Ceci n’est pas Notre vie

Lundi soir, il y a eu un cas de scorbut dans L’échappée à TVA, trois sœurs terroristes mineures ont tenté de poser des bombes chez Petrofor (la poudre noire !) et Noémie (Anick Lemay) a rencontré un homme louche sur l’application coquine Minuit11, qui favorise les relations sexuelles sans attache, sans tabou.

L’infirmière Maude Jutras (Noémie Godin-Vigneau) a envoyé un mot sexuellement explicite à son fils Fabien (Devon O’Connor) pour lui susurrer qu’elle s’ennuie de son corps et de ses lèvres. Beurk, il s’agit bien d’un cas d’inceste, comme les fidèles du téléroman de TVA (bonsoir !) l’avaient deviné.

L’ultra-religieux Gérard Chaput (Alex Bisping) a terminé un ultime rite de purification et a fini l’épisode en sang, le torse recouvert d’une cotte de mailles en épines, le regard bien fou.

Lundi soir, L’échappée a entamé sa sixième saison à TVA avec un paquet d’intrigues qui, à défaut d’être hyper réalistes, soyons honnête, ont réussi à nous mettre K.-O. dans nos sofas. Pour les bonnes et les pires raisons.

C’était impossible de s’extraire des histoires de la travailleuse sociale sur le Vyvanse ou de l’arrivée d’un groupe de violents survivalistes à Sainte-Alice-de-Rimouski.

Mercredi à 20 h, dans Les moments parfaits de TVA, vous allez découvrir un univers complètement différent de celui de L’échappée, où il y a autant de meurtres par habitant que de colliers de perles autour du cou de Jay Du Temple.

Visiblement, les créateurs de Moments parfaits ont beaucoup regardé This Is Us (Notre vie), Parenthood (Le clan Braverman) et même A Million Little Things (Un million de petites choses). Musique folk omniprésente, personnages qui fixent le vide en regardant tendrement leurs amis bavarder, cet esprit mélancolico-automnal – ne manquent que le gros chandail de laine et le latté à la citrouille épicée – a été une source d’inspiration majeure.

Le problème, c’est le manque de profondeur des textes. Les trois séries américaines mentionnées plus haut, tout comme L’heure bleue ou Au secours de Béatrice, dégagent une chaleur et une bienveillance que l’on ne détecte pas dans les deux premiers épisodes de Moments parfaits que j’ai visionnés.

C’est très linéaire comme production. Dès que le téléroman imaginé par Marc Robitaille (Un été sans point ni coup sûr) creuse dans la vie de l’un de ses nombreux protagonistes, pouf !, le récit se déplace sur un autre personnage, puis un autre. Au final, après autant de papillonnage, on s’attache difficilement à cette grande famille qui, comme dans O’, affectionne les soupers qui requièrent la présence de tout le monde, sans exception, sinon c’est le drame avec un D majuscule. Calmez-vous, bon sang, ça ne reste qu’un souper de famille, pas une convocation chez le syndic de faillite.

Au cœur de Moments parfaits, il y a la débordée, voire dépassée, Catherine Thomas (Catherine Trudeau), organisatrice d’évènements et mère de trois grands enfants, qui a toujours rêvé d’écrire des livres. Vingt ans après qu’elle eut déposé son premier manuscrit dans l’anonymat le plus complet, un éditeur la contacte pour lui signifier que Robert Lepage, rien de moins, souhaiterait adapter son roman au cinéma. C’est gros en titi comme prémisse.

Catherine l’aînée a deux frères : Louis l’enfant coincé du milieu (Émile Proulx-Cloutier) et Philippe le Casanova allergique aux responsabilités (Jean-François Pronovost), qui a toujours l’air de sortir d’une boîte à surprises. Des archétypes très cliché.

Puis, il y a leurs parents, Judith (Marie-Thérèse Fortin) et Georges (Denis Bernard), qui ont divorcé après 37 ans de vie commune. Évidemment, Judith rumine en solo, un classique, tandis que Georges vit aux côtés d’une femme plus jeune (Amber Goldfarb, aperçue dans Sex/Life de Netflix), avec qui il a adopté la petite Mila (Chanelle Foo Lam), 6 ans. Déjà vu, déjà entendu.

C’est dommage pour autant de bons acteurs, dont Gabriel Sabourin, Bianca Gervais et Jean-François Pichette, mais c’est difficile d’éprouver de l’empathie pour ce clan. C’est détaché et prévisible. Comme il s’agit d’un téléroman qui se déploie sur 24 semaines, probablement que l’écriture va se resserrer et nous toucher davantage. Mais pour une série qui s’appelle Les moments parfaits, elle renferme plusieurs défauts.

C’est reparti le lundi, mon kiki !

Le premier lundi de la rentrée télé d’automne a été fort achalandé, selon les audimètres de Numeris. Le retour de District 31 a été salué par 1 515 000 accros. En même temps à TVA, La tour de Patrick Huard, que j’aime beaucoup, a intéressé 671 000 curieux. La comédie Discussions avec mes parents a cartonné avec ses 1 155 000 téléspectateurs, battant ma docuréalité chouchou Si on s’aimait (654 000) à TVA. À 20 h, Une autre histoire (Anémone n’est pas morte, duh !) a eu le dessus sur L’échappée de TVA avec un bassin de 882 000 irréductibles, contre 741 000 à l’autre poste. À 21 h, la nouveauté Nuit blanche (587 000) de Radio-Canada n’a pas réussi à éclipser le téléroman Alertes de TVA, regardé par 611 000 fans. Par contre, l’écart n’est pas immense et ce ne serait pas étonnant de voir Nuit blanche progresser dans les sondages d’écoute dans les semaines à venir. C’est très bon.

Sur Noovo, la nouveauté Qui sait chanter ? a amené 376 000 paires d’yeux devant la télé et 144 000 téléphages ont découvert Le club Soly de l’humoriste Arnaud Soly. La semaine des 4 Julie a obtenu une audience évaluée à 273 000 personnes.

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