La nouvelle « job de rêve » de Samuel Morin

Il y a deux ans à peine, Samuel Morin visitait les arénas du continent en tant que hockeyeur professionnel. Depuis quelques mois, l’ex-défenseur vit sa passion du hockey autrement. C’est sur une galerie de presse que Le Soleil l’a rencontré pour parler de sa nouvelle vie d’entraîneur au développement des joueurs chez les Flyers de Philadelphie.

La mi-vingtaine bien assumée et le « choc » de la nouveauté encaissé, Samuel Morin embrasse ses nouvelles fonctions dans le sport qui le passionne depuis toujours. « Le plus difficile, je te dirais que c’est d’entrer dans les arénas. Quand tu ne sais pas par où entrer, ce n’est pas toujours évident. C’était plus facile en arrivant en autobus ! », rigole le natif de Lac-Beauport.

La « job de rêve » de Morin a commencé l’été dernier, lors du camp de développement des Flyers, en juillet. Ce poste était la meilleure des options qu’il avait devant lui lorsqu’il a pris la décision, déchirante, il faut l’avouer, de tirer un trait définitif sur sa carrière de joueur en raison de blessures répétées au genou droit.

« J’aime tellement ça, le hockey, dit-il en serrant l’un de ses poings. Je donnerais n’importe quoi pour revenir sur cette glace-là, mais mon temps [comme joueur] est fait. J’avais de belles options sur la table et après en avoir discuté, je ne pouvais pas demander mieux [que ce poste d’entraîneur au développement des joueurs]. J’apprends tellement vite. »

Un jeune parmi les vétérans

Le visage de Samuel Morin n’a à peu près pas changé au fil des ans. Pas étonnant, donc, que le look jeune de l’ex-défenseur de l’Océanic de Rimouski tranche avec la silhouette d’une grande majorité des gens qu’il côtoie dans les arénas, dont des recruteurs comptant souvent plusieurs décennies d’expérience.

« Quand je suis allé voir un de mes joueurs à Peterborough, en début de saison, disons que j’étais un petit peu intimidé quand je suis entré dans la salle des recruteurs, sourit-il. L’un d’eux m’a regardé et m’a dit : “Viens t’asseoir avec nous autres, le jeune !” C’est vraiment du monde qui travaille fort. »

À Ottawa, un autre soir, Samuel Morin était assis dans les gradins quand un agent de sécurité s’est présenté à lui. L’ancien arrière se demandait bien quel crime il avait pu commettre, tenant un inoffensif calepin à la main.

« Il m’a dit : “Sais-tu c’est qui, là-bas ?” en me pointant un homme d’environ 90 ans. Je lui ai répondu que non, que je ne savais pas. Il m’a dit : “C’est Brian Kilrea, le détenteur du record de [1193] victoires au hockey junior canadien. Est-ce que ça te dérangerait de lui donner ta place ? Tu es assis à son banc et il est trop poli pour te le demander.” Disons que je me suis levé, ça n’a pas été long ! »

Miser sur le positif

En plus de dénicher les meilleurs sièges, Samuel Morin trouve ses nouveaux repères en adoptant une approche humaine avec les jeunes joueurs qu’il doit épier. Le directeur général des Flyers, Chuck Fletcher, lui a demandé de patrouiller dans les provinces canadiennes et la région de Boston.

« Je parle à mes joueurs après les matchs, j’essaie de miser sur le positif, surtout qu’ils en ont assez dans leur assiette avec les parents, les agents et la pression de bien faire. J’ai le rôle de grand frère et j’adore ça. »

— Samuel Morin

Même s’il est encore tout jeune, à 27 ans, Morin estime que le hockey de son époque a changé. La différence d’âge avec les joueurs qu’il supervise étant petite, le choix de premier tour des Flyers en 2013 tente de miser là-dessus. Il sent les jeunes espoirs réceptifs à ce qu’il leur dit et leur explique par vidéo.

« Je sens qu’ils respectent ce que j’ai pu accomplir, assure-t-il. Je suis un choix de première ronde et même si ça ne s’est pas passé comme je voulais, je n’ai pas abandonné. Tous les efforts que j’ai faits, comme coéquipier, dans le gym, [ça peut inspirer les jeunes joueurs]. Il faut vraiment leur montrer que l’attitude est pour beaucoup [dans la réussite d’un athlète]. Tu es un bon joueur junior, mais quand tu tombes pro, c’est une autre game. Ce que je veux leur faire réaliser, c’est à quel point tu dois travailler. Être repêché, c’est le fun, mais c’est seulement une étape. »

Plus près des siens

Morin sait mieux que quiconque que tout est éphémère et tient à un fil quand on commence à grimper les échelons. « Dans le junior, j’étais entêté à faire des points alors que neuf ou dix ans plus tard, je réalise que si j’ai été repêché, c’était pour ma robustesse et mon jeu défensif. J’aurais tellement aimé ça avoir cette expérience-là quand j’étais junior ! »

N’empêche, lorsque les jeunes des Flyers ont la grippe, Samuel Morin ne peut s’empêcher de tousser un petit peu lui aussi. « Quand ils connaissent de moins bons matchs, ça m’affecte autant que ça les affecte, ajoute-t-il. Je prends leur développement au sérieux. Mon rôle, c’est d’évaluer et de donner mon opinion, mais je suis là pour aider les jeunes. Je veux qu’ils se rendent le plus loin possible, en tant que joueurs, mais comme personnes aussi. »

Son nouveau mode de vie lui permet des choses toutes simples en apparence, mais qu’il a dû négliger durant ses années de hockey. Il cite par exemple l’année complète de réhabilitation qu’il a passée à Philadelphie, en temps de COVID-19, à ne pas voir ses proches.

« Demain, je m’en vais bruncher avec mon père et ma mère, une chose que je n’ai pas faite assez souvent dans ma vie ! », souriait Samuel Morin, lorsque l’auteur de ces lignes l’a rencontré au début du mois de janvier.

On a bien beau mesurer 6 pi 6 po, le bonheur finit toujours par être fait de petites choses…

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