Legault garantit Dubé à la Santé, pas Roberge à l’Éducation

Lac-Mégantic — François Legault s’avance sur la composition d’un prochain Conseil des ministres : il conserverait Christian Dubé à la tête de la Santé, mais ne garantit pas le retour de Jean-François Roberge à l’Éducation.

Le chef caquiste qualifie le trio formé d’Eric Girard aux Finances, de Sonia LeBel au Trésor et de Pierre Fitzgibbon à l’Économie de « dream team ». Il n’exclut pas d’avoir deux ministres sur la Rive-Sud, dans la région de Québec, alors qu’il a recruté Bernard Drainville et Martine Biron comme candidats.

Une conférence de presse à Lac-Mégantic sur une promesse de 1,5 milliard en infrastructures sportives a pris une tournure étrange, mardi, alors que le chef caquiste a voulu aborder lui-même un tout autre sujet. Il a présenté sa « question de l’urne », la même que celle choisie par la cheffe libérale, Dominique Anglade, le jour du déclenchement de la campagne : l’économie.

« Avec l’inflation, avec l’incertitude économique mondiale, avec les taux d’intérêt qui n’arrêtent pas d’augmenter, je pense que la question de l’urne est autour de l’économie. Qui est capable d’aider les Québécois et remettre de l’argent dans leur portefeuille ? », a-t-il affirmé, rappelant ses promesses de chèque et de baisse d’impôt.

Puis, il a fait valoir son « trio économique » qui ne trouve pas d’égal dans les autres partis, selon lui. « Eric Girard aux Finances, Sonia LeBel comme présidente du Conseil du trésor et Pierre Fitzgibbon comme ministre de l’Économie, je pense que c’est un peu un dream team », a-t-il lancé.

Tenter de trouver qui, dans chacune des autres formations politiques, serait titulaire de ces fonctions, « ça donne des frissons dans le dos », selon lui.

Après avoir déjà dit que « seul » Christian Dubé peut réorganiser le réseau de la santé, François Legault a assuré qu’il conserverait son poste. « C’est sûrement le plus compétent, OK. Je ne serais pas trop inquiet à la place de Christian. » Il a également soulevé qu’« on va avoir peut-être un trio » à la Santé, comme ce fut le cas dans les quatre dernières années.

Et à l’Éducation ? « Il y a l’embarras du choix, il y en a beaucoup. Il y a l’équipe qu’on a avec Isabelle [Charest], Jean-François [Roberge], et d’autres se sont ajoutés. On a beaucoup d’anciens directeurs d’école, enseignants, on a une présidente de syndicat d’enseignants. On en a beaucoup. La difficulté, c’est de choisir », a-t-il affirmé.

Questionné pour savoir si Jean-François Roberge doit s’inquiéter, le chef caquiste a répondu qu’« il n’y a personne qui a une job garantie à la CAQ ». Il venait pourtant de garantir un poste à Christian Dubé.

« Ce sera à partir du 4 octobre que je vais regarder ce qui est la meilleure formation, mais ce ne sera pas un exercice facile », a-t-il ajouté.

Parmi ses « considérations » pour la formation d’un Conseil des ministres, il y a la parité hommes-femmes, mais aussi la représentation régionale. Il a indiqué qu’« on ne peut pas exclure » que la Rive-Sud de Québec compte deux ministres. Bernard Drainville et Martine Biron sont ses candidats dans ce secteur.

Tunnel Québec-Lévis : les « ambitions » de la CAQ feront mentir les projections

Même si les projections officielles montrent que la population active dans la région de Lévis augmentera à peine d’ici 20 ans, François Legault soutient que ses « ambitions » pour le Grand Québec renverseront la tendance et rendront nécessaire le tunnel Québec-Lévis.

Le chef caquiste répète depuis longtemps que son projet est justifié notamment en raison de la croissance attendue de la population dans la grande région de Québec, en particulier à Lévis.

Or, selon l’Institut de la statistique du Québec, la population active (20-64 ans) n’augmentera que de 1,7 % dans la région métropolitaine de Lévis d’ici 2041.

