Raz-de-marée travailliste

Londres — Le chef du Labour britannique Keir Starmer s’apprête à entrer à Downing Street, mettant fin à 14 années dans l’opposition pour les travaillistes, après leur victoire sans appel face aux conservateurs.

« Raz-de-marée » : le verdict s’affiche vendredi en une des quotidiens britanniques, unanimes pour qualifier le tournant politique du Royaume-Uni, après 14 années de pouvoir conservateur.

Si la défaite des conservateurs était annoncée depuis des mois par les sondages, leur déroute s’avère historique, confirmant le désir de changement des Britanniques, exaspérés par la succession des crises, du Brexit à l’envolée des prix en passant par la valse des premiers ministres ces dernières années.

Tôt vendredi matin (heure locale), le Labour avait sécurisé plus de 390 sièges, soit plus que les 326 sièges nécessaires pour obtenir la majorité absolue à la Chambre des communes et pouvoir former seul le futur gouvernement britannique.

Selon les projections des télévisions britanniques, le Labour remporterait 408 sièges sur les 650 de la Chambre des communes, juste un peu moins que le score historique de Tony Blair en 1997 (418). 

« Le Royaume-Uni en rouge », la couleur du Labour, titre l’influent tabloïd The Sun qui avait appelé à voter travailliste.

Le Royaume-Uni est « prêt au changement », a déclaré en soirée le chef des travaillistes Keir Starmer, réélu dans sa circonscription et amené à devenir premier ministre.

« Les électeurs, ici et dans tout le pays, se sont exprimés et ils sont prêts au changement, à mettre fin à la politique spectacle pour revenir à la politique en tant que service rendu au public. »

— Keir Starmer, chef du Parti travailliste

« Notre tâche n’est rien de moins que de renouveler les idées qui maintiennent l’unité de notre pays, un renouveau national », a ajouté tôt vendredi le premier ministre désigné, dans un discours prononcé alors que son parti venait de s’assurer une majorité absolue dans le futur Parlement. « Je ne vous promets pas que cela sera facile », a-t-il ajouté.

Le Parti conservateur de Rishi Sunak est désavoué avec son pire résultat depuis le début du XXe siècle : ils auraient 136 députés élus selon les projections, contre 365 il y a cinq ans sous Boris Johnson.

Le premier ministre sortant, réélu dans sa circonscription, a dit reconnaître la défaite de ses troupes et en « assume la responsabilité ».

Modération

Alors que l’extrême droite est susceptible d’accéder au pouvoir en France et que Donald Trump semble bien placé pour retourner à la Maison-Blanche, les Britanniques ont choisi massivement un dirigeant modéré de centre gauche.

Les électeurs « réclament le changement » et « c’est à nous de répondre à cette confiance », s’est réjouie Rachel Reeves, qui devrait devenir la prochaine ministre des Finances dans le gouvernement travailliste et a été réélue dans sa circonscription.

Mais elle a prévenu que le futur gouvernement devra s’attendre « à des choix difficiles » face à « l’ampleur du défi ».

L’ex-chef des travaillistes britanniques Jeremy Corbyn, exclu du parti pour sa gestion des accusations d’antisémitisme en son sein, a été réélu député comme candidat indépendant.

Les libéraux-démocrates (centristes) se renforceraient avec 66 députés, redevenant la troisième force du Parlement.

Bouleversement dans la politique britannique : le parti anti-immigration et anti-système Reform UK va entrer au Parlement avec quatre sièges. Son chef et figure de la droite dure Nigel Farage, va devenir député après sa huitième tentative.

En Écosse, les indépendantistes du Scottish National Party subissent un sérieux revers, pressentis pour n’emporter que 8 des 57 circonscriptions.

Hautes attentes

Neuf ans seulement après être entré en politique et quatre ans après avoir pris la tête du Labour, le premier ministre designé sera confronté à une aspiration considérable au changement.

Le Brexit a déchiré le pays et n’a pas rempli les promesses de ses partisans. L’envolée des prix des deux dernières années a appauvri les familles, plus nombreuses que jamais à dépendre des banques alimentaires.

Il faut attendre parfois des mois pour des rendez-vous médicaux dans le service public NHS. Les prisons risquent de manquer de places dès les jours qui viennent.

Campagne calamiteuse

Dans une ambiance de luttes fratricides permanentes chez les conservateurs, les scandales politiques sous Boris Johnson et les errements budgétaires de Liz Truss, qui n’a tenu que 49 jours au pouvoir, ont fini d’exaspérer les électeurs.

En 20 mois à Downing Street, leur successeur Rishi Sunak, cinquième premier ministre conservateur depuis 2010, n’est jamais parvenu à redresser la barre dans l’opinion.  

L’ancien banquier d’affaires et ministre des Finances de 44 ans avait tenté un coup de poker en convoquant ces élections en juillet sans attendre l’automne comme beaucoup le pensaient, mais sa campagne a été calamiteuse.

Face à la défaite inévitable, son camp en était réduit ces derniers jours à mettre en garde sur le risque d’une « super majorité » laissant le Labour sans contre-pouvoirs.

Sommet de l’OTAN

Peu charismatique, mais déterminé, il promet de transformer le pays comme il a redressé le Labour après avoir succédé au très à gauche Jeremy Corbyn, le recentrant sans état d’âme sur le plan économique et luttant contre l’antisémitisme.

Il assure vouloir relancer la croissance, redresser les services publics, renforcer les droits des travailleurs, réduire l’immigration et rapprocher le Royaume-Uni de l’Union européenne – sans revenir sur le Brexit, sujet tabou de la campagne.

Dès la semaine prochaine, le nouveau premier ministre, qui devrait dans l’ensemble poursuivre la politique étrangère britannique actuelle, fera ses premiers pas sur la scène internationale à l’occasion du sommet des 75 ans de l’OTAN à Washington.

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