L’œuvre remarquable tricotée par Jacques Goldstyn

Les étoiles, de Jacques Goldstyn, a gagné vendredi le prix TD du livre jeunesse « le plus remarquable de langue française au Canada ». Connu de générations de Québécois pour ses dessins dans Les Débrouillards, l’auteur et illustrateur est aussi en lice pour le prix Astrid-Lindgren 2021, le plus important au monde en littérature jeunesse. Il vient de lancer Le tricot, publié à La Pastèque. Entrevue en cinq points, comme autant de mailles à l’endroit et à l’envers.

Un prix précieux

Jacques Goldstyn est né en 1958, dans un village du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Sa mère était bretonne et son père, juif parisien. Il a déjà remporté le prix TD en 2016, pour L’Arbragan. Gagner cette fois pour Les étoiles, qui raconte avec humour et humanité le lien qui se tisse entre deux enfants de religions différentes, lui est précieux.

« Ce prix-là signifie quelque chose pour moi, parce que ce sont deux enfants qui deviennent amis alors que tout les sépare, dit Jacques Goldstyn. Ils vont devenir amoureux et avoir des enfants. C’est ça qui est merveilleux : l’amour triomphe de tout. On voit, en ce moment, ce qui se passe sur la planète. On voit ce qui est arrivé en France. On voit les actes terroristes causés par des fanatiques, des intégristes. On demande plus d’armée, plus de coercition. En fait, il faudrait plus d’amour. » Dans Les étoiles, en plus de l’amour, « c’est la raison qui triomphe, fait valoir le géologue de formation. C’est leur passion commune pour les étoiles, les planètes, les galaxies lointaines qui unit ces enfants. »

Tricoter et détricoter

Sorti le 12 novembre, son nouveau livre, Le tricot, lui a été suggéré par une amie. « Elle m’a dit : ‟J’imaginerais bien un livre sur le tricot, avec une grand-mère et sa petite-fille qui vont fouiller dans le passé.” »

Jacques Goldstyn a pensé à sa mère, qui tricotait. « Quand elle était jeune, ma mère gardait les vaches à la ferme, raconte-t-il. Elle s’ennuyait. Ma grand-mère lui a dit : ‟Tu vas apprendre à tricoter, mais avant, tu vas apprendre à détricoter.” » Détricoter ? C’est littéralement récupérer la laine de vieux tricots pour la réutiliser, une pratique à des années-lumière de la mode éphémère d’aujourd’hui. « Ma mère disait : ‟Une minute de perdue, c’est une vie de perdue”, se souvient en riant Jacques Goldstyn. Elle était toujours en train de faire quelque chose. Si ce n’était pas la cuisine, c’était la couture ou le tricot. »

Traverser une vie

Dans Le tricot, un foulard bariolé permet d’évoquer divers évènements, liés à des sections de laine. Mariage, guerre, manifestation, parties de hockey… En douceur, Jacques Goldstyn rend hommage aux syndicalistes et féministes Léa Roback et Madeleine Parent, en prénommant ses personnages Léa et Madeleine.

Une scène montre la petite Madeleine, portant le foulard de sa grand-mère dans un centre-ville. « Je voulais illustrer la simplicité du tricot, qui a été fait à la main, par rapport à la mégalopole où les gens sont pressés, où ils n’ont plus le temps de tricoter, alors ils achètent des choses », explique Jacques Goldstyn. Les magasins et les affiches publicitaires laissent voir des mots étranges, comme « korkidu ». « Korkidu, c’est devenu une manie, je le mets partout », s’amuse l’illustrateur. Ce que ça signifie ? « Merde de chien noir », un juron en breton !

Aquarelle et encre de Chine

C’est à l’aquarelle, aux crayons de bois et à l’encre de Chine que Jacques Goldstyn crée ses illustrations, toujours pleines de vie. « J’aime bien le fait de faire quelque chose à la main, observe-t-il. D’avoir une planche originale et de ne pas être capable de la retoucher. Si je fais un ciel, il faut que je recommence mon dessin si je rate la couleur. À un moment donné, ça devient un peu comme un travail d’acrobate. »

L’affront aux prétentieux

Conscient d’être privilégié de pouvoir travailler de chez lui, Jacques Goldstyn est peu affecté par la pandémie, qui le fait tout de même réfléchir. « Comme géologue, ce qui est important pour moi, c’est le temps qui passe », observe-t-il. La Terre a 5 milliards d’années, mais la présence d’Homo sapiens daterait d’environ 300 000 ans seulement. Et l’écriture, d’un peu plus de 5000 ans…

« En mettant les choses en perspective, on s’aperçoit que la présence humaine sur la planète, c’est vraiment peu de choses, souligne Jacques Goldstyn. On est très prétentieux de vouloir imposer notre façon de faire à toute la vie sur la planète. C’est drôle de voir qu’une petite bestiole, un petit virus, arrive à nous remettre un peu en place, malgré tout ce qu’on peut inventer comme machine, comme bombe atomique, etc. Finalement, on est bien peu de choses… »

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