« Je pense qu’avec nos ambitions, il va y avoir une croissance de la population dans le Grand Québec. »

— François Legault, en conférence de presse à Orford

« Je veux faire du Grand Québec et du Grand Lévis une deuxième métropole. Je veux qu’il y ait plus de nouveaux arrivants qui s’installent dans le Grand Québec. Je veux qu’il y ait plus d’entreprises avec des bons salaires qui s’implantent dans la grande région de Québec. Et dans ce sens-là, je pense que tout a été dit sur le troisième lien. On a besoin de ce lien. Et on pense que c’est un tunnel à quatre voies qui est la meilleure solution. »

Les déplacements en automobile représentent 86 % des déplacements sur la Rive-Sud, contre moins de 4 % pour les transports en commun, selon l’Enquête origine-destination 2017 du ministère des Transports. Depuis 2006, la région de Lévis a enregistré une hausse de 25 % du nombre d’automobiles, une augmentation deux fois plus rapide que sa population durant cette même période.

— Avec Clémence Delfils, La Presse

« Les gens veulent du changement » en Beauce

Saint-Georges — Le chef du Parti conservateur du Québec a passé mardi la moitié de sa journée en Beauce, où il espère faire une percée. Son candidat dans Beauce-Sud, Jonathan Poulin, a gagné en popularité depuis le début de la campagne. Éric Duhaime s’est ensuite rendu à Baie-Saint-Paul, à quelque 200 kilomètres de là, pour saluer quelques dizaines de partisans.

« Les gens veulent du changement, a constaté le maire de Saint-Georges, Claude Morin. Vous savez, on a vécu une période assez difficile avec la pandémie. »

Cet ancien député de l’Action démocratique du Québec venait tout juste de rencontrer Éric Duhaime, qu’il avait côtoyé au sein de ce parti à l’époque, pour discuter de la rénovation de la cour municipale. Il voudrait que le gouvernement québécois finance ce projet évalué à 1,2 million.

Les intentions de vote pour le Parti conservateur d’Éric Duhaime ont connu une légère croissance, selon le dernier sondage Léger effectué après le Face-à-Face de TVA. En tout, 16 % des 1046 répondants avaient l’intention de voter conservateur, soit un gain d’un point de pourcentage. Les intentions de vote pour Québec solidaire et le Parti libéral du Québec sont également à 16 %. La méthode utilisée ne permet pas de calculer une marge d’erreur, mais elle serait de plus ou moins 3 %, 19 fois sur 20, dans le cas d’un sondage probabiliste où les répondants sont sélectionnés de façon aléatoire.

« C’est la première fois de l’histoire récente du Parti conservateur du Québec qu’on est à plus de 15 %, s’est réjoui M. Duhaime. C’est également la première fois qu’on est ex æquo en deuxième place. »

Il a rappelé qu’il restait encore 13 jours de campagne électorale. Lors de chaque rassemblement, il insiste sur l’importance pour ses partisans d’aller voter. Son parti attire, entre autres, des gens qui n’avaient pas voté depuis des décennies et qui se sont intéressés à la politique à cause de leur opposition aux mesures sanitaires.

« Notre défi, c’est vraiment de sortir le vote. C’est comme ça qu’on va gagner, avec une sortie de vote réussie. »

— Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec

Le chef conservateur a dévoilé son plan pour la justice à Saint-Georges. Il a laissé son candidat dans Beauce-Sud, sur qui il fonde de grands espoirs, en faire la présentation. Jonathan Poulin, un jeune avocat de 30 ans, veut déloger le candidat caquiste Samuel Poulin, qui représente cette circonscription depuis 2018. Les deux seraient au coude-à-coude, selon le site de projections électorales Qc125.

« Avec trois Poulin, il faut choisir le bon Poulin », a blagué M. Duhaime. Il s’était trompé de nom lors d’une entrevue matinale à une station de radio locale pour le candidat caquiste avant de rapidement rectifier le tir. Il faut dire que Beauce-Sud compte trois candidats du nom de Poulin. Les libéraux y présentent aussi Antoine Poulin, qui était directeur du bureau de circonscription de la cheffe Dominique Anglade à Montréal.

Le plus petit rassemblement de la campagne

La caravane d’Éric Duhaime s’est ensuite rendue à Baie-Saint-Paul pour rencontrer quelques dizaines de militants à l’hôtel Le Germain en début de soirée. Il s’agit du plus petit rassemblement observé à ce jour depuis le début de la campagne électorale. Le chef conservateur attire généralement des centaines de personnes partout où il passe.

