Vidéotron

Les employés craignent un lock-out

Sans convention collective depuis deux ans, avec un processus de conciliation laborieux qui s’achèvera le 13 juin prochain, les quelque 3000 employés montréalais de Vidéotron craignent de se voir imposer un lock-out.

Dans une lettre ouverte envoyée à La Presse, leurs représentants du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), section Québec, dénoncent en outre le recours grandissant à la sous-traitance. En 2003, après 10 mois de lock-out, le maximum d’employés en sous-traitance avait été fixé à 40 %. Ce plafond est aujourd’hui largement dépassé, estime Marc Ranger, directeur québécois du SCFP.

« Ç’a augmenté ces dernières années, dit-il en entrevue. Pour les centres d’appel, on compte 1100 employés à l’interne pour 1300 en sous-traitance. On ne veut pas que la sous-traitance disparaisse, mais qu’elle soit ramenée aux niveaux prévus. »

Il donne l’exemple de l’un des plus importants sous-traitants de Vidéotron, Xceed, basé au Caire et dont le centre d’appel emploie 600 personnes. « Je ne suis pas certain que Xceed paie des impôts au Québec… Il y a quelque chose qui n’est pas raisonnable dans tout ça. »

Du bullying

Pour les techniciens, qui avaient été au cœur du conflit de travail il y a 18 ans, on compte quelque 350 employés en sous-traitance sur un total de 850, soit une proportion de 41 %, selon les chiffres syndicaux. Il n’a pas été possible de confirmer ces données auprès de Vidéotron.

Pour M. Ranger, la pénurie de main-d’œuvre ne devrait pas justifier le recours à des sous-traitants à l’étranger, surtout si celui-ci engendre une dégradation des conditions de travail des syndiqués.

« C’est un cercle vicieux : on met les gens en compétition les uns avec les autres, on choisit la solution facile au lieu d’investir dans des emplois ici. »

– Marc Ranger, directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique

Plus globalement, le SCFP dénonce l’attitude de l’employeur, qu’il accuse d’intimidation. « Nous avons trop souvent entendu avec Québecor les mots “plan de contingence”, une expression qui laisse entendre que l’employeur s’apprête à déclencher un lock-out », peut-on lire dans la lettre ouverte.

« Moi, on m’a confirmé qu’ils étaient préparés à un “plan de contingence” à l’interne, affirme M. Ranger. Se faire menacer constamment de ça, ça devient du bullying. »

De Vidéotron à Air Transat

Le syndicat voit par ailleurs une contradiction entre le nationalisme économique du PDG de Québecor, Pierre Karl Péladeau, qui vient également de prendre les rênes de Vidéotron, et le recours à la sous-traitance hors Québec. On rappelle notamment que la Caisse de dépôt et placement du Québec a largement investi dans le succès de Vidéotron, qui a généré en 2020 95 % des profits de Québecor.

« Vidéotron bénéficiera d’une subvention de près de 210 millions de dollars des deux [ordres] de gouvernement pour procéder d’ici à l’automne 2022 au branchement de quelque 37 000 foyers québécois au réseau internet à grande vitesse », peut-on lire.

« Bien peu de Québécois et Québécoises contredisent le SCFP quand nous affirmons que ces fonds publics ne doivent pas servir à délocaliser ou précariser des emplois. »

– Extrait de la lettre ouverte du Syndicat canadien de la fonction publique

« M. Péladeau évoque souvent la fierté québécoise, c’est correct, on est là aussi quand il s’intéresse à Air Transat ou à Téo Taxi, ajoute M. Ranger. Ce que je ne peux pas accepter, c’est de se faire menacer d’un conflit dans une entreprise qui va bien. Il y a des enjeux qu’on peut régler intelligemment. »

Du côté de Vidéotron, on assure vouloir continuer de « négocier de bonne foi ». « Nous sommes surpris de cette sortie du SCFP, les négociations continuent d’avancer et nous avons toujours comme objectif d’en arriver à une entente avec la partie syndicale », a précisé l’entreprise dans un courriel.

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