Dans l’atelier de… Dominique Blain

Du Québec… au Château de Chambord

Artiste sensible et dévouée aux droits de la personne depuis près de 40 ans, Dominique Blain crée encore avec détermination, dans son atelier de la rue Sainte-Famille. La Presse y a découvert les maquettes de ses scénographies et, en primeur, les détails de l’exposition prestigieuse qu’elle inaugure ce dimanche au Château de Chambord, en France.

Dans l’atelier de… Dominique Blain

Le cadeau de Chambord

Elle est rayonnante, Dominique Blain, à 64 ans. Ayant connu la notoriété très tôt, dès la vingtaine, elle continue de rayonner à l’étranger, comme bien peu d’artistes québécois en ont l’occasion. Son langage universel y est pour quelque chose. Après le succès de Déplacements, son exposition sur le thème de la protection des œuvres d’art durant la Seconde Guerre mondiale, présentée au Centre culturel canadien à Paris, en 2019, on lui a offert d’en monter une adaptation au Château de Chambord, qui avait accueilli des œuvres du Louvre durant l’occupation nazie.

Dans son atelier, des images d’archives du déménagement des peintures, qu’elle va montrer à Chambord jusqu’au 13 mars, sont accrochées au mur. Des images qui proviennent notamment d’un magazine français de 1939. « C’était comme ouvrir une boîte de trésors, dit-elle. On y voit Les noces de Cana, peinte par Véronèse en 1563, ou encore l’immense Radeau de la Méduse, de Géricault, transféré au Château de Versailles en 1939 et si grand qu’il avait touché les fils du tramway ! »

L’artiste présente aussi – dans une zone plutôt froide du château – son œuvre Dérives, qui évoque les migrants luttant pour leur survie dans la Méditerranée. Pourquoi ? « Car je me demande pourquoi on met tant d’énergie à sauver des œuvres d’art et si peu pour sauver des êtres humains ? »

L’exposition à Chambord sur la protection du patrimoine tombe à merveille. Le château, bâti dès 1520, a eu droit à une cure de jouvence ces dernières années. « J’aimerais bien que Déplacements se retrouve aussi en Espagne et en Italie », dit Dominique Blain, jointe à ce château où, ajoute-t-elle, « les œuvres dialoguent non seulement avec l’architecture, mais aussi avec l’histoire. Monuments II se retrouve littéralement dans un monument ! ».

Dans l’atelier de… Dominique Blain

L’atelier

Dominique Blain conçoit ses œuvres dans l’appartement qu’elle louait quand elle avait 19 ans. « C’est devenu mon atelier, dit-elle. Parfois, j’y dors ! Quand j’étais jeune, c’était un taudis ! » L’atelier est comme un appartement d’intellectuelle, submergé de documents, de livres, de magazines, de quotidiens en papier, d’œuvres, d’affiches et de maquettes. Ce n’est pas du désordre. On y sent l’effervescence des réflexions, des quêtes de sens.

L’artiste montre des photos d’archives de femmes et d’enfants publiées dans The Globe & Mail, Le Monde, Le Devoir ou La Presse sur des conflits d’un peu partout sur la planète. Des photos frappantes qu’elle conserve et utilise pour qu’on ne les oublie pas. « Les images, de plus en plus virtuelles, de plus en plus abondantes, disparaissent très vite dans un nuage, dit-elle. J’essaie de leur redonner vie. Car, malheureusement, toutes les œuvres que j’ai produites sont encore d’actualité. Que ce soit sur les mines antipersonnel, le colonialisme ou l’esclavage qui est encore très répandu. »

Dans l’atelier de… Dominique Blain

Scénographe

Dominique Blain a commencé à faire de la scénographie en 2016 avec l’opéra The Trials of Patricia Isasa, créé par la compagnie Chants Libres. « Une création sur une Argentine emprisonnée, torturée et violée à 16 ans, en 1976, par la junte militaire, dit-elle. Pauline Vaillancourt avait fait appel à moi. Une des expériences les plus enrichissantes de ma carrière. Patricia Isasa était venue voir l’opéra à Montréal. J’en ai encore des frissons. »

Ce travail d’équipe, son intérêt pour les sujets marquants et la création dans de larges espaces l’ont encouragée à accepter un autre défi avec Pauline Vaillancourt, soit la scénographie de la version lyrique du roman L’orangeraie, de Larry Tremblay, sur l’enfance et la guerre. Dominique Blain l’a conçue pour la mise en scène présentée le mois dernier au Monument-National et au début de novembre au Diamant, à Québec. « Une très belle chimie entre Pauline, Larry et le compositeur et plasticien Zad Moultaka que j’avais connu en 2017 à la Biennale de Venise, où il représentait le Liban avec une œuvre très forte », dit-elle.

Dans l’atelier de… Dominique Blain

Projets

Dominique Blain diffusera en janvier son œuvre vidéographique Dérives, sur huit écrans, au Ryerson Image Center, à Toronto, puis, à la galerie Bentley, qui la représente à Phoenix, en Arizona, où elle exposera de nouvelles œuvres qu’elle est en train d’élaborer. Des œuvres toujours liées à son intérêt pour les questions de colonialisme et de droits de la personne. Des œuvres critiques et dérangeantes qui trouvent un public à l’étranger. « Ce n’est pas facile de vivre avec mes œuvres, dit-elle. Mais j’ai déjà vendu une œuvre à une société pétrolière ! J’avais trouvé ça assez amusant ! »

Dominique Blain est ravie de l’intérêt que son regard artistique suscite à l’étranger. Son installation Monuments II, du corpus Déplacements, fait désormais partie de la collection du Musée d’art moderne et d’art contemporain de Nice (MAMAC). « Grâce à Isabelle Hudon, l’ex-ambassadrice du Canada en France, qui en a pris l’initiative, dit l’artiste. L’œuvre pourra ainsi voyager, notamment je l’espère, en Italie. Et j’ai appris que Déplacements sera évoquée dans le troisième tome de l’ouvrage Le Musée, une histoire mondiale, par le grand historien Krzysztof Pomian, publié chez Gallimard. J’ai l’impression d’avoir gagné un Oscar ! »

Dans l’atelier de… Dominique Blain

Galerie photo

Voici quelques-unes des autres œuvres de l’artiste

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.