COVID-19

Une pandémie en trois temps au Québec

Des médecins réunis en visioconférence ont tenté de tracer l’historique de la crise

Tout d’abord, des vacanciers qui reviennent d’Europe, des Caraïbes et des États-Unis. Infectés et asymptomatiques. Qui vont visiter leurs vieux parents en CHSLD. Ensuite, des préposés infectés mais tout aussi asymptomatiques qui transportent le virus dans les divers établissements où ils travaillent. Pour finir avec la « tragédie » des multiples éclosions en CHSLD.

Tel est l’historique de la pandémie de COVID-19 au Québec, tracé vendredi lors d’une visioconférence organisée par la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), à laquelle ont participé des médecins français et suédois et qui a été suivie par 2000 médecins et infirmières.

Ces « trois phases » décrites par Karl Weiss, l’infectiologue bien connu de l’Université de Montréal, sont complétées par une inconnue : est-il possible que le coronavirus SARS-CoV-2, responsable de la COVID-19, ait circulé silencieusement dès le mois de janvier ? Cette hypothèse a été discutée par le Dr Weiss, sur la base de cas suspects ayant peut-être reçu un faux diagnostic. « Je ne suis pas convaincue que la COVID-19 est rentrée au Québec avec les vacanciers », ajoute Diane Francoeur, la présidente de la FMSQ.

La présence de Heidi Stensmyren, présidente de l’Association médicale suédoise, a été rendue possible par son amitié avec la Dre Francoeur.

La Dre Stensmyren a répondu à beaucoup de questions sur la décision suédoise de ne pas fermer les écoles et les entreprises, ni les bars et restaurants. « Il faut comparer les dommages de la COVID-19 avec ceux que causent l’arrêt de l’économie et la fermeture des écoles, a dit la Dre Stensmyren pour défendre l’approche suédoise. Dans le cas des écoles, ce n’est pas seulement un dommage qu’on peut chiffrer, mais aussi un dommage à long terme sur les enfants. »

Les Suédois bons élèves

L’approche suédoise n’aurait pas été possible au Québec, parce que les Suédois sont de « bons élèves » qui respectent à la lettre les consignes de distanciation physique, selon la Dre Francoeur. « Finalement, on a fait la même chose qu’en Suède, on a eu un bilan comparable, mais ici il a fallu mettre l’économie sur pause », a dit la Dre Francoeur.

Une différence notable existe cependant pour les écoles. L’Association des pédiatres du Québec a justement dénoncé la fermeture prolongée des écoles, pour les mêmes raisons qu’invoquait la Dre Stensmyren. Qu’en pense la Dre Francoeur ? La présidente de la FMSQ appuie à mots couverts sa collègue suédoise. « C’est difficile de critiquer les décideurs, a-t-elle dit. Seules les personnes qui n’ont jamais pris de décision ne font pas d’erreurs. Pour la décision de ne pas rouvrir les écoles à Montréal, c’est qu’on est trop serrés dans les hôpitaux, surtout par manque de personnel, on craignait de repartir une autre vague difficile à assumer par les établissements, que ça serait difficile de reprendre les [interventions chirurgicales] non urgentes. »

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