Pas si vilaines petites fleurs jaunes

Y a-t-il un plus grand sentiment de fierté que d’avoir la plus belle pelouse du voisinage ? Une pelouse d’un vert luxuriant, taillée à la parfaite hauteur et ne présentant aucune trace d’indignes pissenlits. Il faut d’ailleurs être prudent… parfois simplement parler de cette mauvaise herbe semble l’attirer. Gare à vous, on ne veut surtout pas de ça chez nous !

Ne soyez toutefois pas trompés, cet idéal de pelouse aseptisée est loin d’être la trame narrative que je défendrai. Au contraire, j’invoque un cessez-le-feu envers ces coriaces combattantes, car cette guerre n’est pas fondée. Ces petites fleurs jaunes ne sont pas la menace, mais plutôt l’allié.

Rares sont les fleurs qui fleurissent dès le printemps. La période de floraison des pissenlits débutant généralement au mois d’avril, elles sont parmi les premières fleurs à se pointer le bout du nez.

Leur présence en grand nombre à ce temps de l’année est donc d’une grande valeur pour les insectes pollinisateurs qui n’ont alors que de maigres sources de pollen et de nectar pour s’alimenter. C’est d’ailleurs lors de cette période de précarité alimentaire que nos précieuses abeilles refont leur ruche. Éliminer les pissenlits sur votre pelouse revient donc à les priver de cette précieuse ressource énergétique.

Dans un contexte où le taux d’extinction des pollinisateurs est 100 fois plus élevé que la normale, je vous implore : résistez à l’envie pressante d’éradiquer toute tache jaune de votre terrain. Nos pollinisateurs ont de plus en plus de difficulté à trouver des sources de nourriture. Il est donc de notre devoir de prendre action, aussi petite l’échelle soit-elle. En laissant en paix les pissenlits sur votre pelouse, vous contribuez concrètement à la protection du garde-manger de nos insectes pollinisateurs.

Défi pissenlit

Une brillante initiative a d’ailleurs vu le jour au printemps passé. Lancé par l’entreprise Miel & Co, le Défi pissenlit encourage les citoyens à laisser pousser librement les pissenlits sur leur pelouse durant tout le mois de mai en retardant la date de la première tonte du gazon. Ce défi vise ainsi à sensibiliser la population à la protection des insectes pollinisateurs qui fournissent un service essentiel de pollinisation. Il ne faudra qu’espérer que cette initiative se propage aussi astucieusement que nos chers pissenlits.

Maintenant que vous saisissez mieux l’importance écologique de ces fleurs mal aimées, il vous faut aussi apprendre à les apprécier telles qu’elles sont.

D’ailleurs, ces fleurs ne faisaient-elles pas le plus beau des bouquets pour maman lorsque vous étiez enfant ? Pourquoi donc à présent les voir sous un mauvais œil ? Je vous laisse faire cette introspection…

Si votre amère opinion des pissenlits demeure tout aussi coriace que ces derniers, alors il ne restera qu’une solution : y goûter ! Eh oui, les pissenlits sont de la famille des astéracées, soit la même famille à laquelle appartiennent la chicorée et la laitue. Les plants sont donc entièrement comestibles et présentent de surprenantes valeurs nutritives. En effet, tel qu’exposé dans un vieil épisode de La Semaine verte, les pissenlits contiennent autant de vitamine C qu’un citron, plus de fer que les épinards et presque deux fois plus de vitamine A que la carotte.

Nombreuses sont les façons de l’apprêter, mais je vous conseille d’oser pour la gelée de pissenlit. Un pur délice qui, dès la première bouchée, vous fera certainement tomber sous le charme du pissenlit.

Je vous promets, votre plus grande fierté sera maintenant cette petite gelée ! Gare à vous, il faudra tout de même prendre grand soin de laisser de petites fleurs jaunes pour nos précieux pollinisateurs.

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