football repêchage de la NFL

Le week-end du repêchage de la NFL a été l’occasion pour des joueurs québécois de faire tourner les têtes et faire parler d’eux.

Repêchage de la NFL

Lestage signe avec les Seahawks

Même s’il n’a pas joué un seul match depuis 2019, le joueur de ligne offensive Pier-Olivier Lestage a signé samedi un contrat avec les Seahawks de Seattle. Il aura ainsi la chance décrocher un poste dans l’équipe de la NFL lors du prochain camp de présaison.

L’ancien des Carabins de l’Université de Montréal avait été en contact avec plusieurs équipes de la NFL au cours des dernières semaines et il a conclu une entente avec les Seahawks immédiatement après la fin du repêchage. « C’est un gros poids qui s’enlève de mes épaules », a avoué le colosse de 6 pi 3 po et 310 lb en visioconférence.

« Je suis vraiment très content d’avoir un contrat avec une équipe comme les Seahawks. 

« J’ai eu une bonne impression dans mes rencontres avec eux. J’ai pu travailler avec leurs entraîneurs de la ligne offensive, Pete Carroll [l’entraîneur-chef] m’a appelé. Aucune équipe n’a montré un tel intérêt, et j’avais vraiment envie d’aller avec eux s’il m’offrait un contrat. »

« J’ai l’impression que mes chances de faire ma place sont très bonnes avec les Seahawks. »

— Pier-Olivier Lestage

Le Québécois a connu une belle carrière universitaire, même s’il n’a pu disputer sa dernière saison, en 2020, en raison de la pandémie. En 2019, à sa troisième saison avec les Carabins, il a été sélectionné sur la première équipe d’étoiles du Réseau du sport étudiant du Québec et sur la deuxième équipe d’étoiles de l’U Sports.

Classé parmi les meilleurs espoirs canadiens pour le repêchage de la LCF, capable de jouer à plusieurs positions, Lestage rêvait d’avoir sa chance dans la NFL. La pandémie a mis bien des obstacles sur sa route, mais il les a tous surmontés.

« Je ne le réalise sans doute pas encore tout à fait. Je suis encore sur un nuage, a-t-il reconnu. Ç’a été très dur avec la pandémie, il y a eu beaucoup de moments où j’ai douté, et je suis heureux que ce soit maintenant derrière moi. Je suis un petit gars de Saint-Eustache, j’ai toujours joué au Québec et je suis fier d’avoir réussi à avoir un contrat dans la NFL. On est assez peu à avoir pu réaliser ce rêve.

« Là, je suis soulagé de savoir où je m’en vais. Je vais pouvoir me concentrer sur le football, sur ma préparation, afin de me présenter au camp dans les meilleures conditions. C’est mon éthique de travail qui m’a amené jusqu’ici, et j’entends bien continuer de travailler avec la même ardeur pour obtenir un poste avec les Seahawks dans quelques semaines.

« Je sais qu’il y aura sans doute un peu de rouille au début, après cette longue inactivité, mais je sais que j’ai les atouts pour montrer quel joueur je suis, pour montrer quel homme je suis. »

Lestage sera sûrement l’un des premiers choix au repêchage de la LCF dans quelques jours, mais les Seahawks sont maintenant sa priorité.

Un agent satisfait

Sasha Ghavami, qui représente aussi Laurent Duvernay-Tardif et Antony Auclair, était particulièrement fier de Lestage. « Ç’a vraiment été un processus unique, sans matchs, sans “Pro Day”, a-t-il insisté. Je sais que certaines équipes auraient préféré le voir à l’œuvre en personne, l’inviter dans leurs installations afin de bien l’évaluer, mais il a quand même réussi à attirer beaucoup l’attention. Beaucoup n’auraient pu s’adapter, mais P.O. l’a fait, et je lui tire mon chapeau. C’était vraiment compliqué de faire ce qu’il a fait, mais il a réussi !

