Changements climatiques

Le canal de Panamá cherche de l’eau

Panamá — L’Administration du canal de Panamá (ACP), dont le niveau d’eau est affecté par les changements climatiques, est à la recherche d’une solution pérenne afin d’assurer le fonctionnement de cet important axe du commerce maritime mondial.

L’ACP a lancé cette semaine un appel d’offres pour garantir l’apport « au minimum de 1,4 milliard de mètres cubes d’eau supplémentaires » dans le canal de 77 km où passe 3,5 % du commerce mondial, a déclaré lors d’une conférence de presse virtuelle le vice-président du Projet hydrique du canal de Panamá, José Reyes.

Selon l’Autorité du canal de Panamá (ACP), le déficit de précipitations a atteint 27 % en 2019, par rapport à la moyenne. En outre, la température du lac Gatún, principal affluent du canal, est en hausse de 1,5 °C sur les 10 dernières années, ce qui provoque une perte d’eau significative par évaporation. Résultat : le canal n’a disposé cette année que de 3 milliards de mètres cubes d’eau, au lieu des 5,2 milliards de mètres cubes qui sont nécessaires à son fonctionnement normal.

L’ACP a l’intention d’investir quelque 2 milliards de dollars dans ce projet d’approvisionnement en eau.

Les solutions envisagées vont du pompage d’eau souterraine à la construction de barrages en passant par la désalinisation d’eau de mer ou l’approvisionnement par des stations d’épuration.

Les autorités panaméennes ont averti que le manque d’eau est le plus grand défi auquel est confronté le canal, qui a été contraint d’adopter des mesures palliatives.

Selon le vice-président de la division Eau et environnement du canal de Panamá, Daniel Muschett, la voie navigable a parfois été contrainte à des « restrictions opérationnelles qui ont affecté le trafic et les affaires ».

Pour l’administrateur du canal, Ricaurte Vásquez, le projet est « fondamental » pour « sauvegarder l’avenir de [cette voie interocéanique] en tant qu’un des axes les plus importants du commerce mondial ».

En attendant, les autorités du canal craignent que les armateurs ne préfèrent d’autres routes maritimes évitant l’isthme centraméricain. Par exemple en passant par le canal de Suez, qui a baissé, selon l’ACP, ses droits de passage de 60 % en 2019. En outre, le réchauffement climatique, en faisant fondre les glaces polaires, pourrait ouvrir, « notamment au nord, de nouvelles routes maritimes compétitives », selon Felipe Chapman, directeur associé de la société de conseil économique Indesa.

Incertitudes liées au commerce mondial

Outre le manque d’eau, les autorités du canal craignent un certain déplacement du centre de gravité du trafic du commerce mondial qui se déplace vers l’Asie et l’Europe. « Il faut voir comment se termine le bras de fer sur le commerce entre les États-Unis et la Chine », selon l’ancien administrateur Jorge Quijano, qui avertit en outre : « Dans la mesure où la production se déplace plus vers l’ouest de l’Asie, la route par le Panamá devient moins attractive. » « L’incertitude que fait peser la vague de protectionnisme sur le commerce international est aussi une autre source d’inquiétude », renchérit Felipe Chapman.

« Nous ne pouvons pas continuer à nous accrocher au modèle traditionnel de notre activité : nous devons affronter davantage de concurrence et les routes maritimes changent. »

— Ricaurte Vásquez, administrateur actuel du canal de Panamá

Les principaux clients du canal de Panamá sont les États-Unis, la Chine et le Japon.

Lors de l’année financière 2019, le canal avait battu son record de recettes (3 354 milliards US) et de tonnage (450,7 millions de tonnes).

Inauguré en 1914, le canal de Panamá relie l’océan Atlantique à l’océan Pacifique au travers de l’isthme de Panama, et permet d’éviter de faire route par le cap Horn à la pointe australe de l’Amérique du Sud.

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