pour donner le coup d’envoi de Montréal Complètement cirque. Si la proposition de Gandini Juggling nous laisse un petit goût acide, le trio de Three Legged Race s’avère plutôt désopilant.

Il y a 11 ans, Gandini Juggling avait présenté à Montréal une première version de Smashed. Les plus fidèles adeptes de Complètement cirque s’en souviennent assurément. Un coup de cœur public et critique instantané.

Dans leurs beaux costards, les sept hommes dansaient tout en jonglant avec des pommes ; les deux femmes en robe du soir aussi. Un magnifique ballet mêlant danse, musique et jonglerie, une sorte de clin d’œil à la pièce Kontakthof, de Pina Bausch, qui explorait les rapports homme-femme.

Dans Smashed 2, Sean Gandini et sa compagne Kati Ylä-Hokkala ont voulu inverser les rôles. Ce sont donc sept femmes et deux hommes qui foulent la scène, et qui jonglent cette fois avec des oranges dans des chorégraphies finement ciselées.

Mais voilà, les sept femmes sont animées par un désir de vengeance. Et sous des dehors de gracieuses envolées, la colère gronde.

C’est comme si elles voulaient faire payer ces deux bougres pour toutes les inégalités, injustices ou autres sévices qu’elles ont subis collectivement au fil des ans… Dans un rendu proche de la bédé, avec des scènes jouées au ralenti. On a envie de sourire (parfois), mais ça ne vient pas facilement…

Le spectacle est découpé en courtes saynètes, chacune d’entre elles avec son propre thème musical. On passe ainsi de Roy Orbison (In Dreams) à Gillian Hills (Zou Bisou Bisou) en passant par Johnny Mathis (Wild Is the Wind) ou même l’opéra La forza del destino, de Verdi.

Ici la jonglerie n’est pas exécutée de manière à faire valoir les prouesses des interprètes (malgré leur talent évident), mais elle est au service de cette dramaturgie un brin provocatrice, qui manque de subtilité.

Les deux hommes sont ainsi freinés dans leurs élans, manipulés comme des pantins, relégués à des rôles secondaires… bref, ils goûtent à leur propre médecine, comme on dit. Même si c’est fait avec un certain humour, la pièce nous laisse un petit goût acide. Ce doit être les oranges…

Sean Gandini nous avait prédit une fin « jubilatoire et violente », et c’est en effet avec une violence assez inouïe que se termine Smashed 2, un de nos deux lascars se faisant tabasser au milieu des fruits qui giclent sur Anarchy in the UK des Sex Pistols…

Bref, c’est à un Smashed vengeur que nous convie Gandini. Avec une prémisse un peu simpliste, mais qui nous offre en revanche des tableaux visuels vivants d’une grande beauté. Comme si on avait largué les belles oranges de Cézanne dans un tableau de Goya ou de Rubens… Pas nécessairement un spectacle familial en passant.

Sophie’s Surprise 29th

Doublé d’Angleterre à la TOHU avec Sophie’s Surprise 29th, présenté sous le grand chapiteau extérieur, tout de suite après Smashed 2.

Le changement d’ambiance est total. Nous sommes ici pour célébrer l’anniversaire de… Sophie. Sur scène se trouvent un porteur, une voltigeuse, une nerd, les trois membres fondateurs de la compagnie Three Legged Race, ainsi qu’un Goth (Anglais lui aussi), qui fait un très beau numéro de sangles d’ailleurs.

Ces beaux hurluberlus interagissent avec le public – entre autres parce que la Sophie en question est en fait une spectatrice. Petit à petit, ils font des numéros acrobatiques. Pour elle (Sophie), pour nous (le public), bref, ils se dévoilent…

Les quatre British ont eu la bonne idée d’inclure deux Québécois dans leur spectacle – l’un d’eux, Francis Gadbois, incarne un policier ; l’autre, Guillaume Paquin, fait un numéro d’effeuillage (pour Sophie, bien sûr !), mais aussi un numéro de roue Cyr. On nous dit qu’ils n’ont eu que trois jours pour se préparer !

Ces deux jeunes artistes ajoutent une bonne dose d’humour à ce spectacle sans prétention dont l’objectif pourrait se résumer à ceci : divertir Sophie.

Francis Gadbois est particulièrement convaincant – que ce soit au vélo acrobatique ou dans un numéro de manipulation de boîtes de cigares, popularisé par Eric Bates avec Les 7 doigts de la main. Il réussit à insuffler à son personnage ce flegme anglais qu’on aime tant. Guillaume Paquin, lui, donne la touche sexy à ce spectacle qui autrement aurait manqué de piquant.

Le spectacle se conclut par un numéro de haut vol à trois – exécuté par les Anglais – avec un artiste accroché par les pieds à son trapèze en mode chauve-souris et un porteur juste en dessous, les pieds bien ancrés au sol. Entre eux, une voltigeuse se promène pour ainsi dire entre ciel et terre, passant des mains du porteur à celles du trapéziste. De toute beauté.

Tout ça pour Sophie.

Un prix pour Acting For Climate Montreal

La compagnie de cirque Acting For Climate Montreal/Mouvement Climat Montréal a remporté le premier prix Propulsion, doté d’une bourse de 10 000 $. Le prix remis mercredi soir par le Conseil des arts de Montréal (CAM) et le Regroupement national des arts du cirque En Piste récompense un collectif ou un organisme en arts du cirque qui a innové et qui a participé à l’enrichissement de la discipline en 2023. Le collectif a été fondé en 2020 par Nathan Biggs Penton, Agathe Bisserier et Adrien Malette-Chénier. Samuelle McGowan-Richer s’est jointe au groupe récemment. Leur spectacle Branché s’est notamment fait remarquer pour sa capacité à créer une relation de proximité avec le public dans des espaces naturels. N. Ormes est quant à lui présenté à Avignon jusqu’en juillet et s’en ira à Édimbourg en août.

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