Le Sahel, théâtre d’opérations des djihadistes

Le début de l’année 2021 a été particulièrement meurtrier dans le Sahel, marqué notamment par une attaque djihadiste au Niger ayant tué 100 personnes et par la mort de plusieurs soldats français. Que s’y passe-t-il ? Explications.

Assiste-t-on à une recrudescence de la violence ?

Les conflits dans la région perdurent depuis plusieurs années, mais des attaques récentes ont ravivé les inquiétudes. Le 28 décembre, trois militaires ont été tués. Le 2 janvier, deux autres, dont la première femme française depuis le début des opérations, il y a huit ans, ont péri dans un attentat revendiqué par un groupe affilié à Al-Qaïda, dans la zone frontalière entre le Niger et le Burkina Faso. Deux attaques dans des villages au Niger ont fait 100 morts le 2 janvier.

Est-ce que le Sahel est la nouvelle terre de combat des djihadistes ?

Malgré les affiliations avec des groupes terroristes internationaux, les troubles dans le Sahel, région de l’Afrique de l’Ouest, restent ancrés dans une réalité locale particulière : conflits interethniques, problèmes de gouvernance, pauvreté, luttes identitaires. Adib Bencherif, chercheur postdoctoral au Sahel Research Group de l’Université de Floride, met en garde contre une lecture se résumant à un conflit dominé par l’idéologie islamiste. « Depuis la chute du régime de Kadhafi [en Libye, en 2011], qui est le repère classique, et la rébellion touareg en 2012 au nord du Mali, il y a de très nombreux groupes armés non étatiques qui sont puissants dans la région, précise-t-il. Certains sont des groupes djihadistes. » Si les alliances fluctuent et que les sympathisants peuvent avoir intégré un groupe par stratégie plutôt que par idéologie, la menace des djihadistes reste, selon les responsables militaires français, l’ennemi le plus dangereux au Sahel.

Qui sont les principaux groupes djihadistes sur place ?

Depuis 2017, il y a deux principaux regroupements djihadistes actifs dans la région : l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) et la coalition affiliée à Al-Qaïda, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Leurs liens avec les entités terroristes internationales dont ils se réclament ne sont pas clairs. « On ne connaît pas les liens entre le groupe EIGS qui opère au Mali, au Niger, au Burkina Faso, et le groupe qui revendique l’autorité sur la région, qui opère au Nigeria. On ne sait pas quels sont les liens d’autorité, de hiérarchie », note Bruno Charbonneau, professeur agrégé au Collège militaire royal de Saint-Jean. Celui qui est aussi directeur du Centre FrancoPaix pense que les factions ont une certaine autonomie, même si un changement dans les modes d’opération en 2019 laisse croire à des contacts entre affiliations. Revendiquer son appartenance à un groupe connu peut être vu comme une stratégie pour attirer l’attention des forces internationales, des recrues, des ressources, avance M. Charbonneau.

Est-ce qu’il y a une unité entre les groupes armés ?

La rivalité et l’unité entre les différentes factions fluctuent au gré des intérêts. Le groupe État islamique dans le Grand Sahara est vu comme plus violent et plus radical dans son approche, notamment contre les populations locales. Bien que lui aussi extrémiste et meurtrier, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans s’est posé en rival de l’EIGS et a dénoncé l’attaque contre des civils au Niger – qui n’a pas été revendiquée.

La réponse de l’État malien est aussi différente devant les deux interlocuteurs, note M. Bencherif : s’il lutte contre les deux groupes, Bamako a négocié et dialogué avec le GSIM dans le cadre de libérations d’otages, mais pas avec le groupe État islamique. Il semble y avoir aussi une ouverture du côté de la France à discuter avec certains acteurs du GSIM, malgré leur appartenance à un groupe terroriste.

Comment les dernières attaques pourraient-elles changer le rôle de la France au Sahel ?

La ministre des Armées de France a affirmé que Paris allait « très probablement » réduire le nombre de ses troupes. En 2020, l’opération nommée Barkhane comptait 5100 militaires français au Sahel. La France a envoyé des troupes dans la région en 2013, dans la foulée de la guerre au Mali. On compte aussi une mission de l’ONU, une mission européenne et une coalition militaire de cinq pays du Sahel.

« La France cherche une porte de sortie depuis plusieurs mois, si ce n’est plus », explique Aurélie Campana, professeure de science politique à l’Université Laval. Le transfert de la responsabilité sécuritaire aux pays du Sahel reste difficile. « Ce sont des États qui connaissent des soubresauts politiques, la pandémie ne fait que rajouter à la complexité actuellement, donc la stratégie de délégation ne se révèle pas trop concluante », dit-elle.

Les Forces armées canadiennes offrent aussi un soutien logistique ponctuel à la France, notamment avec du transport aérien, et comptent quelques militaires sur place. « À l’heure actuelle, les attaques dans le Sahel n’ont pas affecté le soutien des FAC [Forces armées canadiennes] à la France », a précisé le service des communications de l’armée dans un courriel.

— Avec l’Agence France-Presse

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