« Et ça se termine avec un contrat de la NFL. Avec P.O., nous avions bien préparé cette journée. Plusieurs équipes étaient intéressées, nous avions plusieurs offres sur la table, mais Seattle a démontré un intérêt très rapidement, et nous sommes toujours restés en contact. Quand l’entraîneur-chef prend la peine de parler à un joueur, c’est qu’il est vraiment intéressé. »

Lestage devrait donc bientôt se rendre à Seattle. « Pour l’instant, on sait qu’il devra être là-bas dans la semaine du 12 mai pour un examen médical de routine, a expliqué Ghavami. La suite est encore à déterminer puisque les négociations sont en cours entre la NFL et l’Association des joueurs sur les détails et le calendrier des camps présaison. »

Lestage est le troisième joueur des Carabins à atteindre la NFL. En 2020, le demi défensif Marc-Antoine Dequoy avait lui aussi signé un contrat à titre d’agent libre au terme du repêchage, avec les Packers de Green Bay. En 2014, le joueur de ligne offensive David Foucault avait suivi le même chemin avec les Panthers de la Caroline et il avait réussi à se faire une place au sein de l’équipe.

L’entraîneur-chef des Carabins, Marco Iadeluca, n’a pas manqué de saluer l’exploit de son ancien joueur. « Pour notre programme, c’est une très bonne nouvelle dans une année où il n’y en a malheureusement pas eu beaucoup, a-t-il rappelé. Pier-Olivier s’est toujours démarqué par son éthique, et je ne doute pas qu’il va tout donner pour mériter un poste à Seattle.

« C’est aussi une bonne nouvelle pour tous les footballeurs au Québec de voir que c’est possible d’être formé ici et d’avoir une chance de jouer dans la NFL. Le mérite revient aussi à notre entraîneur de la ligne offensive, Mathieu Pronovost, qui a fait du bon travail avec P.O., à tous les coachs qui travaillent avec les jeunes aussi. »

Labelle signe avec les Cards de l’Arizona

Un autre Québécois, Bruno Labelle, a quant à lui signé un contrat avec les Cardinals de l’Arizona. L’ailier rapproché de 23 ans, ancien des Nomades du cégep Montmorency, a joué les quatre dernières saisons avec les Bearcats de l’Université de Cincinnati. À 6 pi 4 po et près de 250 lb, Labelle a le physique pour obtenir un poste dans la NFL.

Vendredi, Benjamin St-Juste a été repêché au 3e tour, 74e au total, par l’équipe de football de Washington. L’ancien du cégep du Vieux Montréal, qui a terminé sa carrière dans la NCAA à l’Université du Minnesota, est ainsi devenu le 10e Québécois repêché dans la NFL, le premier depuis Justin Senior, en 2017 (Seattle, 6e tour), et Laurent Duvernay-Tardif, en 2014 (Kansas City, lui aussi au 6e tour). Un seul a été réclamé plus rapidement que St-Juste, le demi-offensif Tshimanga Biakabutuka, choix de première ronde en 1996.

Benjamin St-Juste

L’inspiration

Quand il était jeune, Benjamin St-Juste n’a pas eu une tonne de modèles de joueurs de football québécois qui pouvaient aspirer à la NFL.

Dans les faits, ils sont une dizaine du Québec à avoir été repêchés dans la NFL, et peu s’y sont vraiment établis. Et personne n’a entendu son nom aussi rapidement que St-Juste depuis Tshimanga Biakabutuka, choisi au premier tour en 1996.

Vingt-cinq ans plus tard, St-Juste a été repêché au 3e tour, 74e au total, par l’Équipe de Washington, et la roue recommence à tourner.

