Littérature

L’univers onirique de Patti Smith

L’année du singe, de Patti Smith, est à son image : multiple et insaisissable.

En astrologie chinoise, 2016 était l’année du singe. C’est aussi l’année durant laquelle Donald Trump a été élu président des États-Unis. Une année chargée, donc, qui, pour Patti Smith, s’amorce sur la côte Ouest.

L’artiste vient de donner une série de concerts à San Francisco et a ensuite prévu de se rendre à Santa Cruz avec un ami pour travailler à un nouveau projet artistique. Mais l’ami en question est hospitalisé d’urgence, et Patti Smith se rend seule dans cette ville de bord de mer où l’on entend le cri des otaries la nuit.

Poète, écrivaine, chanteuse, photographe… Patti Smith est une artiste complète et complexe, une globe-trotter infatigable et un être humain doté d’une très grande créativité. Ceux et celles qui sont abonnés à son compte Instagram savent que l’écriture est une partie intrinsèque de sa vie, un acte quotidien qu’elle pratique beaucoup dans les cafés, à New York ou à l’étranger.

Dans L’année du singe, qui est une forme de journal de l’année qui précède son 70anniversaire, Patti Smith aborde des thèmes qui lui sont chers : l’écriture, bien sûr, la création, l’amitié, les relations qui nous font et qui nous habitent même une fois les personnes disparues.

Elle réfléchit aussi à la vieillesse à l’approche de cet anniversaire charnière qui la fera basculer dans la dernière période de sa vie.

Comme un rêve

Quand on lit Patti Smith, il faut accepter d’entrer dans son univers onirique peuplé de personnages excentriques et de réalités parallèles. Héritière d’André Breton et des surréalistes, Patti Smith se laisse guider par son inconscient et travaille beaucoup à partir de ses rêves.

À Santa Cruz, elle élit domicile au Dream Motel. Comme dans Alice au pays des merveilles – elle cite d’ailleurs Lewis Caroll –, les objets s’animent, et la voilà en grande conversation avec l’affiche du motel… Patti Smith fait de nombreuses rencontres et, comme dans les rêves, chacune de ces rencontres est une porte qui s’ouvre sur une autre réalité, une autre histoire. En fin de compte, ce n’est pas le récit qui est important, c’est le chemin – ou, si vous préférez, l’écriture comme démarche – qui est au cœur de son œuvre.

Les mots – leur forme, leur sonorité – deviennent des matériaux à partir desquels Patti Smith crée et divague. On se laisse aller dans ses rêveries avec parfois l’impression de faire un trip de drogue douce avec elle…

Tout au long de son périple, qui la mènera de la côte Ouest à la côte Est, Patti Smith convoque ses auteurs préférés : Artaud, Bolaño, Ginsberg… Des écrivains qui l’habitent et qu’elle cite souvent, dans ses livres et sur Instagram, plateforme qui occupe une place importante dans son travail créatif.

L’amour de Sam Shepard

Il y a tout de même des choses concrètes dans l’univers de Patti Smith : la nourriture (elle détaille tout ce qu’elle mange) et le café, son carburant. Elle est toujours à la recherche d’un café ou d’un diner où elle élira domicile pour lire, écrire, rêver.

Si Just Kids parlait de sa relation avec Robert Mapplethorpe, L’année du singe s’attarde sur celle avec Sam Shepard, qui a succombé en juillet 2017 à la maladie de Lou Gehrig. L’écrivain, acteur et dramaturge a été un grand amour dans la vie de Patti Smith, et ils n’ont jamais perdu ce lien. Elle va donc le rejoindre chez lui, dans le Kentucky, alors que ses jours sont comptés.

Ensemble, ils termineront le dernier livre de Shepard, Spy of the First Person. Ensemble, ces deux-là auront été créatifs et complices jusqu’au dernier souffle.

À noter que Patti Smith aussi se réinvente. Le 27 novembre prochain, elle offrira un concert virtuel, Patti Smith : A Black Friday Experience, à 15 h, heure de l’Est.

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