Les oubliés du déconfinement

Quand on décide de « tout fermer », sauf les services essentiels, il est relativement facile de dresser la liste de ce qui est indispensable pour assurer le fonctionnement minimal de la société.

Quand on commence à rouvrir progressivement une panoplie de lieux et d’activités, la liste devient quasiment infinie. Et des secteurs d’activités dont le retour serait pourtant à première vue salutaire risquent de passer, à court terme, entre les mailles de la vaste opération de déconfinement.

Montréal vient de rouvrir les skateparks, les aires de pétanque, l’île Notre-Dame et aussi… les parcs à chiens.

C’est une excellente nouvelle et pas seulement pour les chiens. Chassés des enclos pendant deux longs mois, leurs propriétaires n’ont eu d’autre choix que d’opter pour les rues et les parcs environnants qui débordent déjà de promeneurs. L’ouverture des parcs à chiens permettra de les désengorger et de faciliter la distanciation physique…

À la ville comme à la campagne, l’ouverture d’autres lieux pour l’instant interdits d’accès participerait pourtant de la même logique.

Prenez le Jardin botanique. En rendant accessibles les allées et les plates-bandes extérieures, on ajouterait un lieu de verdure à ceux qui attirent déjà des milliers de Montréalais tout juste « déconfinés » d’un trop long hiver.

Plusieurs d’entre eux seraient heureux de délaisser le parc Maisonneuve bondé de coureurs et de cyclistes pour ce lieu emblématique. Les employés du Jardin botanique s’affairent déjà à le réadapter pour que la réouverture se fasse dans le respect des nouvelles règles sanitaires. Mais aucune date n’est prévue pour l’instant pour ce grand retour. Dommage.

On comprend par ailleurs que les aires de jeu pour enfants posent un casse-tête particulier. Tant de rampes et de poteaux à toucher, difficulté de garder les distances dans les modules, etc. Mais pourquoi ne pas ouvrir les cours des écoles avec leurs paniers de basketball et autres modestes aménagements ?

Quoi d’autre… tiens, les cimetières. Deux des trois cimetières du mont Royal sont fermés depuis deux mois. En temps normal, ils n’attirent pourtant pas les foules. Et on ne voit pas en quoi le fait d’offrir leurs allées aux quelques promeneurs du chemin Olmsted poserait un risque sanitaire. Il ne s’agit pas de tenir des funérailles… simplement de se balader à l’ombre des arbres en toute quiétude.

L’ouverture des parcs de la SEPAQ est une bonne nouvelle pour les nouveaux « déconfinés. » Mais à quand les terrains de camping ? Oui, il faudra nettoyer davantage les douches et les toilettes, installer des stations de lavage de mains… mais le cas échéant, plus il y aura de gens sous la tente ou en canot sur un lac, moins il y en aura à flâner dans les parcs urbains…

Côté fleuve, l’annulation de la navette qui, chaque été, relie le Vieux-Port de Montréal à Longueuil est décevante. L’opérateur de cette connexion fluviale, Croisières AML, assure pourtant avoir tout fait pour assurer les règles d’hygiène collective en vigueur en temps de pandémie. En plus d’offrir un moyen de transport alternatif – qui permet à certains voyageurs d’éviter le métro –, elle ajoute une option supplémentaire à ceux qui souhaitent troquer le bitume contre un coin de verdure, à pied ou à vélo. La décision de la Ville de Montréal est difficile à comprendre.

Encore une fois, dans la délicate opération de retour à un semblant de normalité et devant la menace réelle d’une deuxième vague alors que la première n’est pas encore résorbée, il est sage de faire preuve de précaution. Mais la multiplication de lieux où l’on peut prendre de l’air en toute sécurité ne ferait qu’ajouter quelques cordes à la stratégie de la prudence.

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