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En communion avec la nature à l’île aux Lièvres

Au large de Rivière-du-Loup, dans le Bas-Saint-Laurent, s’étend une des plus grandes îles de l’estuaire du Saint-Laurent : l’île aux Lièvres. Propriété de Société Duvetnor, ce petit bout de paradis où on peut loger, faire de la randonnée et des excursions sur l’eau est à découvrir. La Presse s’y est rendue pour apprécier cet espace naturel protégé foisonnant de vie.

Depuis 40 ans à la tête de Société Duvetnor, l’organisme sans but lucratif qu’il a créé, Jean Bédard et son équipe se sont donné deux missions : la préservation des milieux naturels de l’estuaire du Saint-Laurent – en particulier ses îles sauvages, à l’écosystème fragile – et le partage de la nature avec les gens. « On protège mieux ce qu’on connaît », résume le biologiste retraité qui se tient toujours, à 83 ans, droit comme un chêne.

Celui qui s’est dévoué notamment à l’étude des oiseaux marins, dont l’eider à duvet, a réussi à créer un modèle d’affaires ingénieux : chaque année, vers la fin du mois de mai, une équipe de cueilleurs formés par Duvetnor récolte le duvet d’eider, qui niche dans plusieurs îles de l’estuaire, un produit de luxe recherché. Avec l’argent ainsi amassé, l’organisme a pu acheter progressivement quelques îles dans les années 1980 afin d’en faire des milieux naturels protégés.

« Il n’y a pas de meilleure plateforme qu’une île en plein milieu du Saint-Laurent pour faire découvrir le fleuve. »

— Jean Bédard, fondateur de la Société Duvetnor

L’organisme possède et protège aussi pour le compte de Conservation Nature Canada quelque 1500 hectares au total, affirme M. Bédard : l’archipel Les Pélerins, ainsi que les îles du Petit et du Gros Pot de l’archipel des îles du Pot-à-l’Eau-de-Vie, situées à proximité de l’île aux Lièvres. Duvetnor détient une partie de la troisième île de l’archipel, Le Pot du Phare, où se trouve un phare qui a été rénové et converti en auberge. Les nuitées qu’il y propose normalement (pas cet été, à cause des mesures sanitaires en vigueur) sont très populaires.

Et bien sûr, il y a l’île aux Lièvres, la plus imposante de toutes, longue de 13 km. « Ça nous semblait important d’acheter cette île pour être sûr qu’il n’y ait pas de développement sauvage dans les environs. On voulait que l’île aux Lièvres soit un sanctuaire pour la faune, et on souhaitait protéger tout le territoire », précise M. Bédard.

Embarquement : île aux Lièvres !

Du début de juin jusqu’à la mi-juillet, c’est la période idéale pour observer les oiseaux marins qui peuplent l’île et ses alentours en nombre impressionnant. Il y a bien sûr l’emblématique canard eider à duvet, alors en pleine période de nidification. Mais il n’est pas seul : de petits pingouins, des guillemots marmettes et des cormorans à aigrettes sont aussi de la partie, ainsi que des phoques qui aiment se prélasser sur les rochers autour de l’île.

On peut les observer à bord du bateau qui nous amène de la marina de Rivière-du-Loup au débarcadère de l’île aux Lièvres – la traversée peut être assez mouvementée par temps venteux ; nous en avons fait l’expérience à l’aller ! –, alors que le capitaine en profite pour faire un petit arrêt aux îles du Pot-à-l’Eau-de-Vie, où nichent de nombreuses colonies.

Partir à l’aventure

Il n’y a pas assez d’une journée pour explorer toute l’étendue de l’île aux Lièvres, alors que 40 km de sentiers sont aménagés pour les randonneurs.

Les contemplatifs pourront tranquillement faire le tour de la pointe est en passant par le littoral, et en profiter pour s’emplir les poumons d’air salin et observer la foisonnante faune marine – même des bélugas, si on a de la chance.

Des sentiers sillonnent aussi l’intérieur de l’île, où pousse une forêt abondante. Dès notre entrée par le sentier Le Campagnol, nous faisons détaler deux lièvres bruns (oui, l’île porte bien son nom !).

Au détour du sentier, une gélinotte huppée nous fait sursauter en fonçant brusquement droit sur nous, toute gonflée de ses plumes – une façon de faire fuir les prédateurs et de protéger un nid, qui ne doit pas être loin. Une fois que nous réussissons tant bien que mal à la contourner, elle reprend sa forme normale et s’éloigne sans nous prêter plus attention.

À la belle étoile

Si on peut se rendre pour une journée de randonnée à l’île aux Lièvres, le mieux est d’y rester pour une nuit ou davantage afin de pouvoir l’apprécier entièrement. L’endroit propose plusieurs types d’expériences, pour les plus aventuriers ou les plus douillets.

Les amoureux des espaces sauvages et reculés opteront pour le camping Les Bélugas, situé à la pointe ouest de l’île. La randonnée en forêt pour y accéder prend environ trois heures (12 km). Sur place, il n’y a que trois emplacements, bien isolés les uns des autres, sans eau potable.

Ceux qui veulent goûter à la nature sauvage sans faire autant d’efforts pourront planter leur tente au Camping de la Plage, qui propose 10 emplacements à l’orée de la mer, tout près de l’embarcadère, avec toutes les commodités. C’était le cas des deux amies Marianne Prud’homme et Maheva Rangsitratkul, rencontrées sur la grève alors qu’elles sirotaient leur café par un matin ensoleillé.

C’était leur toute première fois sur l’île et elles disaient avoir adoré leur expérience. « On a même dormi à la belle étoile ! », soulignent-elles, encouragées par le temps particulièrement clément lors de notre passage.

Des chalets tout équipés et confortables – sept en tout, certains plus récents que d’autres – sont parfaits pour accueillir familles ou amis qui désirent davantage de confort. Le nôtre, nommé La Gélinotte, offrait une vue superbe sur le fleuve à partir de son agréable terrasse.

Et il y a finalement l’Auberge du Lièvre, qui vient tout juste d’être entièrement rénovée, avec ses neuf chambres modernes, un hall et un restaurant, réservé à ceux qui dorment sur place.

Ce nouveau produit, espère M. Bédard, permettra à Duvetnor de financer les coûts d’exploitation très élevés. « On perd de l’argent chaque année », affirme-t-il, évoquant notamment le coût d’entretien de ses bateaux – dont Le Renard, nouvelle embarcation plus spacieuse pouvant accueillir 30 passagers.

Un bateau sur lequel l’organisme mise beaucoup : dès l’an prochain, il servira à offrir de toutes nouvelles excursions à la découverte du fleuve et de ses attraits, dont évidemment ses îles. « On veut démocratiser l’accès aux îles. C’est notre grand objectif », dit le biologiste, en balayant du regard l’horizon qui s’offre devant lui.

En bref

Saison : du début de juin à la fin de septembre

Traversée aller-retour : 50 $ par adulte, 25 $ par enfant (jusqu’au 26 septembre)

Camping sauvage : 40 $ la nuit par emplacement (maximum de deux tentes et quatre personnes), traversée non incluse

Chalets : à partir de 735 $ pour un forfait de trois nuits, traversée non incluse

Auberge du Lièvre : à partir de 245 $ la nuit en occupation double (traversée et trois repas par séjour de 24 heures inclus)

Excursions sur mer : 30 $ par adulte pour le « Tour du pot », 100 $ pour l’excursion de quatre heures vers Charlevoix (départ de Rivière-du-Loup).

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