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L’administration Plante a fait le point jeudi sur la fréquentation des voies actives sécuritaires, créées en raison de la COVID-19.

Chronique

Le « succès » de la rue

Pour l’administration Plante, les voies actives et sécuritaires (VAS) implantées au cours des dernières semaines sont un grand succès. Éric Alan Caldwell, responsable de la mobilité et de l’urbanisme au comité exécutif de la Ville de Montréal, était fier de l’annoncer jeudi matin lors d’une conférence de presse.

Appuyé par Jean-François Rheault, directeur d’Éco-Compteurs, une entreprise spécialisée dans le comptage des piétons et des cyclistes, M. Caldwell a brossé un tableau idyllique de la situation.

On apprend qu’il y a une augmentation du nombre de cyclistes sur les pistes cyclables et que celles qui ont été aménagées sur des VAS sont parmi les plus fréquentées.

On ne peut que se réjouir de cela !

On nous dit aussi qu’il y a beaucoup de piétons qui utilisent les VAS. À cela, je réponds que c’est un peu normal : si tu fermes une rue, il y a de fortes chances que les gens qui empruntaient normalement les trottoirs marchent… dans la rue.

Pour illustrer ce succès, on nous a dit qu’en moyenne, 15 000 piétons empruntent quotidiennement l’avenue du Mont-Royal.

Mais combien de personnes (piétons et automobilistes) utilisaient la même artère l’an dernier à pareille date ? On n’est pas en mesure d’offrir ces données qui permettraient de voir si on assiste réellement à une révolution.

On a comparé les résultats des VAS avec « d’autres rues » similaires, s’est-on contenté de nous dire jeudi.

Pas fort.

Traitez-moi de rabat-joie, mais cet empressement à crier sur tous les toits que le vaste réaménagement de plusieurs voies est un grand succès sème le doute chez moi.

Je ne peux m’empêcher de voir là une opération marketing visant à calmer la grogne d’une bonne part de la population.

Pourquoi fournir des données incomplètes si tôt dans la saison estivale ? Les conclusions de ce « laboratoire » basé sur les principes de l’urbanisme tactique (expression hot de l’été) ne sont valables que si on associe toutes les composantes.

A-t-on mesuré l’impact sur les marchands ? A-t-on évalué la qualité de vie des résidants touchés par la nouvelle circulation que les VAS engendrent ? A-t-on sondé l’ensemble de la population, celle qui ne vit pas en vase clos et qui doit se déplacer partout dans la ville ?

Je suis étonné de voir qu’on offre isolément ces données sur l’achalandage alors que la Société de développement commercial (SDC) de l’avenue du Mont-Royal a annoncé il y a quelques jours qu’elle allait présenter plus tard cet été une étude approfondie sur l’impact réel de ce projet.

Je crois sincèrement qu’il faut se poser de sérieuses questions sur ce virage qui est en train de transformer considérablement le caractère de la ville.

Il faut se demander pourquoi on fait cela. Pour le moment, il est très difficile d’y voir clair. Une minute, on nous dit que c’est pour assurer une forme de sécurité aux citoyens, et la minute d’après, on affirme que c’est pour venir en aide aux commerçants en détresse.

Parlant des commerçants, il y a un truc qui m’achale quand on parle d’eux. On a la fâcheuse manie de les mettre tous dans le même panier comme si les embûches des propriétaires de bars, de restaurants et de boutiques étaient les mêmes.

Si les bars et les restaurants peuvent bénéficier cet été de plus vastes terrasses et jouir d’un plus grand pouvoir attractif auprès des piétons, ce n’est toujours pas le cas pour les magasins et les boutiques.

Alors, quand on affirme que les « commerçants » sont heureux des retombées, on parle de quoi et de qui au juste ?

En tout cas, si une bonne part de commerçants saluent cette opération improvisée (quelques-uns l’ont fait jeudi), d’autres n’hésitent pas à exprimer leur colère. L’exemple le plus récent de cette contestation vient de David McMillan, copropriétaire du restaurant Joe Beef. Découvrant la transformation de la rue Notre-Dame Ouest en sens unique vers l’est pour les huit prochaines semaines, McMillan y est allé d’une charge à fond de train sur Twitter contre l’administration Plante, qu’il souhaite voir délogée lors des prochaines élections.

Comprenez-moi bien, je ne suis pas contre les fermetures de rues, je ne suis pas contre la création d’une ville plus conviviale à échelle humaine. Et pour les écologistes qui seraient tentés de m’imaginer au volant d’un gros VUS polluant, je répète que je me déplace la plupart du temps à pied ou en métro (je crains de tomber dans un nid-de-poule géant avec ma voiture).

Des places publiques charmantes où gambadent des enfants et où les adultes discutent en buvant un verre de vin, amenez-en ! J’en veux ! Mais arrangeons-nous pour bien faire les choses. Créons des lieux qui soient beaux, agréables, conçus à des endroits stratégiques de la ville.

Nous sommes les premiers ébahis lorsque, en voyage en Europe, nous découvrons des places publiques conçues autour de grandes fontaines. Je m’excuse, mais nous sommes loin de cela en titi avec nos placotoirs multicolores et nos murets de béton tous les 30 mètres.

Je me méfie du « laboratoire » que l’on fait actuellement en pleine pandémie. Nos habitudes sont chamboulées, on fait davantage de télétravail, on a plus de temps pour les loisirs, nous sommes plus nombreux à quitter la ville. Et on est en train de crier victoire hâtivement, je trouve.

