Dominique Ducharme en entrevue avec La Presse

La page est tournée sur le dossier Kotkaniemi

Saint-Jean-de-Matha — « Il faut regarder en avant… »

Dominique Ducharme n’est pas du genre, comme entraîneur-chef ou comme personne, à s’éparpiller dans des sorties émotives. Ce n’est donc pas le départ de Jesperi Kotkaniemi qui allait lui tirer des larmes ni le faire exploser de joie – du moins en public.

Croisé au 41Omnium de golf André Chalut, évènement dont il est le président d’honneur, le pilote du Tricolore a accordé à La Presse une entrevue d’une quinzaine de minutes. Posé, cartésien, il a expliqué avoir « toujours aimé travailler avec KK », mais que la « réalité d’aujourd’hui » justifiait la décision qu’a prise l’organisation de ne pas retenir ses services. La réalité dictée par la gestion du plafond salarial, s’entend.

Le Finlandais a accepté une offre hostile de 6,1 millions de dollars pour un an tendue par les Hurricanes de la Caroline. Après réflexion, le directeur général Marc Bergevin a décidé de ne pas égaler l’offre et de laisser partir le joueur de centre de 21 ans. Il a prestement utilisé l’un des choix au repêchage compensatoires pour obtenir Christian Dvorak, des Coyotes de l’Arizona.

À l’évidence, l’arrivée immédiate de Dvorak rassure Ducharme, qui s’est retrouvé dans la possibilité de devoir composer avec deux départs non comblés au centre – Phillip Danault a signé un contrat avec les Kings de Los Angeles pendant l’été.

C’est ce qui lui fait dire qu’il faut « regarder en avant », ce qui ne lui permet tout de même pas de prédire l’avenir, surtout pas celui de Kotkaniemi.

Embauché en 2018 comme adjoint à Claude Julien, Ducharme a pu suivre chacune des étapes de la progression du jeune homme repêché la même année.

Du chemin, « il en a parcouru depuis qu’il est arrivé », constate l’entraîneur. Il compte aujourd’hui trois années d’expérience dans la LNH. Un tel bagage, « si tu t’en sers de la bonne façon, ça peut être payant », poursuit Ducharme. « C’est là qu’on était rendus avec lui. Il lui reste encore de la marge pour progresser. Mais jusqu’à quel point ? C’est encore à voir. C’est dans ses mains à lui. »

Cheminement

Les partisans du Canadien qui ont suivi ses points de presse à la télévision l’ont constaté au cours de la dernière année : Ducharme aime peser ses mots, répondre aux questions patiemment, sans se précipiter.

Interrogé pour savoir si Kotkaniemi était bon élève, il tourne un peu autour du pot.

Comme Bergevin lundi dernier, l’entraîneur parle du « coffre à outils » que l’équipe met à la disposition de tous les jeunes joueurs de l’organisation, mais aussi de celui que chaque hockeyeur apporte avec lui lorsqu’il est repêché.

Dans les deux cas, le succès d’un athlète dépendra de l’utilisation qu’il en fera. Et de la constance qu’il affichera dans le processus.

« Les moments où [Kotkaniemi] a connu beaucoup de succès, ce sont ceux où il utilisait le mieux son coffre à outils », résume Ducharme. Et l’inverse est aussi vrai. « Ça fait partie du cheminement pour un jeune joueur. »

Or, en surplus à ce « cheminement », entre en ligne de compte le « côté mental de la game », rappelle le Québécois.

« N’importe quel joueur, qu’il arrive du junior, de la Ligue américaine ou de l’Europe, doit trouver comment utiliser ses outils pour avoir du succès et bâtir une constance dans la meilleure ligue du monde. »

— Dominique Ducharme

Et de poursuivre : « Comprendre qui tu es comme joueur, […] ça fait autant partie de ta progression que la lecture des jeux, la force physique, la façon de se comporter avec la rondelle, la prise de décisions. »

« On continuait d’avancer » avec Kotkaniemi, assure l’entraîneur. « Il a progressé là-dedans » et, comme le reste de son équipe, au fil des (nombreuses) épreuves de la dernière saison. « Mais il a eu cette offre-là… »

Sans zone grise

Dans tous les cas, Ducharme doute fortement que ce soit le fait d’avoir été laissé de côté pour les deux derniers matchs de la finale de la Coupe Stanley qui a convaincu Kotkaniemi de faire ses valises à la première occasion.

« Je pense qu’il comprenait bien ce qu’on cherchait, avance l’entraîneur. On était en finale, on avait la chance de gagner la Coupe Stanley. On a pris une décision à un moment précis pour aider notre équipe. »

Pendant la finale même, et encore après, les choses ont été expliquées clairement, assure Ducharme. « J’aime quand c’est clair et qu’il n’y a pas de zone grise, dit-il. J’aime prendre le temps pour que les joueurs comprennent bien. »

Il a d’ailleurs utilisé cette même approche avec Tomas Tatar. Rayé de la formation après cinq matchs au premier tour contre les Maple Leafs de Toronto, le vétéran n’a plus joué des séries éliminatoires.

Le Slovaque a « accepté » la situation. « Mais est-ce qu’il était content ? Non, il veut être sur la glace ! »

Néanmoins, « les gars se sont comportés comme de bons coéquipiers qui avaient le succès de leur équipe à cœur ».

« Ça paraissait après une victoire, raconte Ducharme. Tatar était le premier à arriver, à donner des high five aux gars. KK, c’était la même chose. Je ne pense pas que ce soit la raison pour laquelle il est parti. Il est parti parce qu’il a eu une offre de 6 millions. »

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