Les républicains cibleront-ils aussi le condom ?

New York — Fervent catholique et candidat républicain à l’élection sénatoriale d’Arizona, Blake Masters jure sur la tête de ses trois enfants qu’il n’est pas opposé à la contraception, et encore moins à l’utilisation du condom.

Après la publication d’un article lui attribuant cette position, ce protégé du milliardaire de la tech Peter Thiel admet quand même être en faveur de l’annulation de l’arrêt Griswold c. Connecticut. En 1965, cette célèbre décision de la Cour suprême légalisait le recours aux moyens de contraception, dont le préservatif.

« Dans l’affaire Griswold, les juges ont en gros “inventé un droit constitutionnel” pour obtenir un résultat politique. Je suis opposé à ce que les juges fassent la loi. C’est le travail du pouvoir législatif de créer des lois, pas des tribunaux. »

— Blake Masters, dans un tweet, le week-end dernier

Le droit constitutionnel auquel le candidat républicain faisait référence est celui qui protège la vie privée. C’est le même droit qui a contribué à l’arrêt Roe c. Wade légalisant l’avortement en 1973. Et c’est le même concept que le juge Samuel Alito a dénigré dans l’avant-projet d’une décision retirant aux femmes leur droit constitutionnel à l’avortement.

Qu’il soit ou non en faveur de la contraception, Blake Masters est loin d’être le seul conservateur à souhaiter l’abrogation de Griswold c. Connecticut. La sénatrice républicaine du Tennessee Marsha Blackburn a récemment qualifié l’arrêt de « non conforme à la Constitution », un point de vue partagé par plusieurs de ses collègues.

L’avortement redéfini ?

Mais les utilisateurs du condom n’ont pas à s’inquiéter, n’est-ce pas ? Les républicains ne s’attaqueront pas à ce bon vieux moyen de contraception, hein ?

« Il est trop tôt pour le dire », répond Mary Ziegler, professeure de droit à l’Université d’État de Floride et spécialiste de l’histoire des droits reproductifs. « Si cela se produisait, ce serait très probablement par le biais de redéfinitions de l’avortement. »

La droite religieuse est déjà engagée dans cet effort. Anticipant le renversement de l’arrêt Roe c. Wade, l’organisation Heartbeat International a récemment consacré une partie de sa conférence annuelle à un débat sur « l’élargissement de la définition de l’avortement lui-même pour inclure la contraception », selon un compte rendu du magazine Mother Jones.

« Certains ont accepté les moyens de contraception barrières comme les préservatifs […]. Mais d’autres semblaient s’opposer à cette idée – ils considéraient que tout ce qui empêchait la rencontre du sperme et de l’ovule n’était pas chrétien », a écrit le magazine.

Wendy Parmet, professeure de droit à l’Université Northeastern, se dit incapable de rejeter sur-le-champ un scénario où l’utilisation d’un moyen de contraception comme le condom serait prohibée dans certains États conservateurs.

« Y aura-t-il des États qui iront jusqu’à dire : “Nous allons interdire les préservatifs et revenir aux années 1950” ? Vous savez, plus rien ne me surprend », a déclaré la professeure, qui est également directrice du Centre des politiques de santé et de droit de l’Université Northeastern.

« Je pense qu’il est plus probable que nous voyions des efforts pour arrêter [la pilule du lendemain], le stérilet et peut-être d’autres contraceptifs oraux. »

— Wendy Parmet, directrice du Centre des politiques de santé et de droit de l’Université Northeastern

Au moins trois États – la Louisiane, le Missouri et l’Idaho – examinent ces jours-ci des projets de loi qui pourraient mener à de nouvelles restrictions en matière de contraception.

Une personne « dès la fécondation »

Le texte de la Louisiane, qui a franchi une étape préliminaire la semaine dernière, serait le plus sévère aux États-Unis après un renversement éventuel de l’arrêt Roe c. Wade. Il permettrait notamment l’inculpation pour homicide d’une femme qui se fait avorter – et non seulement du médecin qui pratique l’avortement ou de ceux qui facilitent cet acte.

Selon les experts, le projet de loi pourrait par ailleurs restreindre la fécondation in vitro et la contraception d’urgence, car il accorderait des droits constitutionnels à une personne « dès le moment de la fécondation ».

« Ainsi, même si les États ne déclareront peut-être pas la guerre à la contraception l’année prochaine, les législateurs conservateurs pourraient bien intégrer les contraceptifs dans leurs interdictions de l’avortement. »

— Mary Ziegler, professeure de droit à l’Université d’État de Floride

Le gouverneur républicain du Mississippi, Tate Reeves, lui, n’a pas voulu dévoiler ses intentions à ce sujet lors d’entrevues accordées dimanche à des chaînes de télévision nationales.

« Vous croyez que la vie commence au moment de la conception. S’il y a un projet de loi pour interdire la contraception, allez-vous le signer ? », lui a demandé l’animateur de l’émission Meet the Press, Chuck Todd.

« Je ne pense pas que cela arrivera au Mississippi », a répondu le gouverneur de l’État dont la loi interdisant l’avortement après 15 semaines pourrait avoir ouvert la voie au renversement de Roe c. Wade.

Sa parole vaut sans doute autant que celle de Blake Masters, le candidat républicain à l’élection sénatoriale d’Arizona.

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