Alexander Ovechkin

Le tir sur réception… et le reste

Tôt ou tard, les probabilités allaient rattraper Jake Allen. Alexander Ovechkin, qui marque en moyenne un but tous les huit tirs, n’avait pas encore déjoué Allen sur neuf tirs, répartis sur trois matchs.

Le 3 janvier 2019, c’est finalement arrivé. Alors membre des Blues de St. Louis, Allen a vu la rondelle tirée par Ovechkin passer tout juste au-dessus de sa jambière et sous son bloqueur.

Onze jours plus tard, prise deux. Cette fois, c’était un classique : le tir sur réception, en avantage numérique, à partir du cercle gauche des mises en jeu.

Ovechkin totalise 745 buts dans la LNH. Il lui en manque « seulement » 150 pour battre le record de Wayne Gretzky. Allen est l’un des 151 gardiens à avoir été victime du Russe. Marc-André Fleury et Henrik Lundqvist ont cédé 24 fois devant Ovechkin, selon les données de Hockey-Reference. Carey Price ? 22 fois.

Si quelqu’un avait compris de quelle manière arrêter son fameux tir sur réception, « il gagnerait probablement un prix Nobel », croit Allen. Si Saul Perlmutter veut en remporter un deuxième, il peut donc cesser d’étudier les supernovas.

En attendant que le professeur Perlmutter organise son déménagement de l’Université Berkeley vers Washington, Allen nous a soumis sa meilleure piste pour bloquer les tirs d’Ovechkin. Piste qu’il devra mettre en application ce mercredi soir, à l’occasion du duel Canadien-Capitals.

« Tu ne peux pas trop réfléchir. Tu dois juste penser à ce que tu ferais en temps normal, peu importe l’adversaire, a avancé Allen après l’entraînement de mardi. Tu ne dois pas exagérer. »

« Tu dois savoir où il est, arriver au bon endroit avant qu’il tire et tenter de prédire où la rondelle ira. Ça ne peut pas être un arrêt de réaction ; tous les gardiens diront que c’est impossible. C’est surtout une lecture de jeu. »

Comme le bon vin

Ovechkin connaît un départ sensationnel cette saison, malgré ses 36 ans, avec 15 buts et 15 mentions d’aide pour 30 points en 19 matchs. Pour avoir affronté les Capitals 27 fois en saison et 6 autres fois en séries éliminatoires, David Savard est bien placé pour parler du défi qui attend les Montréalais.

« C’est plus dans la façon qu’il décoche son tir qu’il marque autant. C’est un tir qui n’est pas toujours le fun à bloquer, et il peut placer la rondelle un peu partout. C’est dur de trouver la ligne parce qu’il trouve des façons de la passer à travers ou autour de toi », a analysé le défenseur maskoutain.

« Souvent, il y a une courbe dans ses tirs. Il fait des choses que peu de joueurs peuvent faire. »

— Jake Allen

Le Moscovite a toutefois touché la cible seulement trois fois en avantage numérique, et un seul de ces trois buts a été marqué grâce à son tir frappé sur réception. De quoi confirmer l’analyse qu’en a fait Dominique Ducharme, mardi matin.

« Il trouve aussi d’autres façons de marquer. Il est très compétitif. Il va peut-être chercher 15-20 buts de plus [par année] en allant au filet, en trouvant des rondelles libres », a fait valoir l’entraîneur-chef du Canadien.

Prenez ce filet, le mois dernier à Ottawa. Ovechkin a sorti ses feintes du dimanche pour déjouer Filip Gustavsson, mais surtout, il est parti en échappée en bloquant un tir. Pas en trichant derrière les défenseurs adverses.

« Il est tellement passionné par le hockey, il ne prend jamais de match de congé », a rappelé l’attaquant Jake Evans.

Un gros défi

Parlant d’Evans, il risque d’être conscrit pour neutraliser la dangereuse unité qu’Ovechkin forme avec son compatriote Evgeny Kuznetsov. Leur ailier droit a été tantôt Tom Wilson, tantôt Conor Sheary.

Ç’aurait été, en des temps moins chaotiques, le mandat de Phillip Danault. Mais avec son départ, et avec Christian Dvorak qui se cherche encore, Evans a de bonnes chances de faire souvent face au duo russe, même si Ducharme dit souvent ne pas chercher les confrontations à tout prix.

Il faut dire qu’en jouant avec l’ultra-responsable Artturi Lehkonen, de même que Brendan Gallagher, l’ancien ailier droit de Danault, Evans est entre bonnes mains. « Ils sont fatigants à affronter autant défensivement qu’offensivement », estime Ducharme.

Pour Evans, ce sera un premier duel contre Ovechkin. Parce qu’il a 25 ans, parce qu’il est dans l’entourage de l’équipe depuis bientôt deux ans, on a tendance à oublier qu’Evans vit encore plusieurs de ces premières.

