La mairesse a des questions

Valérie Plante a une corde de plus à son arc. Elle est maintenant intervieweuse. Les rencontres qu’elle réalise avec des personnalités montréalaises sont présentées dans un concept qui s’appelle Les chaises pliantes (on ne sait pas trop pourquoi d’ailleurs, car la plupart des entrevues ont lieu à intérieur).

Pour le moment, trois invités ont défilé devant la mairesse de Montréal : le bédéiste Michel Rabagliati, l’auteure-compositrice-interprète Ariane Moffatt et le commentateur sportif Kevin Raphael, dont l’entrevue s’est déroulée à l’aréna David-Savard, de Verdun, qui a fait l’objet d’un projet de rénovation lancé en 2015 et dont on peut enfin admirer le résultat.

L’idée des Chaises pliantes est de parler un peu de l’invité, mais aussi, et surtout, de Montréal. Ces rencontres constituent pour les invités une occasion de dire ce qu’ils apprécient de cette ville dans laquelle ils vivent.

Et c’est aussi un moyen pour Valérie Plante de mettre de l’avant sa vision de Montréal, « une métropole à échelle humaine », de même que ses valeurs personnelles : la protection de l’environnement, l’équité sociale et la protection du français.

On sent bien que les personnes choisies sont très aimées par la mairesse. Et elle ne se gêne pas pour leur faire part de son enthousiasme. À Ariane Moffatt, la mairesse a dit qu’elle admirait son cran, faisant ainsi référence à la façon dont l’artiste a de parler si librement de son homosexualité.

Vous vous souvenez de l’émission J’ai une question, Monsieur le Maire, diffusée sur LCN en 2014 ? Interviewé par Paul Larocque, Denis Coderre répondait aux interrogations des citoyens. Le concept des Chaises pliantes n’a rien à voir avec cela. C’est plutôt le contraire qui se passe. Valérie Plante veut savoir pourquoi ses invités aiment Montréal.

Il faut être naïf pour ne pas voir dans ce concept (financé par Projet Montréal et non par la Ville) un élément s’inscrivant dans une stratégie électorale tranquillement mise en place par Valérie Plante. Avec ces rencontres, on est dans le consensuel, dans l’harmonie, dans la concordance. Il n’y a aucune controverse à l’horizon.

Je ne crois pas que Valérie Plante a mis dans sa liste d’invités des voix critiques comme Hans Brouillette, directeur des affaires publiques de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), qui accuse la mairesse d’inventer une crise du logement pour se faire réélire, ou David McMillan, propriétaire du restaurant Joe Beef qui, après avoir appuyé Projet Montréal, fustige l’administration Plante.

Cela dit, ça serait intéressant d’assister à des débats musclés et constructifs sur les enjeux de Montréal. On verra bien si cela est prévu au programme.

En s’associant aux invités reçus jusqu’à maintenant, Valérie Plante se rapproche de leurs admirateurs. Il est clair que ceux-ci constituent une grande part de l’électorat qu’elle souhaite voir venir voter pour elle le 7 novembre prochain.

Le but souhaité avec ces vidéos est de projeter l’image d’une mairesse cool (on se tutoie gaiement et on ne se gêne pas pour mettre ses pieds sur le dossier des fauteuils de l’aréna) qui est à l’écoute de ses citoyens. Le ton est sympathique et joyeux. Le but est atteint.

Autant les ficelles de cette tactique sont très apparentes, autant je dois reconnaître qu’il s’agit d’une stratégie fort habile. Et d’une utilisation plutôt efficace des réseaux sociaux.

Depuis quelques semaines, Denis Coderre, principal adversaire de Valérie Plante, multiplie les annonces. Tous les deux jours, il y va d’une présentation de candidat dans l’un des 19 arrondissements de Montréal.

Pendant ce temps, Valérie Plante apporte quelques ajustements à ses équipes et enfile ses espadrilles pour aller à la rencontre des citoyens et faire des entrevues avec des personnalités locales.

Il est clair que la mairesse n’a pas envie de mener une campagne traditionnelle alors que Denis Coderre, qui a axé ses campagnes de 2013 et de 2017 autour d’une forte exploitation des médias sociaux, a adopté cette fois-ci une approche plus classique.

Nous sommes en face de deux candidats très différents qui empruntent des chemins à leur image. Et à l’image de leurs électeurs qu’ils veulent séduire.

Dans ce contexte, il sera intéressant de suivre la discussion « non partisane » entre les quatre principaux candidats (Marc-Antoine Desjardins, de Ralliement pour Montréal, et Balarama Holness, chef de Mouvement Montréal, seront également présents) qui aura lieu le 11 août prochain au Musée des beaux-arts.

Organisée par l’Institut du Nouveau Monde, cette activité donnera la priorité aux jeunes de moins de 35 ans, car le but est d’intéresser la jeune génération à la campagne actuelle. C’est ce groupe, le moins présent aux urnes, qui fera probablement toute la différence aux prochaines élections.

Espérons que les candidats trouveront les mots justes ce soir-là pour s’adresser aux 18-34 ans. Car s’il y a une chose que les jeunes savent différencier, c’est bien les politiciens qui « parlent aux jeunes » de ceux qui « veulent faire jeune ».

Cette deuxième tranche est vite identifiée. Et elle ne passe pas.

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