Le renouveau du Quartier chinois

Alors qu’elle était déjà au ralenti depuis plusieurs années, l’économie du quartier chinois de Montréal a été particulièrement affectée par la pandémie. Mais plusieurs projets en cours devraient lui permettre de devenir un acteur important de la relance du centre-ville.

Un plan d’action pour le développement du Quartier chinois a été dévoilé par la Ville de Montréal au début de l’été 2021. La mairesse, Valérie Plante, a par ailleurs affirmé, sur son compte Twitter, être « déterminée à protéger [le Quartier chinois] et à le mettre en valeur dans le cadre de la relance. »

Une mobilisation commerçante

La pièce maîtresse de ce plan de relance est, selon moi, la création d’un regroupement commercial, observe Winston Chan, entrepreneur. « C’est un gros défi de l’implanter – il faut mobiliser les commerçants –, mais c’est cette alliance, supervisée par une saine gouvernance, qui permettra de relancer le quartier et d’inciter les Montréalais à revenir s’y promener. »

« Ce regroupement pourrait aider les commerçants en les accompagnant dans la création de leurs sites web et dans leurs demandes de subventions ou en leur offrant des services de consultation, explique M. Chan. Ces efforts permettraient de renforcer leur santé financière et insuffleraient, par la même occasion, une nouvelle vitalité commerciale au Quartier chinois. »

Un potentiel attractif indéniable

« De plus en plus d’entrepreneurs et de commerçants constatent les efforts déployés dans le quartier et souhaitent maintenant s’y installer, observe Eva Hu, copropriétaire de la chaîne de restaurants Le Coq Frit. C’est un lieu de vie familial, culturel et touristique, et surtout le seul quartier chinois francophone en Amérique du Nord ! Son potentiel attractif est indéniable. »

L’entrepreneuse signale avoir participé à l’élaboration du plan de relance, en concertation avec la Ville. Elle dit aussi connaître des commerçants indépendants déjà enthousiastes à l’idée de s’installer dans le Quartier chinois et de s’impliquer dans son écosystème.

« Le Chinatown de Montréal est un emplacement culturel et stratégique qui relie le Vieux-Port au centre-ville, tout en ajoutant une identité historique propre à notre ville, ajoute David Schmidt, restaurateur et propriétaire du bar Le Mal Nécessaire. Je crois fermement qu’il mérite d’être préservé et honoré et j’appuie les initiatives [de la Ville] qui visent sa relance économique. »

Un enjeu de préservation du patrimoine

Un enjeu préoccupe toutefois les acteurs du Quartier chinois dans cet élan : trouver un équilibre entre la préservation de l’ancien et l’instauration du nouveau.

« Les besoins nécessaires à la survie économique du Quartier chinois sont bien définis, mais ce secteur possède une particularité qu’il faut préserver : sa richesse patrimoniale », explique Jonathan Cha, urbanologue montréalais et expert du Quartier chinois.

Selon lui, les gros projets immobiliers peuvent représenter une menace à la préservation de l’identité du quartier. Il suggère l’adoption d’outils de réglementation urbanistique pour s’assurer que tous les changements à venir dans le secteur respecteront la nature autonome et vivante du quartier tout en favorisant le développement des commerces indépendants.

« Cette vigilance est très importante, car le Quartier chinois est aussi un lieu de vie, rappelle Winston Chan. Beaucoup craignent son embourgeoisement, alors qu’il abrite de nombreux logements sociaux, des résidences pour aînés et des rues résidentielles. »

La Ville a reconnu l’importance de cette préservation patrimoniale, et son plan d’action satisfait de nombreux acteurs du Quartier chinois à ce sujet.

Tous attendent désormais avec impatience le retour des touristes et la hausse d’achalandage des commerces afin de redonner à ce secteur emblématique de Montréal ses lettres de noblesse. ­

Une première installation concluante

Outre le projet d’un regroupement commercial, le plan de relance prévoit aussi des ateliers de concertation citoyenne, des mesures de préservation du patrimoine et des projets d’amélioration des espaces publics. L’aménagement de la Place des souhaits, à l’angle des boulevards Saint Laurent et René-Lévesque, illustre bien ces efforts.

Cet aménagement a été élaboré par une équipe de designers et d’artistes de la communauté chinoise de Montréal. Un marché artisanal nocturne y est régulièrement tenu à la belle saison et un arbre à souhaits traditionnel, qui rappelle ceux qu’on trouve à proximité des temples bouddhistes, a été érigé en son centre par l’artiste Karen Tam.

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