Mais oui, on peut ouvrir les frontières

En persistant à entretenir le flou sur l’ouverture de ses frontières, le Canada ressemblait de plus en plus à un homme muni d’une ceinture et d’une paire de bretelles qui hésiterait encore à recevoir de la visite de crainte de perdre son pantalon.

Voilà que cet homme nous annonce finalement qu’il se prépare à aller répondre à la porte quand ça sonnera.

On lui dit : enfin !

Jeudi soir, Justin Trudeau a promis un plan pour rouvrir graduellement nos frontières aux touristes étrangers. Il était temps. La stratégie du « on verra plus tard » était devenue intenable.

Cette semaine, les ténors de l’industrie touristique avaient d’ailleurs haussé le ton de plusieurs crans.

Les détails de ce plan seront annoncés la semaine prochaine. On a hâte d’en prendre connaissance. Pour l’instant, on sait que seuls les touristes pleinement vaccinés seront accueillis chez nous. M. Trudeau a mentionné que les Américains pourraient être les premiers à être admis, à partir de la mi-août. Les voyageurs internationaux seraient les bienvenus en septembre.

On jugera le plan lorsqu’il sera dévoilé. Mais le plus important, à l’heure actuelle, est de savoir qu’il y en aura un. La saison touristique estivale est déjà largement compromise et c’est dommage. Mais au moins, avec des dates et des règles claires, l’industrie du tourisme et celle de l’aviation sauront à quoi s’en tenir. Elles pourront rappeler leurs employés et planifier leur reprise.

Bien sûr, avec le variant Delta qui fait parler de lui, bien des Canadiens se montreront inquiets de voir les touristes revenir. Chat échaudé craint l’eau froide : on se souvient que les voyages effectués pendant la relâche de 2020 ont contribué à déclencher la première vague de COVID-19 au Québec.

Mais il faut respirer par le nez. La situation a beaucoup changé depuis mars 2020. Avec des conditions strictes, les touristes peuvent revenir graduellement au Canada sans mettre en péril notre réseau de la santé.

On est rendu là.

***

Si, dans un mois, vous croisez un touriste américain dans le Vieux-Port qui vous demande son chemin, sachez que vous aurez moins de raisons de vous méfier de lui que du Québécois moyen.

Pourquoi ? Parce qu’avant de venir ici, cet Américain aura dû prouver qu’il est pleinement vacciné contre la COVID-19. Si les propositions du comité d’experts de Santé Canada sont suivies, il aura passé un test de dépistage en arrivant au Canada. Si les règles actuelles sont maintenues, il en aura même passé un autre avant d’embarquer dans l’avion.

On a donc à la fois la ceinture et les bretelles. Le risque qu’un tel individu soit infecté est « tout à fait minime », confirme Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec. Celui qu’il soit contagieux et qu’il déclenche une éclosion parmi la population canadienne, l’une des plus vaccinée au monde, est encore plus minuscule.

Il est vrai qu’il existe un risque plus important avec les enfants, qui ne peuvent être vaccinés. Mais le test de dépistage permet de le diminuer grandement. En Europe et au Royaume-Uni, qui ont ouvert leurs frontières bien avant nous, les enfants doivent essentiellement suivre les mêmes règles que leurs accompagnateurs adultes. Une mesure logique dont on aurait intérêt à s’inspirer – y compris pour les Canadiens de retour au pays, dont les enfants continuent de se voir imposer une quarantaine de 14 jours difficile à justifier.

***

Pour une fois que ça va bien, on devrait ne toucher à rien, diront quand même certains.

C’est oublier que ça ne va pas bien pour tout le monde. Aéroports de Montréal accueille actuellement environ 20 % des passagers qu’il accueillait à la même période en 2019. Le Canada n’a récupéré que 18 % de son trafic aérien international prépandémie, contre 75 % aux États-Unis.

Les hôtels de l’ensemble du Québec s’en tirent généralement bien à cause des Québécois qui voyagent dans la province. Mais ceux de Montréal et de Québec continuent de tirer le diable par la queue.

Surtout, de nombreux travailleurs ont déserté le secteur, faute de prévisibilité. Souhaitons que le signal d’une reprise du tourisme international aide à les ramener au bercail.

Tout en planifiant l’arrivée des touristes, Ottawa devra par ailleurs peser de tout son poids sur les autres pays pour que tous les Canadiens vaccinés bénéficient des mêmes privilèges à l’étranger, peu importe la combinaison de vaccins reçue. Les Canadiens ont répondu admirablement à la vaccination et ont fait confiance aux autorités. Personne ne doit être pénalisé parce qu’il a reçu deux vaccins différents.

Le risque zéro n’existe pas. Mais celui qu’on prend en ouvrant graduellement nos frontières aux gens pleinement vaccinés est parfaitement raisonnable.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.