Au début de l’été, j’ai signé une chronique où je disais à quel point je trouvais hideuse l’apparence de l’avenue du Mont-Royal. Je pense encore la même chose. Ce n’est pas parce que tu mets des placotoirs macramé-granola et que tu peins des formes psychédéliques sur l’asphalte que tout devient beau instantanément.

Mais en même temps, je me suis dit que j’allais donner la chance au coureur et faire preuve de patience jusqu’à l’automne. Il semble que les élus de Projet Montréal soient plus pressés que moi de tirer leurs propres conclusions.

voies actives sécuritaires

Les Montréalais sont au rendez-vous, selon l’administration Plante

En dépit des nombreuses critiques de commerçants et de résidants, l’administration Plante a présenté jeudi comme un succès la fréquentation des voies actives sécuritaires (VAS) créées en raison de la COVID-19. L’opposition officielle y a surtout vu une opération de marketing politique.

« Nous constatons que plusieurs Montréalais ont pris goût à ces installations. Les familles s’y retrouvent aussi en grand nombre », a déclaré Éric Alan Caldwell, responsable de la mobilité au sein du comité exécutif.

M. Caldwell s’appuie sur les premières données recueillies par l’entreprise Éco-Compteur, qui a reçu le mandat de mesurer les déplacements à vélo et à pied sur les VAS. Le comptage se fait à partir de bornes qui détectent les mouvements et qui sont installées à des intersections. Ainsi, les statistiques correspondent à des tronçons de VAS précis.

Selon les données présentées en conférence de presse, les Montréalais ont déserté les transports en commun (70 à 90 % de baisse de fréquentation), et la circulation automobile a baissé de 20 %. En revanche, piétons et cyclistes sont au rendez-vous. On constate un achalandage important de certaines VAS, mais des nuances s’imposent.

La piste cyclable la plus achalandée en baisse

Ainsi, la piste cyclable Saint-Laurent–Bellechasse est présentée comme la plus achalandée sur une liste de 18 pistes (incluant les VAS et les voies déjà existantes du réseau cyclable). On y a compté une moyenne journalière de 5734 cyclistes entre le 1er juin et le 23 juillet. Mais dans les faits, cette piste cyclable connaît une baisse de fréquentation de 18 % par rapport à l’année dernière, peut-on constater dans un autre tableau.

De plus, l’administration Plante se félicite qu’à l’intersection de Christophe-Colomb et de Louvain, dans le quartier Ahuntsic, le nombre de cyclistes ait presque doublé (90 %) depuis 2019. Malgré cette hausse, ce n’est tout de même pas le coin le plus fréquenté, puisque la moyenne journalière est de 2518 cyclistes, ce qui classe cette piste cyclable au 10e rang.

Sur les trois pistes cyclables qui ont été élargies (de 3 à 6 mètres), soit Berri-Ontario. Rachel-Angus et Christophe-Colomb–Louvain, on note une hausse moyenne de la circulation à vélo de 36 %. C’est ce qui fait dire à M. Caldwell qu’il s’agit de mesures qui répondent à un besoin des cyclistes.

Pour ce qui est des piétons, Éco-Compteur fait état des mesures prises, mais précise n’avoir aucun comparable. On observe qu’il y a presque trois fois moins de piétons rue de la Commune, dans le Vieux-Montréal, que sur l’avenue du Mont-Royal, à l’intersection de la rue de La Roche, dans le Plateau : 5916 piétons en moyenne par jour, par rapport à 15 574.

Durant la période du 26 juin au 23 juillet, un maximum journalier de 21 867 piétons a été compté à l’angle de l’avenue du Mont-Royal et de la rue de La Roche. Malgré cela, la distanciation physique de 2 mètres exigée par les autorités sanitaires n’a jamais été un enjeu, a précisé le maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal et responsable du développement économique au comité exécutif, Luc Rabouin.

Un circuit réduit

Si M. Caldwell a reconnu que le comptage ne permettait pas de mesurer la satisfaction des Montréalais, il a aussi précisé que d’autres données sont attendues. Des analyses et un sondage concernant l’effet des VAS sur l’activité commerciale sont en cours.

Annoncées à la mi-mai par la mairesse, Valérie Plante, comme mesures temporaires, les VAS devaient compter 200 km à l’origine. Le retrait de 20 km de corridors sanitaires et la controverse soulevée par l’absence de consultation des commerçants et de la population, ce qui a entraîné l’ouverture d’une enquête de l’ombudsman, ont modifié les intentions de l’administration Plante. Le circuit s’étend actuellement sur 89,6 km, dont 51,2 km relèvent des arrondissements.

« Il y a eu beaucoup d’évolution et d’ajustements. Ç’a été un processus où on consultait les milieux, les arrondissements, les sociétés de développement commercial, en même temps qu’on déployait [les VAS]. »

— Éric Alan Caldwell, responsable de la mobilité au sein du comité exécutif

Ce dernier a souligné que les aménagements avaient été ni plus ni moins une « bouée de sauvetage pour certains commerces ». Aucun chiffre attestant cette affirmation n’a été présenté. Deux commerçants étaient toutefois présents à la conférence de presse pour témoigner de leur satisfaction.

Selon le conseiller municipal de l’opposition officielle Francesco Miele, porte-parole du parti Ensemble Montréal, les données d’Éco-Compteur ont été interprétées à la sauce politique. « C’est une abstraction de la réalité. C’est toujours le monde idéologique de Projet Montréal qui est en branle », a dit M. Miele. « Pas un mot sur les gens à mobilité réduite, pas un mot sur le fait qu’il y a une enquête de l’ombudsman sur la façon que ç’a été fait. […] On parle d’achalandage, mais il n’y a pas eu un chiffre sur les activités commerciales », a-t-il critiqué.

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