Opinion

Gérance d’artisteS
Les « Lucky Luke » de la gestion de crise

La façon dont certains artistes ont détruit ou fortement entaché leur propre carrière nous laisse sans mots.

Quoi qu’on pense des dénonciations anonymes dans les réseaux sociaux, certains artistes ont reconnu avoir fait des gestes inacceptables. Qu’ils se soient excusés rapidement est un minimum.

Mais d’autres auraient pu gérer la situation autrement. Tout d’abord, en tournant leurs pouces sept fois avant de réagir sur Instagram (on devrait tous le faire, d’ailleurs).

Les artistes qui ont supprimé leurs comptes Facebook ou Instagram quelques heures après avoir publié une déclaration sous l’effet de l’émotion sont très nombreux. On peut comprendre leur embarras. Mais éliminer sa présence dans les réseaux sociaux laisse place à beaucoup trop d’interprétation. Ils se privent aussi d’un précieux canal de communication qui pourrait être utile le temps venu.

Et que dire de ces agences d’artistes qui ont « tiré la plogue plus vite que leur ombre » ? Ont-elles bien fait d’agir aussi rapidement, souvent en retirant toute référence à l’artiste montré du doigt dans les minutes qui ont suivi l’apparition de son nom sur une liste ?

S’il est évident qu’il faut rapidement dénoncer les gestes confirmés ou reconnus par leurs anciens protégés, la façon dont certains « Lucky Luke » ont dégainé pose problème.

Rompre aussi rapidement les liens suscite beaucoup de questions. Ces agences étaient-elles au courant des gestes allégués avant cette période de dénonciations ? Les agences ont-elles profité de la carrière de leur protégé en fermant les yeux tant que l’artiste était rentable ?

Et pourquoi ne pas avoir saisi l’occasion pour laisser du temps à l’artiste afin qu’il puisse répondre à ces accusations ? En privant les artistes de leurs conseils, certaines agences – qui géraient déjà presque tout de la vie de ces personnes – ont peut-être précipité la chute de leurs anciens protégés, soudainement laissés seuls devant la meute.

De nos jours, gérer une crise médiatique exige une très grande rapidité d’exécution. Le cycle des nouvelles est très court. Il faut nourrir en permanence les médias en ligne et les RDI et LCN de ce monde.

Mais gérer efficacement une crise ne veut pas dire se précipiter sur la première idée qui nous vient en tête, soit celle de vouloir tourner la page le plus rapidement possible.

La crise est souvent le début d’un processus de communication qui doit permettre à l’organisation d’atteindre plusieurs objectifs. Éteindre le feu n’est que la partie visible du travail. Il faut aussi assurer la pérennité de l’organisation, rétablir les faits, informer adéquatement ses publics (employés, partenaires, clients, actionnaires) et mettre en place des mesures visant à corriger les situations problématiques de façon durable. Il faut aussi tirer des leçons et se préparer convenablement pour la prochaine crise qui surviendra.

En agissant trop rapidement et en n’étant visiblement pas préparés convenablement, les « Lucky Luke » de la gestion de crise se sont retrouvés à empirer les choses.

Et qui sait si un artiste déchu ne leur reprochera pas un jour ?

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