Un voyage au Mexique pendant sa peine de prison à domicile

Dans le milieu, on la connaissait sous le nom de Dame Freija. Son ex-conjoint, lui, était surnommé Maître K. La spécialité de ses agences d’escortes ? Les « gang bang et orgies » et les fantasmes sexuels pervers. Condamnée à la prison à domicile pour son rôle mineur, Carole Desrochers pourra exceptionnellement voyager au Mexique pendant sa peine.

La Montréalaise de 61 ans a plaidé coupable la semaine dernière à un chef d’accusation d’avoir bénéficié d’un avantage matériel provenant de la prestation de services sexuels entre septembre 2017 et novembre 2019. Une infraction déposée par voie sommaire, donc de gravité moindre.

Carole Desrochers, alias Dame Freija, avait un rôle « d’hôtesse » pendant les évènements de l’agence Le Club Rubicon organisés par son conjoint Koceila Louali. L’homme de 50 ans, surnommé Maître K, doit être jugé à l’automne pour 24 chefs d’accusation. Il est entre autres accusé d’avoir agressé sexuellement de nombreuses femmes et une fillette de 7 ans.

Le Club Rubicon se spécialisait dans les orgies et les « gang bang ». Un document judiciaire précise qu’un « gang bang » est défini comme une pratique où de nombreux hommes ont simultanément des activités sexuelles avec une femme, le ratio maximum « acceptable dans le milieu » allant jusqu’à 10 hommes pour 1 femme. Pour une orgie, le ratio est environ d’un homme pour une femme, indique le document.

Pendant ces évènements, Carole Desrochers récupérait le prix d’entrée auprès de la clientèle et servait les boissons et la nourriture. Elle ne recevait pas de salaire précis pour son travail, mais bénéficiait de cadeaux et d’avantages offerts par son conjoint, sachant que ceux-ci découlaient de l’exploitation des agences Rubicon et Carte Blanche. Cette dernière agence se spécialisait dans les fantasmes sexuels pervers.

« Sous l’emprise » de son conjoint

« C’est par amour, sous l’emprise et la manipulation de son compagnon, qu’elle a commis les gestes reprochés », indique le résumé des faits. Carole Desrochers reconnaît avoir fait preuve « d’aveuglement volontaire quant au caractère criminel des activités des agences ». Elle a manifesté « des remords et de la honte », poursuit le document.

Depuis son arrestation à l’été 2021, Carole Desrochers n’a plus aucun contact avec Koceila Louali, a assuré son avocate MClara Daviault.

En raison de nombreux facteurs atténuants, les avocats ont suggéré au juge Jean-Jacques Gagné d’imposer une peine de six mois d’emprisonnement à domicile. La défense a souligné les remords de l’accusée, sa bonne collaboration et son suivi psychologique. La procureure de la Couronne MAmélie Rivard a fait valoir le profil « très positif » de Mme Desrochers, qui était sous « l’emprise » de Koceila Louali.

La condition permettant à l’accusée de voyager au Mexique pendant sa peine a cependant été mal accueillie par le juge. « Vous allez me demander d’imposer une peine de prison avec sursis avec laquelle est inclus un voyage de Madame au Mexique ? », s’est étonné le juge Gagné.

Les avocates ont alors expliqué que l’accusée avait acheté ses billets avant sa reconnaissance de culpabilité. « Ce n’est pas dans un resort », s’est défendue l’accusée, infographiste de formation.

« J’ai beaucoup de difficulté à concevoir qu’une personne sous le coup d’une peine d’emprisonnement avec sursis est à l’extérieur sans surveillance et voyage pendant cette période. C’est une question de principe. C’est une peine d’emprisonnement », a affirmé le juge.

Se disant en « désaccord avec ce principe », le juge Gagné a tout de même fini par imposer la peine en incluant l’exception du voyage. Il a toutefois bien précisé qu’il le faisait uniquement parce qu’il s’agissait d’une suggestion commune.

« Vous avez des raisons pour le faire immédiatement », a-t-il conclu en supposant un possible témoignage de l’accusée au procès de son ex-conjoint.

Carole Desrochers sera soumise à une probation de trois ans.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.