« Ce n’est pas un intérim »

Jean-Guy Desjardins reprend les guides de Fiera

« Ce n’est pas un intérim. Je suis ici à moyen terme. » À 78 ans, Jean-Guy Desjardins reprend les guides de Fiera Capital. Et ce n’est pas parce que ça va mal chez Fiera qu’il revient à la tête de l’organisation, dit-il en entrevue.

Fiera Capital a annoncé lundi le retour de son fondateur et président exécutif du conseil au poste de chef de la direction en relève à Jean-Philippe Lemay qui aura été en poste seulement un an.

Jean-Guy Desjardins avait précédemment occupé ce poste de chef de la direction de 2010 à 2022.

« Le conseil d’administration demeure très sensible à l’environnement économique et à l’environnement des marchés qu’on est susceptibles d’expérimenter dans les 12 prochains mois et possiblement même les 24 prochains mois », dit Jean-Guy Desjardins.

L’entrepreneur financier ajoute que les administrateurs entrevoient beaucoup de turbulences sur le plan macroéconomique avec l’évolution de l’inflation, des taux d’intérêt et des marchés.

« Dans ce contexte, le conseil se sentait plus à l’aise d’avoir comme pilote quelqu’un qui a beaucoup d’expérience et qui comprend en profondeur l’environnement économique et les politiques de banques centrales, mais aussi l’ensemble des stratégies de placement et des opérations de la compagnie. »

Jean-Guy Desjardins ne cache pas que d’autres éléments ont joué dans la décision.

« Rien de négatif par rapport à Jean-Philippe [Lemay], mais une absence de leadership pour l’ensemble de l’organisation inquiétait aussi le conseil. »

– Jean-Guy Desjardins

L’actif sous gestion dépassait les 188 milliards à l’arrivée aux commandes de Jean-Philippe Lemay il y a un an. Cet actif sous gestion était évalué à 158 milliards en date du début octobre. Compte tenu de la performance du marché boursier au quatrième trimestre, il est toutefois probable que l’actif sous gestion soit aujourd’hui supérieur à ce qu’il était il y a trois mois.

Jean-Philippe Lemay semblait pourtant encore bien en selle jeudi dernier lorsqu’il a prononcé un discours devant des clients à l’occasion d’un évènement soulignant les 20 ans d’existence de Fiera.

La question d’un changement à la direction a commencé à se poser il y a quelques mois, soutient Jean-Guy Desjardins. « Et de façon plus sérieuse il y a trois semaines. La décision s’est finalisée dimanche après-midi au terme d’une réunion du conseil à laquelle je n’ai pas participé. »

Fiera avait entrepris il y a un peu plus de deux ans un processus de centralisation qui convenait de moins en moins à l’organisation, explique Jean-Guy Desjardins.

« Centraliser étouffe la créativité et l’initiative. L’objectif est maintenant de redécentraliser l’organisation de façon à s’assurer qu’on réanime la culture entrepreneuriale. Pour cela, il faut rendre les gens responsables et ça se fait en déléguant l’autorité et les responsabilités. »

C’est d’ailleurs pourquoi Fiera annonce aussi que d’autres membres de l’équipe de gestionnaires sont nommés « directeurs exécutifs » en plus de leurs titres existants, et formeront un comité exécutif de direction en compagnie de Jean-Guy Desjardins.

Le père de trois filles âgées de 15, 16 et 17 ans devrait ainsi avoir une tâche de chef de la direction plus dégagée. Cette nouvelle structure vise à donner plus de flexibilité et de rapidité d’exécution à l’organisation.

Le titre piétine

L’analyste Geoffrey Kwan, chez RBC, admet que même si le remaniement à la direction est inattendu, il n’est pas très étonnant compte tenu des défis auxquels l’entreprise fait face (sorties nettes de fonds au cours de huit des dix derniers trimestres) et de leurs effets sur le prix de l’action.

Le titre de Fiera Capital piétine depuis plusieurs années et est demeuré stable à 9,36 $ durant la première séance de la semaine à la Bourse de Toronto. Le rendement du dividende dépasse les 9 % et aucun des sept analystes suivant officiellement les activités de Fiera sur Bay Street ne propose d’acheter l’action. Au cours actuel, la valeur boursière de Fiera est légèrement inférieure à 1 milliard.

Après avoir amorcé sa carrière comme analyste financier et gestionnaire de portefeuille pour une compagnie d’assurance vie, Jean-Guy Desjardins avait cofondé TAL Gestion globale d’actifs en 1972 et en a été le principal actionnaire jusqu’à l’acquisition de la firme par la CIBC en 2001.

Jean-Guy Desjardins avait par la suite fondé Fiera Capital en 2003.

Outre le siège social de Montréal, Fiera possède notamment des bureaux à New York, à Londres et à Hong Kong.

L’actif sous gestion de Fiera avait enregistré une forte croissance avant la pandémie, notamment grâce à des acquisitions réalisées en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. Un gros coup avait été marqué en 2012 avec l’achat de Natcan, une filiale de la Banque Nationale qui avait apporté 25 milliards d’actifs d’un seul coup.

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