Route dangereuse à Eastman

Des enfants dans le trafic

Chaque matin, des parents de l’école primaire du Val-de-Grâce accompagnent leurs enfants sur le bord de la route 112 à Eastman, dans les Cantons-de-l’Est.

Pour se rendre à l’école, qui est à 50 m, le groupe doit d’abord traverser deux voies de circulation lourde, notamment de nombreux camions-bennes, qui filent souvent à 55 ou 60 km/h.

« Quand ça fait cinq ou sept minutes qu’on est là et que personne ne nous laisse traverser, je dois lever la main et faire signe aux automobilistes d’arrêter », dit Mélanie Tanguay, une mère de cinq enfants qui habite en face de l’école.

Mme Tanguay s’est récemment fait injurier par un conducteur impatient alors qu’elle faisait traverser son fils qui se déplaçait en béquilles. « C’est fou ! Mes enfants ont failli se faire écraser plusieurs fois devant l’école. Notre sentiment de sécurité est à zéro », dit-elle.

Cela fait des années que le problème de la dangerosité de la route 112 devant l’école primaire du Val-de-Grâce, fréquentée par près de 300 enfants au cœur de la municipalité d’Eastman, est connu : même des enfants qui habitent à un ou deux kilomètres de l’école renoncent à y aller à pied ou à vélo, déplore Laurent Auger, citoyen d’Eastman.

« En voiture, si on ne roule pas assez vite, on se fait dépasser même si c’est une zone sans dépassements, dit-il. Actuellement, la route n’est clairement pas sécuritaire, encore moins pour des enfants. »

Un plan en place ?

La mairesse d’Eastman, Nathalie Lemaire, indique vouloir améliorer les choses. « Mais la route 112 est sous la responsabilité du ministère des Transports du Québec, qui est la seule instance habilitée à y faire des modifications », dit-elle.

Elle note que le problème des routes du MTQ où la limite de vitesse est trop élevée au goût des municipalités et des citoyens ne concerne pas qu’Eastman – il est répandu dans la province.

Dans un monde idéal, Mme Lemaire réduirait la vitesse maximale permise de 50 km/h à 30 km/h, ajouterait un passage piéton protégé devant l’école et ferait du marquage voyant au sol dans la zone scolaire et d’autres interventions physiques pour bien indiquer aux automobilistes de ralentir.

À la demande de la municipalité, des représentants du MTQ sont venus voir la situation en mai.

« Ils ont dit qu’une étude de circulation devrait être menée avant de pouvoir voir si le 30 km/h était possible. »

— Nathalie Lemaire, mairesse d’Eastman

Lucie Lanteigne, conseillère municipale et responsable du comité de transports actifs à la municipalité d’Eastman, note qu’un passage pour piétons a été installé sur la route 112 il y a des années, mais qu’il n’est pas situé devant l’école et qu’il est peu utilisé.

Non loin de l’école se trouve aussi une intersection entre la route 112 et le chemin George-Bonnallie, dangereuse à traverser à pied ou à vélo, car elle n’est pas munie d’arrêts sur la route 112. En dépit des demandes répétées des citoyens et de la municipalité, le MTQ refuse d’en installer.

Sécurité ou rapidité ?

« On nous dit qu’un arrêt ne sert pas à ralentir la circulation, dit Mme Lanteigne. Et il y a toujours cette question de “fluidité des transports”. Pouvez-vous m’expliquer pourquoi on doit mettre en péril la sécurité de nos enfants et la qualité de vie de notre municipalité pour que des automobilistes puissent arriver chez eux 36 secondes plus tôt ? »

Nomba Danielle, porte-parole à la Direction générale de l’Estrie du MTQ, note qu’une rencontre pour discuter du transport actif à Eastman a eu lieu le mois dernier.

« La municipalité a passé en revue une liste d’enjeux sur laquelle elle voudrait que le Ministère se penche, dont la question de la réduction de la limite de vitesse dans le secteur scolaire de l’école primaire du Val-de-Grâce », dit-elle.

Adoptée à Eastman, une résolution municipale pour sécuriser la route 112 sera étudiée par le MTQ.

« Le Ministère est disposé à travailler avec la municipalité. On va procéder à l’analyse de la demande, et on pourra ensuite donner une réponse », note Mme Danielle.

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