« Les policiers étaient toujours sur mon cas » 

La grogne contre le racisme prend de l’ampleur à Repentigny

Des personnes issues des communautés noires marcheront à Repentigny samedi pour dénoncer le racisme et la discrimination qu’ils disent subir de la part des citoyens et des autorités. Face à cette grogne qui prend de l’ampleur depuis deux ans, le service de police a demandé à des chercheurs indépendants d’analyser les interpellations dans sa ville.

Stanley Jossirain dénonce le profilage racial et la discrimination qu’il dit subir à Repentigny. L’homme de 23 ans a notamment déposé une série de plaintes devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse en 2019 contre le service de police de cette ville. Deux de ses plaintes sont toujours en cours.

« Plus jeune, j’ai fait une tentative de suicide tellement c’était difficile. J’ai dû quitter l’école, j’étais en dépression, je ne mangeais pas, je ne dormais plus. Tout ça à cause des policiers qui étaient toujours sur mon cas », confie Stanley Jossirain, qui a choisi d’étudier en techniques policières pour « faire partie du changement ».

Sa mère, Monique Jorel, raconte en larmes les multiples évènements de discrimination et de racisme dont ses sept enfants et elle disent avoir été victimes à Repentigny. Deux de ses enfants ont été battus à l’école à cause de la couleur de leur peau. « Ma fille a dû se faire opérer à la jambe à l’hôpital Le Gardeur. Encore aujourd’hui, elle ne peut pas la plier. »

N’en pouvant plus de voir sa progéniture malheureuse à cause de ce qu’elle voit comme du racisme, Mme Jorel a choisi de déménager en Ontario pour lui offrir une vie plus paisible.

« [Mes enfants] ont beaucoup moins de problèmes, mais encore aujourd’hui, ils sont traumatisés par le racisme qu’ils ont vécu à Repentigny. »

— Monique Jorel

De passage à Repentigny, Mme Jorel participera à la marche contre le racisme samedi à 11 h au parc de l’Île-Lebel. « Moi, je vais ensuite retourner en Ontario, mais d’autres personnes continuent de vivre ça à Repentigny. C’est pour eux que je manifesterai. »

La situation est inquiétante, selon Pierre Richard Thomas, de l’organisme Lakay Média, qui a pour objectif de promouvoir le multiculturalisme. D’après lui, il y a de plus en plus de discrimination et de profilage racial à Repentigny. « Depuis quelques années, il y a tellement de cas ! De jour en jour, ça augmente. »

Il nuance tout de même ses propos en ajoutant que ce ne sont pas tous les citoyens de Repentigny qui tiennent des propos racistes. « Dans nos activités, il y a des fois où il y a plus de personnes blanches que de personnes noires. C’est pour vous dire que la population n’est pas toute raciste », met en perspective M. Thomas, qui participera aussi à la manifestation ce samedi.

Tout comme lui, Luigi Labarrière précise que cet évènement « n’est pas fait dans le but de taper sur les doigts d’un groupe de personnes ». « On veut le vivre-ensemble, à Repentigny comme ailleurs », dit le Montréalais, qui affirme avoir déjà vécu du profilage racial par des policiers de Repentigny.

« Ça fait longtemps que j’entends des histoires de racisme, de discrimination et de profilage à Repentigny. Encore hier, un ami de Repentigny me disait qu’il ne laissait pas son fils sortir seul, même pour aller au dépanneur, parce qu’il a peur qu’il se fasse interpeller », dit le conférencier et artiste.

Analyse des interpellations policières

La Ville de Repentigny a décliné notre demande d’entrevue. Mais par courriel, Sonia Lacoste, du service des communications, a indiqué que « la population immigrante à Repentigny [avait] connu une croissance de 142 % entre 2006 et 2016 ».

« La ville compte aujourd’hui 9 % de population immigrante de première génération et ce chiffre grimpe à 18 % si l’on additionne les citoyens issus de l’immigration de deuxième génération », a-t-elle ajouté, en spécifiant que ces données proviennent de Statistique Canada.

Au Service de police de la Ville de Repentigny (SPVR), on ne croit pas que « les citoyens de Repentigny sont plus racistes que dans d’autres municipalités », lance la directrice adjointe, Lison Ostiguy.

Elle concède cependant que des citoyens ont eu des « remarques discriminatoires » envers des personnes des communautés noires dans la foulée d’une autre marche contre le racisme, en juin dernier, entre autres parce qu’ils étaient « mécontents » que les manifestants eussent bloqué des artères principales. « Après cette manifestation, il y a aussi eu un geste discriminatoire et offensant envers la communauté noire. C’était un graffiti qui a été fait sur la chaussée », ajoute Mme Ostiguy.

« La discrimination systémique, le racisme, ça existe. On ne le nie pas. On travaille pour défaire les perceptions. »

— Lison Ostiguy, directrice adjointe du Service de police de la Ville de Repentigny

En ce qui concerne l’enjeu du profilage racial, la directrice adjointe du service de police mentionne « que ça ne fait pas 10 ans qu’il y a des problèmes à Repentigny ». La grogne se fait sentir depuis deux ans, précise-t-elle.

Il y a entre autres eu, dimanche dernier, une conférence de presse organisée par des représentants des communautés noires qui estimaient que la police de Repentigny avait fait preuve de discrimination en délivrant des constats d’infraction totalisant 11 500 $ à neuf jeunes Noirs pour avoir enfreint les règles sanitaires.

À ce propos, la directrice adjointe du SPVR n’est pas d’accord : « Je vous confirme qu’il n’y a pas eu de profilage racial dans ce dossier. »

Toutefois, le SPVR souhaite améliorer la situation et ses relations avec les différentes communautés. Par exemple, un policier a reçu comme mandat de tisser des liens avec elles.

Et en avril, le SPVR a engagé une équipe de chercheurs indépendants pour analyser les interpellations par les policiers. Il s’agit des mêmes chercheurs que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avait engagés et qui ont déposé, en octobre dernier, un rapport démontrant que les Noirs, les Autochtones et les Arabes étaient particulièrement victimes de « biais systémiques liés à l’appartenance raciale » par les agents de Montréal.

Les résultats de cette analyse devraient être déposés à la fin de l’année.

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