Lock-out chez Rolls-Royce Canada

« On nous a coupés de tous nos services »

Après plus de quatre mois de lock-out, les membres du Syndicat des travailleurs et travailleuses de Rolls-Royce Canada (STTRRC) ont manifesté mercredi au centre-ville de Montréal pour réclamer de meilleures conditions salariales.

Ils étaient plus d’une centaine à descendre dans les rues de la métropole mercredi matin. Les travailleurs de l’usine Rolls-Royce Canada, sur le chemin de la Côte-de-Liesse à Lachine, se sont rassemblés place Jean-Paul-Riopelle pour faire pression sur la multinationale, spécialisée dans les moteurs d’avion et d’automobile. Ils ont marché jusqu’au bureau du premier ministre François Legault pour appeler la Coalition avenir Québec à considérer le conflit de travail.

En février, le ministère de l’Économie et de l’Innovation annonçait un investissement de 334 millions de dollars dans l’industrie québécoise de l’aérospatiale d’ici 2024, subventions dont Rolls-Royce Canada bénéficie.

Il s’agit d’un investissement « complètement aberrant », considérant les intentions « inacceptables » de Rolls-Royce Canada envers ses employés, déplore Frédéric Labelle, président du STTRRC.

Les membres du syndicat de Rolls-Royce Canada manifestaient notamment pour « expliquer » à François Legault qu’il subventionne actuellement une entreprise qui néglige les conditions de travail de ses employés, souligne-t-il à La Presse. En prévision des élections de cet automne, « on donne une chance à M. Legault de corriger le tir ».

Un conflit qui s’éternise

L’enjeu ne date pas d’hier : les travailleurs de l’usine de Montréal sont sans convention collective depuis mars 2020. Rappelons que le 15 mars dernier, Rolls-Royce Canada avait décrété un lock-out à la suite des négociations avec ses employés. Depuis, quelque 530 travailleurs sont toujours privés de travail.

« On nous a coupés de tous nos services, nos assurances et nos bonus. Je ne sais pas où l’employeur veut aller, mais c’est un grand manque de respect [de sa part] », déplore Jean-François Guyot, employé à l’usine Rolls-Royce Canada.

L’entreprise britannique a l’intention de remplacer le fonds de retraite des employés de l’usine pour un autre « moins avantageux ». C’est inquiétant pour les travailleurs qui ont contribué à leur fonds de pension pendant des années, affirme Cloé Zawadzki-Turcotte, conseillère syndicale à la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

« Sur mon fonds de pension amassé depuis trois ans, je dois avoir perdu 4000 $. Ça continue de descendre depuis le transfert », explique Serge Tourangeau, également employé de Rolls-Royce Canada.

Les négociations portent essentiellement sur l’abandon du régime de retraite à prestations déterminées et du gel des salaires. Il s’agit de décisions patronales qui demandent aux employés de faire d’importantes concessions, indique François Énault, vice-président de la CSN.

Une clause de disparité de traitement avait été appliquée pour les nouveaux employés, désormais couverts par un régime de retraite à cotisations déterminées, explique-t-il. L’entreprise britannique souhaite maintenant l’appliquer à l’ensemble des salariés. Ce nouveau régime à cotisations déterminées transfère les risques sur les épaules des travailleurs, rappelle François Énault.

Les négociations ont recommencé la semaine dernière entre la CSN, le siège social au Royaume-Uni et le gouvernement. Les travailleurs espèrent retourner au travail prochainement, souligne Frédéric Labelle. La dernière offre patronale avait toutefois été rejetée à 75 %, le 24 juillet dernier. L’offre incluait notamment une hausse des salaires de 18 %.

« La situation actuelle est regrettable, mais nous reconnaissons tous l’importance de poursuivre nos discussions et la nécessité d’en arriver à un accord qui va assurer un avenir durable à l’entreprise », déclare la direction de Rolls-Royce Canada par courriel à La Presse.

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