Le numéro 71 devra s’y faire, car il a la confiance de son coach pour de telles missions. L’attaquant des Rangers qu’il a affronté le plus cette saison : Artemi Panarin. Dans le duel contre les Flames de Calgary il y a deux semaines, c’est un autre ailier d’élite, Johnny Gaudreau, qu’il a vu le plus souvent à forces égales, selon Natural Stat Trick.

Jeudi dernier, lors de la visite des Penguins de Pittsburgh, Ducharme avait prévenu le matin même qu’Evans, plus que les autres centres, croiserait davantage Crosby. Ducharme a tenu parole ; Evans a pris 10 de ses 15 mises en jeu contre Crosby. Après un mauvais départ, il s’est ressaisi et le Canadien a contrôlé 75 % des tentatives de tir quand Evans et Crosby s’affrontaient.

« C’était correct. Sur une de nos premières présences, j’ai tenté un dégagement, ça a touché Gallagher, la rondelle est revenue et ils ont marqué. C’était frustrant. Mais j’adore ces missions-là. En général, on a fait du bon travail, mais il faut être conscient que ces gars-là sont très talentueux et ils sont prêts à profiter des erreurs. Tu dois donc jouer intelligemment, et je pense qu’on le fait. »

Evans ne gagnera pas de prix Nobel s’il remplit son rôle, mais il aura au moins une étoile à son cahier.

Jake Allen

En paix avec le protocole

C’était assez évident par sa simple présence devant les caméras, et Dominique Ducharme l’a ensuite confirmé : Jake Allen effectuera son retour au jeu ce mercredi, à Washington, contre les Capitals.

Allen a subi une commotion cérébrale, le 13 novembre, quand il a été victime d’une violente collision avec l’attaquant des Red Wings de Detroit Dylan Larkin.

« Le jeu est tellement rapide, ce l’est trop pour s’arrêter et se tasser. Je ne pense pas que c’était intentionnel, il voulait foncer au filet et si j’avais été dans ses souliers, j’aurais fait la même chose », a assuré Allen.

Le cas du Néo-Brunswickois a toutefois démontré l’utilité du protocole des commotions cérébrales de la LNH, car il assure qu’il se sentait bien sur le coup, malgré la force de l’impact.

« Je savais que si je restais étendu, on me retirerait du match. Mais les observateurs indépendants [de la LNH] ont fait leur travail et m’ont retiré du match. Avec le recul, c’était la chose à faire. En faisant les tests, il y avait des trucs qui n’allaient pas. »

En fait, Allen a du vécu en la matière. Il a en effet raconté qu’il croyait avoir été « le premier gardien à se faire retirer d’un match en raison du protocole des commotions cérébrales », à l’époque où il jouait pour les Blues de St. Louis.

Il nous a été impossible de corroborer l’information. Selon les sites de référence en matière de blessures, c’était la première commotion diagnostiquée pour Allen dans la LNH. Même en épluchant les rapports de matchs où il n’a pas joué les 60 minutes, il semble que c’était toujours lié à des performances, à une blessure à son adjoint.

Quoi qu’il en soit, ce n’est qu’un détail, et Allen a tenu des propos intéressants sur sa perception de ce protocole. L’initiative fait parfois grogner les joueurs, qui n’aiment évidemment pas quitter un match de force. Mais c’est le travail des évaluateurs indépendants de la LNH de s’en assurer.

« C’est là depuis longtemps, les joueurs comprennent que ça fait partie du jeu et ils le font pour notre sécurité, notre santé. Ça peut être frustrant de devoir s’absenter en plein milieu d’un match. Mais avec le recul, je suis reconnaissant, car j’aurais peut-être juste essayé de jouer en dépit de ça. Ils le font pour les bonnes raisons, la santé passe devant le hockey », a dit Allen.

Le gardien a même précisé qu’il avait dû retirer une bonne partie de son équipement pour effectuer le test, « car il y a des exercices d’équilibre », a-t-il expliqué. « Mais c’est pour les bonnes raisons », a-t-il répété.

Sans Kulak

Allen reviendra au jeu, et Cédric Paquette s’approche d’un retour. Ducharme a toutefois assuré que Ryan Poehling resterait au centre du quatrième trio même si le Gaspésien est prêt. « Cédric peut jouer à l’aile », a rappelé Ducharme.

Que de bonnes nouvelles pour le Tricolore à l’infirmerie, donc ? Pas si vite. Absent de l’entraînement lundi, Brett Kulak a fait une brève apparition sur la patinoire mardi, pour ensuite retraiter au vestiaire. Il ne sera finalement pas du voyage de trois matchs en quatre jours que les Montréalais effectueront à Washington, Buffalo et Pittsburgh. Kulak est blessé au bas du corps.

Son absence devrait donc permettre à Mattias Norlinder de poursuivre son audition. Le Suédois formait de nouveau un duo avec David Savard à l’entraînement. L’absence de Kulak pourrait aussi sonner le glas de l’expérience d’une formation à 11 attaquants et 7 défenseurs, que Ducharme a déployée samedi.

Kulak compte 5 mentions d’aide en 20 matchs cette saison et montre un différentiel de - 5. Il joue en moyenne 16 min 22 s par match.

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