Conférence internationale sur le SIDA

Des parallèles dressés avec la variole simienne

Une séance sur la variole simienne ajoutée à la dernière minute à la Conférence internationale sur le sida, au Palais des congrès, a donné lieu à des parallèles houleux avec la pandémie de sida. Ici aussi, les traitements en Afrique et la stigmatisation font les manchettes.

Manifestation

Une vingtaine de manifestants ont interrompu la séance sur la variole simienne au milieu, juste avant qu’un conférencier du gouvernement américain, Demetre Daskalakis, prenne la parole. Deux insatisfactions dominaient : l’insuffisance du nombre de vaccins aux États-Unis et l’absence de vaccins et de tests diagnostiques en Afrique. « Cela fait des décennies que la variole simienne frappe les corps noirs en Afrique sans que personne fasse rien », a dénoncé durant la manifestation une militante américaine d’origine haïtienne. « Maintenant que des corps blancs sont touchés, finalement on fait quelque chose. »

Un nouveau symptôme

Un nouveau symptôme, sur l’anus et associé à de la constipation, a été discuté durant la séance. Un spécialiste du Service national de la santé (NHS) du Royaume-Uni, Nicolo Girometti, a rapporté qu’un patient sur cinq a ce nouveau symptôme, qui n’avait pas été associé à la variole simienne jusqu’à maintenant. Détail inquiétant, 17 % des patients n’ont pas de symptômes préalables aux lésions, comme de la fièvre ou un mal de gorge, et les deux tiers ont des lésions cutanées en même temps que ces premiers symptômes de la maladie. Du côté positif, le Dr Girometti rapporte que moins de 10 % des patients doivent être hospitalisés et seulement le quart doit prendre des antibiotiques. Seulement 1 % des patients au Royaume-Uni ne sont pas des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, le tiers est porteur d’un VIH contrôlé et un autre tiers a une infection transmissible sexuellement (ITS) active. En moyenne, les patients avaient eu cinq partenaires sexuels différents durant les trois mois précédant le diagnostic.

ITS ou pas ?

La possibilité que la pandémie actuelle de variole simienne ait une composante d’ITS a été abordée durant la session. Jusqu’à maintenant, les autorités de santé publique ont pris bien soin de préciser que la variole simienne se transmet par contact, pas seulement par contact sexuel. Un médecin mexicain a demandé durant la période de questions « s’il s’agissait d’une ITS », mais les conférenciers ont préféré éviter cette question, répondant plutôt à une autre question du médecin mexicain. Le Dr Girometti, du NHS, a précisé que des lésions sont présentes dans la « région génito-anale » chez 93 % des patients, aux bras et aux jambes chez 40 % des patients et à la figure chez 25 % d’entre eux. Ces chiffres « laissent penser » qu’il pourrait y avoir une inoculation sexuelle, a dit le Dr Girometti.

Communication

Le Dr Daskalakis, qui est depuis l’an dernier responsable de la prévention du VIH/sida aux Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis (CDC), a salué la manifestation avant sa présentation. Il a surtout parlé de l’importance de nouveaux canaux de communication pour « aider les personnes à risque à diminuer leur risque », notamment ay moyen de campagnes diffusées sur les réseaux sociaux par des firmes populaires auprès de la communauté LGBTQ, et un « nouveau langage » dans les communications des CDC. Il a donné en exemple un dépliant où on propose la masturbation chacun de son côté à ceux qui veulent avoir des relations sexuelles avec une personne infectée par la variole simienne. Durant la période de questions, un médecin de Philadelphie s’est dit « atterré » de l’insistance du Dr Daskalakis sur la communication alors qu’il manque de vaccins pour traiter ses patients.

Décolonisation

Plus tôt lundi matin, une autre comparaison, entre la COVID-19 et le sida, avait aussi allumé les passions. « Si le grand patron de l’OMS avait été un Blanc plutôt qu’un Éthiopien, je suis sûre que les gouvernements occidentaux auraient pris la COVID-19 au sérieux plus tôt », a affirmé Ayoade Alakija, une Nigériane qui est envoyée spéciale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’« accélération des outils contre la COVID-19 ». La Dre Alakija a participé à la séance sur la « décolonisation de la réponse au sida » depuis le Nigeria en signe de solidarité avec les Africains qui n’ont pas eu de visa pour participer à la Conférence. « Si vous ne voulez pas nous accueillir, nous devrions faire la Conférence uniquement dans les pays du Sud global. »

Des autotests gratuits

Le gouvernement fédéral distribuera des autotests de dépistage du VIH à divers organismes communautaires, a annoncé lundi le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos. Ce projet répond à des critiques d’organismes à propos du coût des autotests. Au début de la Conférence internationale sur le sida, au Palais des congrès, le directeur général de Cocq-Sida, Ken Monteith, avait déploré que ces autotests coûtent 35 $ et que leur approbation ne soit survenue au Canada qu’en 2020, huit ans après les États-Unis. M. Monteith a participé à la conférence de presse de M. Duclos et s’est déclaré « heureux de l’annonce ». Les autotests seront remis à des organismes actifs auprès des les communautés autochtones, noires, LGBTQ2 et des utilisateurs de drogues, entre autres. Une somme de 8 millions est consacrée à ce projet. Une autre somme de 9,9 millions a été annoncé par le ministre Duclos pour améliorer les tests de dépistage du VIH faits par des organismes communautaires dans les régions isolées, notamment dans l’Arctique.


EN SAVOIR PLUS

De 5 % à 10 %
Taux d’hospitalisation des patients ayant contracté la variole simienne au Royaume-Uni en 2022

De 25 % à 30 %
Taux d’hospitalisation des patients ayant contracté la variole simienne aux États-Unis en 2003 et au Nigeria en 2017

Source: SOURCE : NHS FOUNDATION TRUST

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.