« Ça me tient à cœur pour les joueurs du Québec ; j’en ai fait une priorité », a dit St-Juste lors d’une visioconférence avec les médias de la province. « Je voulais réussir à la NFL parce que j’ai toujours pensé au portrait global. Je pense à l’impact d’être repêché si haut par une bonne équipe, l’image que ça projette pour une génération plus jeune. »

« On a besoin de représentants. Je n’en avais pas plus jeune, je me vois donner de la motivation aux plus jeunes du Québec et je crois qu’on va en voir encore plus dans les années à venir. »

— Benjamin St-Juste

Le joueur québécois a surtout évolué comme demi de coin à l’Université du Minnesota, mais avec ses 6 pi 3 po et 202 lb, il pourrait aussi être employé comme demi de sûreté. Une polyvalence qui a sans doute joué en sa faveur aux yeux des recruteurs.

Dans tous les cas, sa relation avec Washington remontait à janvier dernier, et il avait eu de bonnes rencontres avec l’équipe qui allait le repêcher.

« J’avais eu plusieurs rencontres de janvier à avril, j’ai parlé à plusieurs dépisteurs, entraîneurs de position, entraîneurs des unités spéciales, mais je ne pensais pas qu’ils me choisiraient. J’entendais plutôt parler d’autres équipes. »

Puis, à quelques rangs de sa sélection, il a reçu un appel de l’entraîneur-chef de Washington, Ron Rivera, qui lui a confirmé que son tour approchait. Quelques minutes plus tard, il se savait dorénavant drapé du bourgogne et doré, et frappé du W stylisé.

« C’est assez fou. J’avais la famille de ma copine avec moi, et 20 personnes sur le Zoom, puis j’ai eu l’appel de coach Rivera. C’était bizarre, j’ai vécu tellement d’émotions, j’étais sur un nuage. Le fait que ça arrive si vite, je vais toujours m’en souvenir. »

— Benjamin St-Juste

Embûches

Si vite, parce qu’il ne croyait pas que Washington le choisirait. Mais la compétition devenait féroce pour les demis défensifs polyvalents, ce qui a précipité sa sélection.

« J’ai tout de suite pensé à ma famille, au fait que je n’ai pas pu être avec elle à cause de la COVID-19. J’ai pensé à tous les sacrifices de mon père, à mon frère qui était super ému – il suit mon parcours. Ma mère avait mon chandail du Senior Bowl ! »

Le Senior Bowl de janvier dernier est justement le moment où ses prouesses athlétiques ont écarquillé les yeux des équipes de la NFL. Le point d’orgue d’un parcours qui n’aura pas été de tout repos, à commencer par ce jour où il a été retranché d’Équipe Québec, à l’été 2014.

« C’est un évènement parmi tant d’autres, mais ça m’a donné le wake-up call, rien ne va m’être donné, et j’ai commencé à m’entraîner plus fort. Puis, j’ai eu une bourse pour aller jouer à Michigan, puis au Minnesota. Ça a forgé mon processus vers la NFL. »

C’est évidemment un exploit rarissime de partir du cégep du Vieux Montréal, aussi réputé que puisse être son programme de football, pour être repêché dans la NFL. Reste que ce n’est que le jour 1. À court terme, St-Juste devra répondre aux centaines de messages qu’il a reçus. De son propre aveu, son téléphone s’est fermé de lui-même sous le poids des notifications.

Puis, il devra prendre conscience de ce qu’il vient de vivre, ce qui n’est pas simple non plus. Il prendra le temps de décanter tout ça, calmement, et d’en jaser avec ses proches. Il a déjà communiqué avec le directeur des opérations à Washington pour discuter des prochaines étapes logistiques. Puis, ce sera le mini-camp des recrues, le 17 mai.

Après, ce sera à St-Juste de trouver sa place dans le schéma défensif de sa nouvelle équipe.

« Je n’ai pas encore réalisé ce que je vis, ça me prend du temps pour réfléchir, appeler tout le monde, en jaser. D’ici quelques jours, je vais le réaliser, mais je pense déjà aux prochaines étapes. »

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