Transat remboursera ses clients avec l’aide d’Ottawa

Grâce à une entente avec Ottawa pour emprunter jusqu’à 700 millions, Transat A.T. remboursera ses clients dont les vols ont été annulés en raison de la pandémie, a annoncé le transporteur juste avant l’assemblée des actionnaires, jeudi matin. Survol de la « meilleure journée » depuis le début de la crise sanitaire, selon la haute direction, et des modalités de remboursement des billets.

Transat

Une aide qui permettra de « rebâtir pour le futur »

Après des mois de négociations, Transat a conclu un accord avec le gouvernement fédéral qui lui permet d’emprunter 700 millions de dollars, entièrement remboursables, dont les détails ont été discutés lors de l’assemblée annuelle des actionnaires, qui s’est tenue virtuellement jeudi matin.

Financement d’Ottawa

L’aide sera accordée par l’entremise du Crédit d’urgence pour les grands employeurs, le même programme ayant permis à Air Canada d’avoir accès à 5,9 milliards le 12 avril dernier.

Même si la direction a pris des mesures énergiques pour faire face à la crise, dit-elle, l’entreprise avait besoin de liquidités supplémentaires.

« Merci au gouvernement du Canada, qui, même si cela n’est pas venu aussi vite que nous l’aurions souhaité, nous fournit aujourd’hui les moyens de survivre à la crise et de rebâtir pour le futur », a dit le président et chef de la direction, Jean-Marc Eustache, à l’occasion du rendez-vous annuel.

L’aide s’accompagne d’une série de conditions, notamment en matière de rémunération des hauts dirigeants, dont la paye globale – en excluant le régime de retraite – ne pourra dépasser 1 million tant et aussi longtemps que l’argent n’aura pas été remboursé.

L’entreprise n’aura pas le droit de verser des dividendes et de racheter des actions. Transat devra également maintenir le plancher de 772 employés actifs observé mercredi, un niveau loin des 5200 salariés d’avant la crise. Actuellement, 3000 employés reçoivent la Subvention salariale d’urgence du Canada, selon la direction.

Les 700 millions remboursables se détaillent comme suit : 310 millions non garantis sur sept ans au taux d’intérêt de 1,2 % ; ensuite, 312 millions à un taux d’intérêt de 5 % la première année, de 8 % la deuxième et de 2 % par la suite ; et enfin, 78 millions garantis par les actifs de l’entreprise portant intérêt au taux offert en dollars canadiens majoré de 4,5 %.

L’intérêt de Pierre Karl Péladeau

Le mariage de Transat avec Air Canada ayant été annulé le 2 avril, le président a affirmé que Transat aurait besoin d’alliances commerciales ou financières pour renforcer son réseau. Alors que les discussions se poursuivent avec Pierre Karl Péladeau, qui a indiqué publiquement qu’il souhaitait offrir 5 $ pour chacune des actions en circulation, Jean-Marc Eustache n’a pas voulu dire si d’autres acquéreurs potentiels s’étaient manifestés.

Le président a expliqué que si M. Péladeau faisait une offre, elle serait analysée par le conseil d’administration, qui par la suite la présenterait aux actionnaires seulement si elle était intéressante. « Il faut que cette décision satisfasse toutes les parties prenantes. Évidemment, il y a les actionnaires, ça, c’est très important, mais il y a aussi les employés, les fournisseurs. Tout le monde doit être concerné par ça. »

Coup de pouce attendu du provincial

« On va continuer nos discussions avec Transat, si c’est nécessaire de l’aider. C’est certain qu’on veut garder Transat en vie. C’est certain que, bon, je vais faire attention, parce que j’ai un attachement un peu sentimental », a déclaré le premier ministre du Québec, François Legault, lors d’un point de presse jeudi, où il a été appelé à commenter le financement accordé par Ottawa.

Comme le gouvernement Legault a déjà ouvert la porte à un coup de pouce financier, la direction de Transat compte bien aller discuter avec le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, mais n’a pas voulu spécifier ce qu’elle en attendait.

« Nous opérons sur le bon marché »

Même si les employés de Transat sont prêts à s’envoler, les frontières demeurent fermées jusqu’à nouvel ordre par le gouvernement fédéral.

Selon le chef de la direction financière, Denis Pétrin, Transat perd mensuellement 30 millions et terminera l’année dans le rouge. Jean-Marc Eustache a laissé entendre que l’entreprise pourrait toutefois être au seuil de l’équilibre en 2022 et prévoit être à 50 % de ses activités à l’hiver 2022.

« Nous sommes profondément convaincus que l’environnement post-COVID-19 nous sera favorable, parce que nous [exploitons] le bon marché, celui du loisir. Ce marché va reprendre, toutes les études le disent, de manière plus vigoureuse que celui du voyage d’affaires », a soutenu Jean-Marc Eustache.

« Des défis majeurs », selon un analyste

Malgré l’aide du fédéral, Transat est toujours aux prises avec des « défis majeurs », a toutefois prévenu Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale. « Puisque les restrictions de voyage continuent d’être resserrées au Canada, nous ne voyons aucun scénario où Transat disposerait d’une capacité significative pour la saison estivale », a écrit l’analyste dans une note envoyée à ses clients et rapportée par La Presse Canadienne. Selon M. Doerksen, la dette du voyagiste pourrait s’élever à 940 millions l’an prochain, ce qui constitue un « fardeau d’envergure » pour une entreprise dont la valeur boursière oscille aux alentours de 180 millions.

