COVID-19

Viser zéro, vraiment ?

Pendant que le Québec décidait cette semaine de fêter Noël malgré la COVID-19, un débat d’un tout autre ordre gagnait le Canada anglais.

Un débat organisé autour du mot-clic #COVIDzero.

Avertissement : on est à des années-lumière, ici, des discussions entourant la liste des convives à rassembler autour de la dinde. On parle plutôt d’essayer d’éradiquer complètement le virus, par opposition à « simplement » chercher à contenir son emballement comme on le fait actuellement.

Samir Sinha, chef du département de gériatrie à l’hôpital Mount Sinai, à Toronto, utilise une comparaison qui marque les esprits. Toute autre approche pour gérer la pandémie, dit-il, est « l’équivalent de réarranger les chaises sur le pont du Titanic ».

***

Pour les supporteurs du mouvement #COVIDzero, une hausse comme celle qui frappe l’Ontario et même le plateau que connaît le Québec sont inacceptables. Ils nous condamnent, disent-ils, au Jour de la Marmotte. Même si on parvenait de peine et de misère à briser la deuxième vague, il y en aura inévitablement une troisième et une quatrième. Avec le yoyo de restrictions et d’allégements, l’incertitude économique et les soubresauts sur le système de santé que cela implique.

Ces gens n’ont pas tort. Leur solution ? Un électrochoc. Un confinement extrêmement strict qui amènerait le nombre de cas tout près de zéro. Puis un relâchement des règles qui nous rendrait notre vie normale à peu de choses près.

Irréaliste ? Peut-être pas complètement. L’État de Victoria, en Australie, a suivi cette voie. La Nouvelle-Zélande aussi, tout comme bon nombre de pays asiatiques. Dans l’État de Victoria, on célèbre depuis trois semaines un plateau de… zéro nouveau cas quotidien. À Melbourne, les bars et les restos sont ouverts et les amis se regroupent dans les cours autour des BBQ. Les échos qui nous en parviennent évoquent pratiquement l’euphorie d’après-guerre.

Ça vous fait terriblement envie ? Nous aussi. Sauf que le chemin pour se rendre là est tout sauf facile. Il implique de plonger dans plusieurs mois de restrictions extrêmement sévères. Pensez commerces fermés, école à distance, barricades entre les régions et interdiction de quitter la maison sauf pour des tâches essentielles.

À Melbourne, les citoyens avaient le droit de sortir de la maison une heure par jour, jamais à plus de 5 km de leur domicile. Des amendes salées étaient distribuées aux contrevenants. Un couvre-feu à 20 h a été instauré. Pendant 112 jours.

Ça commence à moins vous tenter ? Même chose pour nous.

***

En entrevue, Andrew Morris, professeur de médecine à l’Université de Toronto et l’initiateur canadien du mouvement #COVIDzero, affirme qu’on n’a pas à aller aussi loin que l’Australie. Il suggère même que les écoles pourraient rester ouvertes pendant le confinement.

Mais ces affirmations ressemblent à des tentatives de dorer la pilule. Regardons les choses en face : on ne battra pas un virus aussi coriace avec des demi-mesures. C’est d’autant plus vrai que l’Australie avait le climat de son côté (c’est le début de l’été là-bas et le virus y est moins vigoureux). Et le pays ne partage pas, comme le Canada, une frontière de 9000 km avec un voisin chez qui la COVID-19 est en perte de contrôle. Cette frontière, rappelons-le, reste ouverte au commerce.

Les partisans de l’approche de suppression ont le devoir de nous dire dans quoi on s’embarque vraiment si on les suit. De nous expliquer aussi qu’après avoir abaissé les cas au minimum, la partie n’est pas encore gagnée. Il faut de solides capacités de test et de traçage pour s’assurer que les petits feux qui finissent inévitablement par émerger ne se propagent pas. En Nouvelle-Zélande, un deuxième confinement a dû être instauré pour préserver les gains du premier.

Il faut ajouter à cela le renversement psychologique amené par les vaccins de Pfizer et de Moderna. Ce n’est pas demain qu’on sera tous vaccinés, mais le fait de savoir que cette possibilité existe risque de rendre des mesures draconiennes difficiles à accepter.

Dans la lutte au virus, chaque idée doit être considérée, et il serait sain que la discussion sur #COVIDzero gagne le Québec. Mais disons-le franchement, on voit très mal comment un tel contrat pourrait être accepté par la population à l’heure actuelle.

Vivre avec le virus n’est certes pas simple. Mais parvenir à vivre sans lui apparaît encore plus difficile.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.