Le « transport à la demande » gagne en popularité

Offrir un service personnalisé peut-il convaincre les gens de renouer avec le transport collectif ? C’est le pari que tente de remporter exo dans le Grand Montréal. Des projets pilotes de « transport à la demande » menés à Belœil et à Terrebonne ont permis au transporteur de faire bondir le nombre de déplacements en autobus.

Avec ce nouveau service, qui est en phase de tests depuis 2021, le client peut réserver son déplacement à l’aide d’une application mobile ou du service à la clientèle d’exo. L’usager précise alors son lieu de destination et son heure de départ, puis il est informé – toujours par l’application – de l’approche de l’autobus. Il paie son passage une fois à bord.

« L’algorithme nous permet de créer le meilleur trajet pour le chauffeur. Ça donne des fréquences plus directes pour tout le monde, et des temps de parcours réduits. Ça nous permet aussi de couvrir un plus grand territoire », explique à La Presse la directrice exécutive à l’expérience client d’exo, Marie Hélène Cloutier.

À Belœil, où le projet est en place depuis l’été 2021, le service génère environ 3000 déplacements par mois, en moyenne. « Sur une localité d’environ 25 000 habitants, c’est un gain très important. On a plus de 250 arrêts virtuels jusqu’à maintenant », précise Mme Cloutier. En deux ans, l’offre a augmenté de plus de 120 %. Environ huit lignes locales qui avaient un passage toutes les deux heures en moyenne, sans fréquence le soir ou le dimanche, ont été « modifiées » pour mettre en branle ce système à Belœil.

D’ailleurs, environ 40 % des gens qui utilisent le « transport à la demande » de Belœil « n’étaient pas des clients du bus », et 53 % des trajets étaient auparavant faits en voiture, affirme la directrice.

« Ça nous prouve très clairement que ça répond à des nouveaux besoins, et que c’est une solution à l’auto solo. »

– Marie Hélène Cloutier, directrice exécutive à l’expérience client d’exo

« Avec la pandémie, le transport n’est plus orienté vers le domicile-travail comme avant », illustre-t-elle.

À Terrebonne, des taxis en plus

Si, à Belœil, les bus ont dérogé de leur horaire habituel pour ce nouveau service, la réalité est différente à Terrebonne, où le « transport à la demande » est testé depuis l’été dernier seulement. Dans cette municipalité, jusqu’à quatre voitures d’exo sont déployées à travers le territoire, pour aller chercher les usagers directement et les emmener aux arrêts d’autobus. On y dessert environ 800 usagers mensuellement.

« C’est un autre modèle qu’on teste sur un an, et qui fait aussi l’objet d’une subvention directe du Fonds municipal vert. Ça suscite l’intérêt de beaucoup de localités moins bien desservies avec lesquelles on travaille », confie Mme Cloutier à ce sujet.

À Terrebonne, plus d’un millier de personnes sont devenus clients d’exo grâce au projet, qui engendre néanmoins des dépenses supplémentaires pour exo, en dépit des subventions. L’initiative pourrait croître assez rapidement si tout se passe bien.

« En Europe, où le transport à la demande est déjà bien installé, on voit beaucoup de minifourgonnettes ou de minibus. C’est une flexibilité à tester avec le temps. »

– Marie Hélène Cloutier

Exo prévoit d’ailleurs prochainement présenter un « plan à long terme » du développement du transport à la demande au gouvernement Legault. Des discussions pourraient notamment être entamées afin de « pérenniser » le service à Belœil et à Terrebonne, mais aussi dans d’autres municipalités voisines.

Une solution à la crise du financement ?

Ce n’est plus un secret pour personne : les sociétés de transport peinent financièrement à se relever de la pandémie. Dans le Grand Montréal, l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) fait face à un trou budgétaire béant de 500 millions. Et d’ici 2027, ce chiffre pourrait atteindre 900 millions à l’échelle de la province, selon l’Association du transport urbain du Québec (ATUQ).

Devant les « défis de financement », le transport à la demande « est une méthode à sérieusement envisager, puisqu’elle permet de desservir plus agilement et localement certaines communautés que des lignes fixes ».

« Il faut regarder comment, dans chaque cas, déployer une vision de croissance, mais c’est sûr que ça doit en faire partie. C’est pour nous une voie d’avenir », poursuit Mme Cloutier.

Officiellement, exo est la première société de transport à transformer une offre locale en transport à la demande. Mais elle n’est pas la première à tester cette pratique. En 2021, la Société de transport de Montréal a mis à l’essai le service à la demande (SALD) MUVE, un projet pilote testant « une nouvelle application mobile permettant de réserver plus rapidement un taxi collectif dans les secteurs de Senneville et de Sainte-Anne-de-Bellevue ».

Résultat : le projet a « contribué à l’amélioration du service », avait statué la société, plus de 85 % des usagers ayant apprécié le service. Signe que le service fonctionne sur une base récurrente, environ 51 % de tous les voyages en taxi collectif avaient alors été réservés « à moins de 40 minutes de l’heure de passage ».

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.