Valeur de l’action

À la Bourse de Toronto, le titre de Transat a pris de l’altitude dans la foulée de l’annonce. Il était en hausse de 19 cents, ou 4,2 %, jeudi après-midi, à 4,72 $.

— Avec La Presse Canadienne

Air Transat

550 000 clients à rembourser

Les clients d’Air Transat attendaient depuis des mois le jour où ils auraient enfin la certitude qu’ils seraient remboursés par le transporteur. Si bien qu’une heure et demie après l’annonce, jeudi matin, pas moins de 30 000 personnes avaient déjà fait leur demande.

Or, rembourser 550 000 clients, nombre avancé par le président et chef de la direction, Jean-Marc Eustache, ne sera ni simple ni rapide. Transat avait d’ailleurs prévu le coup en affectant 60 personnes de plus pour répondre au téléphone jeudi.

Lors d’un point de presse en marge de l’assemblée annuelle des actionnaires, le grand patron a expliqué de façon colorée que la formule serait celle du « premier arrivé, premier servi » et qu’il faudrait déterminer, dans un deuxième temps, de quelle façon ledit billet avait été acheté et si les clients avaient encore leur bon d’échange ou leur note de crédit.

Les clients qui ont acheté un billet d’avion directement à Transat recevront la somme exacte qu’ils ont payée. Même si Transat versera aussi le prix exact d’un billet payé à une agence de voyages en ligne ou physique, il est possible que cette dernière exige des frais, ce que déplore d’ailleurs Option consommateurs.

« Les gens ne devraient pas devoir payer pour avoir l’argent qui leur est dû. »

— Sylvie De Bellefeuille, avocate et conseillère budgétaire

« Les agences de voyages ont perdu beaucoup d’argent depuis le début de la pandémie, on ne remet pas ça en doute, mais les consommateurs n’ont pas le choix de passer ou non par leur agence de voyages pour recevoir l’argent ; c’est ce qui est exigé par l’entente. »

Le président de l’Association des agents de voyages du Québec, Moscou Côté, assure que la majorité des agences de voyages n’exigeront pas de frais pour le remboursement. « Dans certains cas, il peut y avoir des frais raisonnables selon le niveau de professionnalisme et de service qu’on a eu de son agent de voyage. Tant que les frais sont raisonnables, on est d’accord. »

Pour ce qui est des clients qui avaient acheté un billet d’avion annulable et remboursable en tout temps et qui ont choisi d’annuler leur voyage pour n’importe quelle raison, la majorité d’entre eux ont déjà été remboursés. Si l’annulation était soumise à des pénalités, celles-ci ont été payées par les clients comme en temps hors pandémie. « Aujourd’hui, on ne rembourse pas ces pénalités », a précisé lors d’un entretien téléphonique Christophe Hennebelle, vice-président des ressources humaines et affaires publiques de Transat.

Qui est admissible à un remboursement ?

Les clients qui ont reçu un crédit de voyage et qui ne l’ont pas transféré ou vendu. Le départ devait être prévu pour le 1er février 2020 ou plus tard, et la réservation devait avoir été faite avant le 29 avril 2021.

Ceux qui ont soumis une demande de réclamation à une compagnie d’assurances, qui ont été remboursés par un émetteur de carte de crédit ou qui ont une demande de rétrofacturation active ne sont pas admissibles.

Comment demander un remboursement ?

Les demandes peuvent être acheminées par le formulaire en ligne sur le site de l’entreprise. Les remboursements partiels ne sont pas acceptés.

Combien de temps faut-il attendre avant de recevoir son remboursement ?

Les délais pourraient s’échelonner sur trois mois en raison du nombre élevé de demandes.

Le remboursement pourrait s’effectuer en plusieurs étapes. Il pourrait, par exemple, y avoir un premier versement pour un vol ou un forfait ainsi qu’un autre pour des « services auxiliaires », comme la sélection de sièges ou les bagages.

Quelle est la date limite pour soumettre des demandes ?

Les demandes de remboursement doivent être acheminées par le formulaire en ligne avant le 26 août. Au-delà de cette date, il ne sera pas possible d’obtenir un remboursement. L’entreprise a indiqué que le crédit de voyage demeurerait valide pour faire une nouvelle réservation.

Que se passe-t-il si la réservation a été faite avec une agence de voyages ou un tiers ?

Transat A.T. suggère de les joindre afin qu’ils puissent soumettre une demande en votre nom. S’il n’est pas possible de joindre l’agence concernée ou si celle-ci est fermée, il faut remplir, en ligne, un formulaire d’analyse de remboursement avant le 26 août.

Si j’ai réservé après le 29 avril ?

La politique de remboursement actuelle s’applique aux vols et aux forfaits réservés avant le 29 avril. Après cette date, si l’entreprise doit procéder à des modifications, les clients concernés seraient également admissibles à un remboursement.

Si je ne veux pas de remboursement ?

Les clients qui souhaitent conserver leur crédit de voyage n’ont rien à faire. La somme demeurera au dossier avec les mêmes conditions et sera disponible au moment de faire une nouvelle réservation.

— Avec La Presse Canadienne

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