Bâtir l’avenir des soins infirmiers au Québec

Il faut saisir l’occasion du Plan santé proposé par le ministre Christian Dubé pour changer

En cette Journée internationale des infirmières, l’Alliance pour l’avenir des soins infirmiers au Québec, un regroupement de plus de 20 associations infirmières et experts, veut souligner la contribution de notre profession aux soins de santé afin de répondre aux besoins de la population. Nous voulons aussi témoigner de nos ambitions pour les prochaines générations d’infirmières.

À la lumière du vieillissement de la population, de la pandémie de COVID-19 et des besoins des patients et du réseau, le rehaussement de la formation initiale des futurs membres de notre profession est un moyen de répondre à ces défis. En disposant de l’ensemble des connaissances requises pour prodiguer les soins dans tous les domaines de soins, les prochaines générations qui rejoindront notre profession seront en mesure de contribuer pleinement à la nécessaire réorganisation du système de santé québécois.

Un puissant levier pour un meilleur accès

En 2022, il fait consensus que l’accès aux soins de santé ne peut reposer que sur les médecins. Les autres professionnels de la santé, dont les infirmières, peuvent y contribuer. Les connaissances des infirmières de formation universitaire sont déjà mises à profit dans les guichets d’accès à la première ligne (GAP) en dirigeant les patients orphelins vers le bon professionnel de santé. Dans plusieurs milieux de soins, elles peuvent aussi effectuer une évaluation complète de la condition de leurs patients et prescrire des traitements, en plus de faire les gestes techniques souvent essentiels pour répondre aux cas qui ne demandent pas d’intervention médicale.

Le rehaussement de la formation initiale nous permet aussi d’imaginer de nouveaux modèles qui transformeraient durablement et amélioreraient l’accès aux soins pour les usagers et leurs proches.

Le développement du rôle d’infirmière de famille capable d’une prise en charge en clinique ou à domicile, le déploiement de cliniques infirmières composées de bachelières et d’infirmières praticiennes spécialisées, et des services de soins en ruralité demandant une grande autonomie de pratique deviennent possibles. La relève infirmière pourra aussi contribuer à l’incontournable évolution vers la télésanté et la prise en charge des collectivités.

Attirer la relève et agir sur la valorisation des infirmières

Contrairement aux idées reçues, le rehaussement des exigences de formation permet d’envisager une forte augmentation du nombre de diplômées suivant son entrée en vigueur. L’Ontario, qui exige le baccalauréat, a haussé son nombre de nouvelles infirmières de 197 % entre 2005 et 2018 à la suite d’une telle réforme. Des scénarios similaires se sont répétés en Colombie-Britannique et en Suisse romande, qui ont augmenté leur nombre de diplômées de 86 % et de 231 % respectivement sur une période de temps similaire. Ces trois juridictions ont largement surclassé le Québec qui a vu son taux de diplômées ne s’accroître que de 10 % environ pendant ces mêmes années.

Des impacts positifs sont également observables au sein du réseau de la santé. En effet, un niveau de scolarité est positivement associé à une meilleure rétention de la main-d’œuvre, un plus bas taux d’absentéisme et de roulement chez les infirmières. De plus, il est un prédicteur de satisfaction au travail en raison de la réduction de l’ambiguïté du rôle et d’une capacité accrue à jouer un rôle au sein des équipes de soins.

Une tendance bien ancrée

Le changement de la norme d’entrée à la profession infirmière est une évolution nécessaire qui s’appuie sur des tendances lourdes de la profession. Avec 52 % d’infirmières bachelières au Québec, la profession compte aujourd’hui une majorité de cliniciennes. Elles apportent une réelle contribution dans les salles d’urgence, les unités de soins intensifs, en gérontologie et en santé mentale, dans les soins à domicile et dans plusieurs autres contextes de soins qui leur sont réservés.

La relève infirmière reconnaît aussi l’apport d’une formation universitaire pour sa pratique auprès de ses patients. En 2020-2021, près de 60 % des nouvelles diplômées des cégeps, soit plus de 1300 personnes, ont poursuivi leurs études à l’université dans le cadre de la passerelle DEC-BAC. Dans certaines régions, comme le Bas-Saint-Laurent et Chaudière-Appalaches, le taux de poursuite au DEC-BAC atteint même 75 %.

Aller plus loin ensemble

Soyons clairs, l’Alliance appuie le maintien des deux parcours de formation pour obtenir le titre d’infirmière, soit la formation initiale en sciences infirmières à l’université et le programme intégré DEC-BAC. Les formations collégiales et universitaires sont désormais offertes sur l’ensemble du territoire québécois et les passerelles DEC-BAC existent déjà. Les futures infirmières pourront opter pour un parcours qui leur convient pour commencer leur formation, mais elles arriveront sur le marché du travail avec le même bagage de connaissances.

Le Québec possède tous les leviers pour prendre ce virage avec succès et nous pouvons nous inspirer des exemples d’ailleurs pour réussir notre propre transition. Les preuves sur les effets d’une formation complète des infirmières sur les résultats de santé, l’attractivité de la profession et l’accès aux soins ne sont plus à faire. Il faut maintenant agir pour bâtir les soins infirmiers de demain.

* Cosignataires : Jennifer-Liselotte Philogène, présidente de l’Alliance des infirmières noires du Canada – section Québec ; Kathleen Lechasseur, présidente de l’Association canadienne des écoles de sciences infirmières pour la région du Québec (ACESI-RQ) ; Rinda Hartner, présidente de l’Association des conseils des infirmières et infirmiers du Québec (ACIIQ) ; Gino Bouchard, président de l’Association des gestionnaires infirmiers d’urgence du Québec (AGIUQ) ; Natasha Desmarteau, présidente de l’Association des infirmières en prévention des infections (AIPI) ; Guillaume Fontaine, président de l’Association des infirmières et infirmiers d’urgence du Québec (AIIUQ) ; Sylvain Brousseau, président de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC) ; Christine Laliberté, présidente de l’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec (AIPSQ) ; Maryse Carignan, présidente de l’Association québécoise des infirmières en oncologie (AQIO) ; Marie-Claude Jacques, présidente de l’Association québécoise des infirmières et infirmiers (AQII) ; Pierre-Luc Déry, administrateur de l’Association québécoise des infirmières et infirmiers en gérontologie (AQIIG) ; Jessica Rassy, présidente de l’Association québécoise des infirmières et infirmiers en santé mentale (AQIISM) ; Éric Maillet, président de l’Association québécoise des infirmières et infirmiers en systèmes et technologies de l’information (AQIISTI) ; Charles Bilodeau, président du Comité jeunesse de l’OIIQ ; Julie Poirier, présidente du Conseil des sections de l’OIIQ ; Nicole Ricard, présidente du Groupe de concertation et d’influence en soins infirmiers du Québec ; Sylvie Gagnon, présidente des Infirmières et infirmiers en pharmacie du Québec ; Mario Brûlé, président, Infirmières et infirmiers sans frontières ; Luc Mathieu, président de l’Ordre des infirmiers et infirmières du Québec (OIIQ) ; Deyna-Marie L’Heureux, présidente de l’Ordre régional des infirmières et infirmiers Bas-Saint-Laurent/Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine ; Caroline Riopel, présidente du Regroupement des infirmières et infirmiers en soins intensifs du Québec ; Hélène Tétreault, présidente du Regroupement des infirmières premières assistantes en chirurgie

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