Immobilier

Ce qu’il faut savoir avant d’acheter un terrain

L’engouement des citadins pour l’acquisition de terrains, surtout ceux au bord de l’eau, ou de vastes terres en prévision d’une certaine autosuffisance, croît considérablement depuis un an. Avant d’investir, cinq points doivent impérativement être vérifiés afin de s’assurer que le projet est réaliste.

L’emplacement, la superficie, la topographie

L’emplacement et le voisinage sont des facteurs très importants. « Si on souhaite construire une maison d’environ 500 000 $, il vaut mieux que les résidences avoisinantes aient la même valeur. Ensuite, il faut s’assurer que la superficie du terrain, la façon dont il est fait et la topographie du sol correspondent à notre projet. Par exemple, pour une maison passive qui est de plus en plus populaire, on doit prendre en considération l’orientation du terrain par rapport à l’ensoleillement et où les ouvertures devraient être placées », explique Mikael Lacroix, courtier immobilier de l'équipe Lacroix – groupe Sutton immobilier Estrie et Barnes International. Le prix du terrain dépend quant à lui d’une analyse comparative du marché, à l’instar de celui d’une propriété.

Le zonage et la réglementation

Autre étape fondamentale : vérifier que le projet qu’on veut faire est conforme à la réglementation en vigueur de la municipalité. Bigénération, fermette, nombre d’étages, style architectural ou encore superficie de l’habitation comptent parmi les nombreux critères que la mairie prend en considération. « Les maisons conteneurs sont très à la mode en ce moment, mais il n’y a pas beaucoup de municipalités qui les acceptent. C’est la même chose pour les mini-maisons. C’est aussi très important de faire faire un certificat de localisation pour vérifier précisément où sont les bornes et l’emplacement où on peut construire », note Lydia-Pier Gauthier, courtière immobilière de l'équipe Gauthier-Vaillancourt – Royal LePage Humania. On s’assure en même temps qu’il n’y a pas de zone inondable ou humide répertoriée en consultant le site de Canards Illimités Canada.

Les services municipaux et la nature du terrain

Certains terrains sont desservis par les services municipaux (aqueduc et égouts), d’autres non. Dans ce cas-là, il faut tenir compte des coûts supplémentaires que ces branchements stratégiques impliquent. « Je recommande aussi d’effectuer un test de percolation [test de sol] pour voir si c’est possible de mettre des installations septiques sur le terrain et quel sera le système parce qu’en fonction de la perméabilité du sol, le prix de l’installation peut être très différent. On peut aussi s’informer auprès des voisins, voir un puisatier », conseille M. Lacroix, qui suggère également de vérifier s’il y a des caps de roche sur le terrain, et là encore de parler avec les voisins à ce sujet. « Ça coûte extrêmement cher de dynamiter. » La création d’un puits artésien varie généralement entre 12 000 $ et 15 000 $, les installations septiques, entre 15 000 et 35 000 $, donc en moyenne 50 000 $ en plus du prix du terrain.

Les raccordements électriques et téléphoniques

Il faut également s’assurer que le terrain soit relié à l’électricité. Sinon, Hydro-Québec pourra faire une soumission. « Les 100 premiers mètres sont gratuits et après, le prix tourne autour de 83 $ du mètre, ce qui peut faire rapidement grimper la facture puisqu’on atteint déjà 8300 $ pour 100 m supplémentaires, en plus d’éventuels frais de déboisement », précise Mikael Lacroix. On vérifie également s’il y a un réseau de téléphonie. « Le voisinage est souvent bien placé pour répondre à plusieurs questions, y compris celle concernant le réseau internet », indique Lydia-Pier Gauthier.

Les servitudes éventuelles

Le terrain qui nous appartient peut être soumis à des servitudes dont il faut tenir compte. Par exemple, si des équipements d’Hydro-Québec s’y trouvent, on ne peut rien construire à proximité. La courtière chez Royal LePage Humania signale que s’il y a un droit de passage, il ne peut pas être obstrué. « Aucun horaire ne peut être imposé à la personne qui a un droit perpétuel à ce niveau-là. C’est souvent le cas quand il y a des maisons en second rang dont les propriétaires bénéficient d’un accès à l’eau. Autre point important, la prescription acquisitive : quand une personne autre que le propriétaire utilise une partie ou la totalité du terrain pendant 10 ans et plus et que le propriétaire n’utilise pas cette partie, l’utilisateur est en droit de demander d'acquérir le terrain. » Par ailleurs, on doit vérifier si le déneigement de la rue est pris en charge par la Ville, de même que le ramassage des poubelles. « Dans certains coins, les camions à ordures vont passer en été, mais l’hiver, ils ne s’y rendent pas. Les gens doivent donc aller déposer leurs déchets au bout du chemin », affirme M. Lacroix.

Conseils d’acheteur

Stéphane Cléroux vit à Montréal et a acheté un terrain de 4,5 acres en Estrie en septembre dernier, en vue d’y prendre sa retraite dans quelques années. « On cherchait depuis plusieurs mois, j’avais un peu d’expérience sur d’autres approches. Le vendeur avait un courtier immobilier [Mikael Lacroix], mais ce que j’ai trouvé vraiment le fun, c’est qu’il ne s’occupait pas que de son client, il s’occupait aussi de moi en offrant un service impartial pour satisfaire tout le monde. Il avait déjà mis des clauses dans l’offre d’achat comme la vérification du sol, la capacité d’utiliser le terrain aux fins qu’on recherchait, la proximité des services publics, ce qui, en tant qu’acheteur, me protégeait. Ça m’a donné un bon coup de main parce qu’après ça, il s’agissait de suivre les étapes et les conditions mises dans l’offre d’achat pour m’assurer que je faisais une bonne acquisition. J’avais eu une expérience passée plus difficile et là, ça évitait de mauvaises surprises », raconte M. Cléroux, qui recommande fortement de faire appel à un courtier immobilier habitué à faire des transactions de terrains, parce qu’il saura exactement quelles conditions ajouter à la promesse d’achat ou quelles vérifications faire avant de signer.

« Certains projets ne se réalisent parfois malheureusement pas, car les vérifications n’ont pas été faites adéquatement ou que les coûts supplémentaires n’ont pas été prévus. Aussi, j’étais pressé de construire au début, mais je me rends compte que c’est mieux de ne pas faire les choses dans la précipitation », recommande M. Cléroux.

Il est intéressant de savoir que même si le vendeur veut vendre directement, en tant qu’acheteur, on peut se faire épauler par un courtier immobilier. « On appelle ça un contrat de courtage achat que l’on signe avec le client et on s’entend généralement bien avec le vendeur pour diviser la commission en deux. Dans ce cas-là, on s’occupe de tout », dit la courtière de l’équipe Gauthier-Vaillancourt.

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