« Trois élections, trois partis différents. Pourquoi pas quatre élections, quatre partis différents ? », leur a-t-il suggéré. Depuis 2014, les électeurs de Charlevoix–Côte-de-Beaupré ont élu la cheffe péquiste Pauline Marois, la libérale Caroline Simard, puis la caquiste Émilie Foster.

Outré par l’alerte envoyée le 31 décembre dernier pour annoncer l’entrée en vigueur du couvre-feu, Donald Belley, présent dans la foule, votera conservateur cette fois-ci. « Je voudrais que François Legault soit minoritaire pour qu’il se fasse chauffer les fesses », a-t-il confié, déçu par l’arrogance du gouvernement caquiste. Les projections donnent le PCQ deuxième dans cette circonscription.

Le PQ veut un grand chantier contre l’analphabétisme

Tadoussac — Le Parti québécois (PQ) veut lancer un grand chantier pour lutter contre l’analphabétisme au Québec, et propose de verser une compensation financière aux personnes qui souhaitent apprendre à lire et à écrire.

« C’est une mesure d’amour pour la langue française, mais chaque fois qu’un gouvernement investit dans l’éducation, dans tous les groupes d’âge, l’intégration au marché du travail, la capacité à bien gagner sa vie s’en trouve augmentée chez les gens qui auront suivi ce parcours », a affirmé le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, lors d’un point de presse à Tadoussac.

Le PQ veut réduire de moitié le taux d’analphabétisme au Québec d’ici 2030, de 19 % à 10 %, soit plus de 800 000 personnes. Il propose d’offrir « une compensation financière aux personnes qui s’engagent dans un processus d’alphabétisation, afin qu’elles ne soient pas pénalisées par leur décision ». Il veut mettre sur la table, d’ici quatre ans, la somme de 100 millions pour « rapprocher les ressources des citoyens qui en ont besoin, entre autres dans les écoles primaires et secondaires, et dans les centres de formation des adultes ».

Le parti indépendantiste veut également augmenter de 460 millions par année les budgets des organismes qui œuvrent en alphabétisation des adultes, et propose d’accroître les ressources professionnelles dans les écoles primaires et secondaires, ainsi que dans les centres de formation pour adultes.

Correction plus sévère à l’école

« Nous accorderons une importance accrue à la qualité de la langue dans tous les travaux scolaires, en réservant une part obligatoire de la note finale à l’orthographe et à la qualité de la langue écrite. Nous créerons un nouveau crédit d’impôt pour des cours de perfectionnement de l’usage de la langue française, tant à l’écrit qu’en lecture ou pour améliorer les aptitudes de communication », affirme-t-on.

M. St-Pierre Plamondon souhaite que les gens se sentent « confortables de retourner sur les bancs d’école pour en finir avec l’analphabétisme » et estime qu’avec sa proposition, ce sera « financièrement beaucoup plus intéressant de le faire ».

Le PQ rappelle que 19 % des Québécois de 16 à 65 ans sont analphabètes et que 34,3 % éprouvent de grandes difficultés de lecture. « En outre, la pandémie a fait chuter de 70 % en un an le nombre d’inscriptions en alphabétisation, ce qui conduit malheureusement à une baisse du financement des ressources en ce domaine », déplore-t-on.

Anglade appelle à « bloquer » Legault

Ses adversaires rejettent pour l’instant l’idée du vote stratégique

À deux semaines du scrutin, la leader libérale Dominique Anglade en appelle au vote stratégique pour « bloquer » le chef caquiste. Ses adversaires politiques rejettent de leur côté tout appel du genre à ce stade-ci.

Dominique Anglade a fait une chose étonnante mardi : elle a commenté le dernier sondage Léger, qui place François Legault loin devant avec 38 % des intentions de vote. « Je vais faire quelque chose que les politiciens ne font jamais : je vais commenter les sondages », a-t-elle lancé d’emblée lors d’une entrevue sur les ondes de WKND 99,5 FM.

« Ce qui me marque, c’est que tu as 62 % des Québécois qui ne veulent pas François Legault comme premier ministre ; 62 %, c’est énorme. La raison pour laquelle c’est comme ça, c’est parce qu’on est tous divisés. Ce que j’aimerais voir, c’est qu’on soit capables de se rassembler et de bloquer François Legault », a poursuivi la cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ).

