Arrêtez de torturer June !

June Osborne (Elisabeth Moss) se révolte contre le régime totalitaire de Gilead. Elle manigance, au péril de sa vie, pour que ses camarades obtiennent une vie plus douce.

À la dernière seconde, June refuse de fuir cette république oppressante et fondamentaliste. Pour sa fille Hannah, toujours captive. Tante Lydia (Ann Dowd) rattrape June, la torture, la mutile. Par un 271e miracle, June échappe à la pendaison. Elle retourne à sa vie de servitude. Enragée, révoltée, elle redémarre son cycle de vengeance du début.

Question quiz. Est-ce qu’il s’agit de l’intrigue de la première saison de The Handmaid’s Tale, de la deuxième, de la troisième ou de la quatrième saison, qui a débuté mercredi soir sur Crave et CTV Drama ? La réponse : toutes ces réponses, hélas !

Cette série dystopique rejoue le même film d’horreur et ça devient de plus en plus difficile de voir, en gros plan, le visage tordu de douleur de la pauvre June, qui subit encore des violences épouvantables dans le quatrième chapitre de The Handmaid’s Tale.

Au troisième épisode, le niveau de barbarie atteint des sommets peu enviables. Exécutions, arrachage d’ongles, sévices psychologiques, enfermement dans une cage, assez, c’est assez. Le massacre près du train – pas de divulgâcheur ici – franchit le niveau du tolérable, surtout en cette période où les féminicides font les manchettes.

Au quatrième épisode (sur un total de dix), le seul mince espoir qui renaît – enfin, de la résistance à Gilead ! – retombe aussitôt dans l’incertitude et la peur. Vraiment, il faut un moral d’acier ou une ordonnance d’antidépresseurs renouvelable à l’infini pour sortir sans être ébranlé du visionnement de cette télésérie glauque, qui dérive de l’œuvre romanesque de Margaret Atwood.

Deux épisodes de The Handmaid’s Tale ont été déposés mercredi soir sur la plateforme Crave, deux autres suivront le 5 mai, puis le rythme reviendra à un épisode par semaine à partir du 12 mai. Club illico offrira la version française cet été.

Comme la diffusion de la troisième saison remonte à l’été 2019, un rafraîchissement des intrigues s’impose. La dernière fois que nous avons croisé June, elle fixait le ciel, gravement blessée par balle, après avoir rempli un avion d’enfants de Gilead à destination de Toronto.

L’action, c’est un bien grand mot, reprend tout de suite après ces évènements. La mission de sauvetage a réussi. Et June a survécu, vous vous en doutez bien. Sans June, cette émission de misère prestigieuse n’existe plus.

Connue d’abord sous le nom d’Offred, puis rebaptisée Ofjoseph dans la maison du commandant Joseph Lawrence (Bradley Whitford), June pourrait s’appeler Offroad depuis qu’elle cavale dans les bois près de la frontière canado-américaine.

Et la fuite de June et de ses amies servantes, dont la formidable Janine (Madeline Brewer), dure longtemps. Genre, très longtemps. Ces femmes rebelles de Gilead se réfugient d’abord dans la ferme d’une épouse révoltée de 14 ans, mariée de force à un vieux papi. Ajoutez ici une musique terrifiante, des aboiements de chien et des faisceaux aveuglants dans la nuit noire.

À Toronto, Serena Joy (Yvonne Strahovski) et Fred Waterford (Joseph Fiennes) attendent leurs procès respectifs pour crimes contre l’humanité. Ces deux personnages sont cruellement sous-utilisés. C’est du gaspillage. Toute la portion stagnante qui se déroule au Canada avec Moira (Samira Wiley) et Emily (Alexis Bledel), deux anciennes servantes de Gilead, aurait pu être rayée du scénario.

Les critiques américains, qui ont pu visionner huit des dix épisodes (j’en ai vu quatre), affirment que The Handmaid’s Tale 4 décolle véritablement au sixième épisode.

Un mouvement de rébellion, appelé Mayday, tente de renverser le régime théocratique de Gilead. Chicago résiste encore et c’est à cet endroit dévasté que June a le plus de chances d’échapper aux méthodes barbares de Tante Lydia.

Dans les chapitres précédents, les retours en arrière nous éclairaient sur la vie d’avant de June et de ses amies. Ce procédé narratif éclairant a quasiment été éliminé. Il n’y a que Janine qui y a droit, et c’est un des meilleurs moments. La voir sans son œil crevé, dans son environnement familial, nous permet de respirer dans cet univers trop anxiogène.

Il y a encore de l’excellent matériel à explorer dans The Handmaid’s Tale. Comment se déroule la vie ailleurs aux États-Unis ? Comment fonctionnent les colonies de Madeleine, ces camps de reproduction évoqués par Tante Lydia ? Pourquoi la communauté internationale ne réagit-elle pas plus à l’esclavage des femmes dans Gilead ? Probablement que les créateurs conservent des idées pour la cinquième saison, déjà commandée.

On s’entend. Une moins bonne saison de The Handmaid’s Tale demeure tout de même comestible. Reste que ce fruit n’est plus béni. Il commence même à noircir.

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