Féminicide présumé dans Parc-Extension

Le suspect toujours recherché, une enquête en cours

L’homme qui aurait tué sa femme lundi soir dans Parc-Extension n’avait toujours pas été arrêté au lendemain du terrible drame, mardi, malgré d’intensives recherches menées par les autorités. Connu des policiers, le suspect aurait proféré des menaces dans le passé. La victime avait même fait changer la serrure du logement en mai pour empêcher son mari d’y accéder.

Quelques chuchotements brisent le silence à l’intérieur de l’immeuble vétuste. Les voisins du troisième étage jettent des regards à l’appartement 12, où s’est jouée la tragédie. La porte est identique à celle des autres petits logements. Sauf pour la serrure, qui détonne.

« Elle m’avait appelé quelque part en mai pour me demander de changer la serrure du logement. Elle ne voulait pas que son mari revienne à la maison », raconte Joseph Fernando, concierge de l’immeuble où habitait le couple. Il avait questionné la victime, une mère de famille d’origine punjabi, sur la raison de sa demande. Elle lui avait alors confié les disputes récurrentes et de plus en plus violentes.

« Elle disait qu’il s’occupait peu des enfants et qu’il buvait beaucoup.  »

– Joseph Fernando, concierge de l’immeuble où habitait le couple

De plus, elle avait prié M. Fernando de ne pas laisser son mari entrer dans l’édifice. Deux jours plus tard, il avait resurgi. « Elle m’a rappelé pour me dire que son mari pouvait avoir la nouvelle clé. Je n’ai pas posé de questions, visiblement, ils s’étaient réconciliés. »

Le suspect connu, des recherches

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a indiqué mardi matin que la victime et le suspect formaient un couple. L’homme, âgé de 30 ans, n’a toujours pas été arrêté. Il s’agirait du 13e meurtre sur le territoire du SPVM cette année. Ce drame porte à 14 le nombre de féminicides présumés dans la province en 2021.

La femme de 32 ans était mère d’un garçon de 5 ans et d’une fillette de 7 ans. Le couple a emménagé rue Birnam il y a 3 ans. Le suspect est connu du SPVM, a confirmé une source policière non autorisée à parler aux médias.

Des recherches ont par ailleurs été effectuées mardi sur la rivière des Prairies, a confirmé un porte-parole du SPVM, Julien Lévesque. La police n’excluait pas, mardi soir, que le suspect se soit « lancé » à l’eau après les faits, en vue de s’enlever la vie ou pour une autre raison. Mais rien n’est encore confirmé et les recherches ne semblent pas avoir fait progresser l’enquête.

« À ce moment-ci, toutes les hypothèses sont regardées. Nos enquêteurs reçoivent plusieurs informations qu’ils doivent colliger et vérifier, mais ne se ferment aucune porte », a expliqué M. Lévesque en soirée, précisant que plusieurs témoins seront interrogés.

Sur Twitter, la mairesse de Montréal Valérie Plante a envoyé ses « plus profondes sympathies aux proches de la victime ». « Je suis surtout à bout de mots devant une violence aussi ignoble », a-t-elle écrit, appelant les victimes à contacter SOS Violence Conjugale.

Des précédents

Joseph Fernando, lui, affirme avoir vu la police intervenir à deux reprises auprès de l’homme à l’entrée de l’immeuble. « Il travaillait de nuit et rentrait souvent à la maison en état d’ébriété. Une fois, la police l’a interpellé et l’a conduit chez un ami. »

L’homme avait comparu le 19 mai dernier, accusé d’avoir menacé de causer la mort ou des lésions corporelles à quelqu’un et de brûler, détruire ou endommager des biens. Il avait été mis en liberté le lendemain avec interdiction de posséder une arme. La suite du processus judiciaire était prévue le 8 octobre prochain, a pu confirmer La Presse.

Notons que le concierge n’était pas proche du couple, mais s’entretenait avec la femme une fois par mois pour collecter le loyer. Elle était sans emploi, alors que le mari travaillait de nuit. « Elle semblait très douce et serviable. Nos enfants allaient au primaire ensemble et elle les emmenait souvent au parc », raconte-t-il.

« Vraiment triste »

« C’est vraiment triste », résume le voisin du couple, Sharif Hassan. Il explique n’avoir jamais parlé au mari, qui semblait renfermé. Il se contentait de saluer sa femme, plus avenante. « Je n’ai jamais entendu de chicane, mais je sais que plusieurs voisins ont vu des policiers aller et venir cet été. »

C’est un membre de la famille du suspect qui a informé le 911, le soir du drame. Le garçon était sur place lors des faits, alors que sa grande sœur était à l’extérieur. Ils ont été recueillis par des proches et ne sont pas blessés. On ignore si le petit a été témoin des évènements survenus lundi dans le logement, peu avant 17 h.

« On entend des histoires de violence conjugale aux nouvelles, et là, ça arrive près de chez nous. C’est triste pour les enfants », se désole Gina DiFruscia. La voisine a reçu la visite des policiers lundi soir. Ils sillonnaient les environs à la recherche de la fille de 7 ans, qui avait quitté le domicile durant la soirée. « Ils avaient peur que le père soit parti avec elle. Mais ils ont fini par la retrouver. »

La victime a été blessée à la tête. Les services d’urgence ont constaté sa mort sur place. Le suspect, lui, était déjà en fuite à l’arrivée des policiers.

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