La Coalition avenir Québec (CAQ) obtient en effet 38 % dans les intentions de vote, selon le sondage Léger publié mardi dans les médias de Québecor. Le PLQ, Québec solidaire et le Parti conservateur du Québec sont pour la première fois tous à égalité à 16 %. Le Parti québécois ferme la marche avec 13 % des intentions de vote. L’exercice a été mené du 16 au 18 septembre, après le Face-à-Face de TVA.

Dominique Anglade affirme que « grosso modo », l’aiguille des intentions de vote « ne bouge pas » tellement ni pour elle ni pour ses adversaires des partis de l’opposition. La cheffe libérale en appelle au vote stratégique à deux semaines du scrutin. « Est-ce qu’on a besoin de se rassembler autour du Parti libéral ? », a demandé l’animatrice Mélanie Maynard. « Ben, pourquoi pas ? », a répondu la cheffe libérale.

« Ça n’a pas de bon sens de voir ça. [La CAQ] va se retrouver avec un nombre de sièges énorme », a-t-elle ajouté. En mêlée de presse, Mme Anglade a même ouvert la porte à réformer le mode de scrutin si elle prend le pouvoir le 3 octobre. « Je pense que ce sont des choses à considérer dans le contexte actuel parce qu’on voit les distorsions qui sont réelles », a-t-elle dit.

La cote de St-Pierre Plamondon en hausse

Le chef péquiste voit de son côté sa cote de popularité augmenter. À la question « Quel chef actuel de l’opposition préférez-vous ? », 21 % ont choisi Paul St-Pierre Plamondon, un bond de 9 points de pourcentage depuis le début de la campagne électorale. Il a profité du débat pour voir son parti se rapprocher du peloton des partis de l’opposition, ce qui est tout de même en deçà de son résultat aux élections générales de 2018 (17 %, 10 députés).

M. St-Pierre Plamondon rejette complètement la notion de vote stratégique. « Je ne suis pas dans ce registre. […] On mène la campagne qu’on voulait mener, authentique, sur les sujets qui sont essentiels pour l’avenir. On parle du français ce matin, l’environnement, les changements climatiques, la dignité des aînés, le droit des Québécois de décider par eux-mêmes. On ne changera pas d’un pouce notre campagne », a-t-il dit.

Le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a pour sa part affirmé mardi que son adversaire libérale « va vite en affaires ».

« Il reste un débat encore jeudi, il reste deux semaines de campagne, bien des choses sont encore possibles. Nous, on va continuer à faire campagne et parler de notre projet de société », a-t-il dit mardi lors d’un point de presse dans Viau, une circonscription montréalaise actuellement détenue par le Parti libéral.

M. Nadeau-Dubois a ajouté : « Les appels au vote stratégique, on regardera ça la veille de l’élection. Là, c’est le temps de parler de notre projet pour les Québécois. »

Rapprochement impossible entre le PQ et QS

À ses yeux, un rapprochement stratégique entre le Parti québécois et Québec solidaire est également impossible. La question lui a d’ailleurs été posée lundi, lors d’une assemblée publique, alors qu’un militant s’inquiétait de voir les deux partis indépendantistes se séparer des votes.

« Moi, j’invite les gens à voter pour Québec solidaire dans les 125 circonscriptions. Ça tombe bien, on a 125 candidats, nous autres », a-t-il dit, rappelant ainsi que les libéraux n’ont pas de candidat dans la circonscription de Matane-Matapédia.

Le chef conservateur, Éric Duhaime, estime aussi qu’il est trop tôt. « Je ne pense pas qu’on en est rendus là. Il reste 13 jours de campagne. On va voir comment ça va évoluer », a-t-il dit.

De son côté, François Legault « aime bien [la] position » dans laquelle il se trouve dans les sondages. « Je ne l’échangerais pas avec personne d’autre. Maintenant, on ne prend rien pour acquis. On continue de travailler fort. Et c’est la première fois que je me retrouve dans une situation où j’ai quatre chefs de parti qui s’attaquent à moi en même temps. Donc, quand même ! », a affirmé le chef caquiste lors d’une conférence de presse à Orford.

— Avec Tommy Chouinard, Mylène Crête, Hugo Pilon-Larose et Charles Lecavalier, La Presse

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