Bigflo et Oli

Colombes du rap

Assumé, libre et vulnérable : ce sont les trois adjectifs qui viennent à l’esprit d’Oli pour décrire le nouvel album de son duo avec son grand frère Bigflo. Même s’ils ont annoncé vouloir prendre une pause en octobre 2019, les rappeurs français sortiront leur quatrième album Les autres c’est nous le 24 juin. La Presse s’est entretenue au téléphone avec le plus jeune des frangins.

Florian et Olivio Ordonez enchaînent les albums et les tournées depuis 2015. Ce mode de vie agité a entraîné les deux rappeurs toulousains vers une pause médiatique peu avant la pandémie. Ils ont pu « fouiller à l’intérieur » d’eux-mêmes. Plusieurs thèmes tels que l’identité et les origines ont surgi pendant cette période introspective.

Nés d’un père argentin et d’une mère franco-algérienne, les deux frères ont cherché à déterrer leurs racines. Ce désir d’assumer leur héritage culturel se manifeste dans des chansons telles que Sacré bordel et José et Amar, une chanson qui rend hommage à leurs grands-pères, argentin et algérien.

« Le climat de notre société nous a poussés à disséquer un peu notre identité, à nous poser certaines questions, à soulever des réflexions sur notre place au sein de tout ça. Je crois aussi que c’est l’expérience et la légitimité qu’on a un peu plus avec notre carrière qui nous ont permis de creuser ces thèmes plus personnels. »

— Oli

La pandémie aura aussi permis à Bigflo de « retrouver le feu et la passion », comme il rappe dans le morceau La vie d’après. L’aîné avait exprimé sa fatigue et la pression qu’il ressentait dans le documentaire du duo Presque trop diffusé sur Netflix.

« On est tombés en plein COVID donc, comme on dit dans le morceau J’étais pas là, on n’a pas raté grand-chose finalement. Flo a retrouvé cette fougue et cette envie d’aller vers le public, de le remercier, donc ça annonce que du bon pour la suite », explique le benjamin.

Une liberté artistique assumée

Pour certains puristes du genre musical de la rue, le rap de Bigflo et Oli évoque plus un fleuve tranquille qu’une mer déchaînée. Du rap de bons élèves. Ils l’assument et en parlent dans leurs chansons La vie d’après et Bons élèves.

« Oui, c’est du rap de fragile, pour les gens tristes, du rap pour ceux qui pleurent, pour les trop sensibles, pour les gros cœurs. On prend nos émotions pour alimenter le moteur », exposent-ils dans l’album.

« Maintenant, on assume pleinement et j’ai l’impression que plus on s’assume, plus les gens nous acceptent. On l’a compris petit à petit. Dans le rap, parfois ç’a été dur de trouver sa place parce qu’on était un peu marginaux. »

— Oli

Les amateurs de rap s'ouvrent de plus en plus au rap « sentimental » et le rap évolue aussi, estime Oli. Il a l’impression que les règles n’existent plus et que les gens peuvent écouter tant Booba, roi du rap provocateur, que Bigflo et Oli.

Une ouverture musicale éclectique

« On est en train de sortir de ces cases et d’ouvrir les barrières. On est assez fiers à notre petit niveau de faire partie de ceux qui ont amené le rap à des gens qui ne le connaissaient pas forcément, qui ont ouvert l’esprit de certains », souligne le rappeur.

De Francis Cabrel à Russ en passant par Tayc, l’album contient d’ailleurs de nombreuses collaborations. Cette volonté de fédérer les genres musicaux et de se défaire des conventions du rap se reflète aussi dans le Rose Festival toulousain, créé par les deux frères. Des rappeurs et des chanteurs de tous les horizons musicaux seront de la partie en septembre.

Nostalgie québécoise

Les deux jeunes artistes, qui ont atteint le continent nord-américain grâce à leur collaboration avec le rappeur américain Russ, souhaitent collaborer avec des artistes québécois. « On n’a pas encore eu d’invitation, mais on est grave ouverts au rap de chez vous. J’adore Loud », dit Oli.

Il se rappelle ses premiers concerts au Québec dans les « petites salles » de spectacle. Et le Centre Bell, bien évidemment. De « belles histoires » dans un endroit où ils se sont toujours sentis respectés.

Les dates de la tournée de Bigflo et Oli seront bientôt annoncées et le Québec ne sera pas oublié.

« Parfois, on se sentait plus aimés au Québec que dans certaines villes de France parce que je crois que les gens de chez vous ont une mentalité bienveillante, ouverte dans la musique », dit Oli.

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