Vers la présidentielle

« Les femmes doivent se battre »

Des milliers d’opposantes à Donald Trump ont manifesté samedi aux États-Unis pour protester contre la nomination à la Cour suprême d’une juge conservatrice et contre la réélection du milliardaire.

La magistrate Amy Coney Barrett, fervente catholique, a été désignée pour remplacer l’icône progressiste Ruth Bader Ginsburg, morte le 18 septembre, et le président mise sur la majorité républicaine au Sénat pour valider son choix avant l’élection du 3 novembre.

Plus de 100 000 personnes étaient attendues, selon les organisateurs de la « Marche des femmes 2020 », dans les quelque 430 cortèges disséminés de New York à Los Angeles, et de Chicago à Fort Lauderdale, en Floride.

Les manifestations sont inspirées de celles qui ont eu lieu chaque année depuis 2017 et qui ont réuni des millions de protestataires.

À Washington, si la foule était réduite en raison de la pandémie, plusieurs milliers de personnes avaient rejoint en début d’après-midi le cortège qui est passé devant la Cour suprême et le Congrès américain.

Un groupe de manifestantes portait la tunique rouge et le bonnet blanc de La servante écarlate, roman qui décrit une Amérique transformée en dictature patriarcale où certaines femmes deviennent des esclaves sexuelles.

D’autres portaient la célèbre collerette blanche et la toge noire de Ruth Bader Ginsburg, surnommée « RBG », championne de la cause des femmes, un marteau de juge à la main.

« Battez-vous comme RBG »

À New York, où cinq manifestations différentes étaient prévues, environ 300 manifestantes se sont rassemblées dans Washington Square, coiffées d’un bonnet rose ou portant des pancartes de soutien à Joe Biden, le candidat démocrate à la présidentielle, ou à la mémoire de « RBG ».

Une pancarte la montrait avec des gants de boxe et le slogan « Battez-vous comme RBG ».

« C’est vraiment important d’être ici et d’encourager les gens à voter contre Donald Trump et sa politique misogyne », a affirmé à l’AFP Yvonne Shackleton, venue d’Albany, capitale de l’État de New York.

Elle a dénoncé une nomination à la hâte de la juge Barrett et un « geste politique irréfléchi » à deux semaines du scrutin et alors que Joe Biden est en tête des sondages.

Pia Otero, 49 ans, a assuré que « les femmes devaient se battre », dénonçant un « abus de pouvoir » du président.

« Nos droits fondamentaux sont menacés par ce président et ce gouvernement, notre droit à l’avortement est attaqué. »

— Pia Otero, manifestante

À Brooklyn, quartier natal de la juge Ginsburg, le rassemblement a réuni près de 400 personnes.

« Cette manifestation veut vraiment honorer l’héritage de Ruth Bader Ginsburg et s’opposer à la nomination de sa remplaçante alors que l’élection a déjà commencé » avec le vote anticipé, a expliqué à l’AFP Lia Minkoff, l’organisatrice de ce rassemblement.

« Je veux que les gens pensent qu’on peut encore changer la donne dans ces derniers jours », a-t-elle ajouté, alors que la présidentielle est dans 17 jours.

Auditionnée la semaine dernière au Sénat, Amy Coney Barrett a juré tenir sa foi à l’écart de son travail de juge, en refusant toutefois de s’expliquer sur une série de sujets brûlants, à commencer par le droit des Américaines à avorter, auquel elle est personnellement opposée.

Elle a au contraire laissé entendre que l’arrêt de la Cour suprême ayant reconnu ce droit en 1973 n’était pas gravé dans le marbre.

Amy Coney Barrett doit être confirmée par un vote de la Chambre haute à partir du 22 octobre. Le temple du droit compterait alors six juges conservateurs sur neuf, une solide majorité.

Donald Trump, en difficulté, poursuit sa campagne marathon

Donald Trump a poursuivi sa campagne à un rythme effréné, avec de multiples déplacements dans le pays samedi, pour mobiliser ses troupes et rattraper son retard sur son adversaire démocrate, Joe Biden, à 17 jours de l’élection présidentielle. Le milliardaire de 74 ans s’est rendu samedi dans le Michigan – où il a qualifié son adversaire de « criminel » et affirmé que les démocrates étaient antiaméricains –, puis dans le Wisconsin. Devant une foule rassemblée à Muskegon, au Michigan, il a déclaré que les démocrates voulaient « effacer l’histoire américaine, détruire les valeurs américaines et le mode de vie américain ». « Joe Biden est un politicien corrompu et la famille Biden est une entreprise criminelle », a-t-il lancé. « C’est un criminel […] [qui] représente un risque pour la sécurité nationale », a-t-il encore ajouté devant ses sympathisants. M. Trump, qui était attendu à Las Vegas samedi soir pour une tournée dans l’Ouest dès dimanche, avait remporté en 2016 le Michigan et le Wisconsin, deux États traditionnellement démocrates. De son côté, la campagne de M. Biden n’avait rien à son programme officiel samedi, le candidat démocrate restant dans son fief de Wilmingon, au Delaware, avant de partir dimanche pour la Caroline du Nord, autre État-clé.

— Agence France-Presse

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